L’Australie investit 74 M$ pour infiltrer chats privés et plateformes de jeu au nom de la « lutte contre l’extrémisme »

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Le gouvernement travailliste australien a annoncé mercredi 6 mai 2026 la création d’un nouveau Centre national de lutte contre le terrorisme en ligne, doté d’un budget de 74 millions de dollars australiens sur deux ans. La structure sera codirigée par l’ASIO, le service de renseignement intérieur australien, et la Police fédérale australienne (AFP). Officiellement, sa mission consistera à « détecter et perturber la menace évolutive de l’extrémisme violent en ligne et du terrorisme ». Concrètement, elle marque une nouvelle étape dans la généralisation de la surveillance numérique et de l’infiltration administrative des espaces de communication privés.

Une infiltration assumée des conversations privées

Le ministre de l’Intérieur Tony Burke a justifié l’investissement par la nécessité de « cibler les terroristes en ligne qui menacent de recourir à la violence et manipulent des jeunes vulnérables ». Le directeur général de l’ASIO, Mike Burgess, n’a pas dissimulé la nature opérationnelle de la nouvelle structure : il s’agira pour ses agents d’« être présents en ligne », d’« infiltrer les groupes de discussion chiffrés », et de « se faire passer pour des extrémistes violents » dans les conversations privées. Burgess a d’ailleurs cité en exemple une opération récente au cours de laquelle un agent infiltré dans un groupe de discussion a permis l’arrestation, en Australie-Occidentale, d’un homme accusé de préparer un attentat en « loup solitaire ».

La méthode est ancienne dans le renseignement intérieur — l’agent provocateur n’a rien d’une nouveauté — mais sa systématisation et son industrialisation à l’échelle de l’ensemble des plateformes privées du pays soulèvent des questions de fond. Quand un État se donne pour mission d’infiltrer méthodiquement les espaces où ses citoyens se parlent — messageries chiffrées, forums fermés, chats de jeux vidéo, groupes WhatsApp ou Signal —, c’est l’idée même d’espace privé numérique qui est remise en cause.

Un périmètre élastique : du djihadisme au « racisme »

Le directeur de l’ASIO a précisé les cibles du nouveau dispositif. Outre les « extrémistes violents sunnites » — formulation prudente pour désigner les militants djihadistes dont l’Australie a payé le prix dans la chair de ses citoyens —, le centre traquera les « extrémistes violents nationalistes et racistes », les « extrémistes violents anarchistes et révolutionnaires », et « toute autre entité prônant la violence à motivation politique ». Le périmètre est volontairement large.

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C’est précisément cette élasticité qui inquiète. La frontière entre le djihadisme avéré et la critique radicale des politiques migratoires, entre l’« extrémisme nationaliste » et la défense vigoureuse de l’identité d’un pays, entre l’« anarchisme révolutionnaire » et la simple opposition radicale au pouvoir en place, n’a jamais été tracée juridiquement de façon stable. Elle dépend, in fine, de l’appréciation des fonctionnaires de l’ASIO et de la police fédérale — c’est-à-dire d’agents directement subordonnés au pouvoir politique du moment.

L’Australie a déjà connu cette dérive. Avant l’attentat islamiste de Bondi, qui a profondément choqué le pays, les services de renseignement australiens étaient dénoncés par une partie de l’opinion comme excessivement focalisés sur la « haine en ligne », l’« extrémisme de droite » et les publications sur les réseaux sociaux — au point d’avoir manqué la véritable menace qui se préparait. Mike Burgess et Krissy Barrett, respectivement patron de l’ASIO et commissaire de l’AFP, sont aujourd’hui ceux-là mêmes qui obtiennent des moyens supplémentaires pour étendre les méthodes qui n’ont pas empêché Bondi.

31 inculpations dont 19 mineurs

Les chiffres avancés par Tony Burke pour justifier le dispositif méritent qu’on s’y arrête. Depuis l’entrée en vigueur, en janvier 2024, des nouvelles lois australiennes contre les « contenus extrémistes violents », 31 personnes ont été inculpées. Sur ces 31 personnes, 19 sont âgées de 17 ans ou moins. Soit plus de 60 % de mineurs.

Ce pourcentage doit interpeller. Soit l’Australie fait face à une vague inédite de radicalisation chez les adolescents — ce qui poserait des questions de fond sur l’environnement social, scolaire, familial et numérique de ces jeunes —, soit la nouvelle législation conduit en pratique à criminaliser des comportements qui, dans une autre époque, auraient relevé d’un signalement à un éducateur, d’une convocation chez le directeur d’établissement, ou d’une discussion familiale. Le fait que l’État se substitue ainsi massivement aux mécanismes naturels de régulation sociale, au point d’inculper pénalement des collégiens pour leurs publications en ligne, n’a rien d’anodin.

La commissaire Krissy Barrett a martelé qu’« empêcher la manipulation et la nuisance envers les enfants » constituait l’une de ses « priorités » majeures. La rhétorique de la protection des mineurs, qui rend toute objection politiquement difficile, est mobilisée systématiquement pour justifier l’extension des dispositifs de surveillance.

Plateformes de jeu, forums, dark web : tout doit être contrôlé

Le périmètre technique de l’opération est tout aussi large que le périmètre idéologique. Le futur centre australien aura pour mission de surveiller « les réseaux sociaux, les plateformes de jeu, les forums en ligne et le dark web ». Autrement dit, l’ensemble des espaces numériques où des Australiens — et des non-Australiens — communiquent entre eux. Les plateformes de jeu vidéo en particulier, mentionnées explicitement, sont devenues l’un des principaux espaces de socialisation des adolescents et des jeunes adultes du monde entier. Discord, Steam, les chats intégrés à des jeux comme Roblox, Fortnite ou Call of Duty constituent désormais le tissu conjonctif d’une génération entière.

L’idée que des agents de renseignement infiltrent ces espaces, se fassent passer pour des joueurs ou des camarades, et collectent des éléments susceptibles de déboucher sur des poursuites pénales, soulève des questions éthiques considérables — d’autant plus quand les principales cibles sont des adolescents. La frontière entre prévention de la radicalisation et incitation à la radicalisation, dans une logique de provocation policière, est ténue.

Bondi en arrière-plan

Pendant que les services australiens se voient octroyer des moyens supplémentaires pour traquer des adolescents sur Discord ou Roblox, la principale critique adressée à l’ASIO et à l’AFP depuis Bondi reste sans réponse réelle. Les agences avaient effectivement consacré une part importante de leurs moyens à la surveillance des publications en ligne et de la « haine » sur les réseaux sociaux dans les mois qui ont précédé l’attentat — sans détecter ce qui se préparait pourtant chez un individu déjà signalé à plusieurs reprises.

L’annonce du 6 mai prolonge cette logique au lieu de la remettre en cause. Davantage de moyens dans la même direction, davantage de personnel dédié à la chasse aux contenus en ligne, davantage de cibles potentielles identifiées par croisement algorithmique de mots-clés et de comportements. Les Australiens qui s’inquiètent pour la sécurité de leur pays observent cette accumulation budgétaire avec une perplexité grandissante. Et ceux qui s’inquiètent pour leurs libertés s’apprêtent, eux, à apprendre à vivre avec des conversations privées qui ne le sont plus tout à fait.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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5 réponses à “L’Australie investit 74 M$ pour infiltrer chats privés et plateformes de jeu au nom de la « lutte contre l’extrémisme »”

  1. Jean-louis Garnier dit :

    « un agent infiltré dans un groupe de discussion a permis l’arrestation, en Australie-Occidentale, d’un homme accusé de préparer un attentat en « loup solitaire ». » MDR! ce n’était donc pas un loup solitaire: espèce qui , contrairement à moi, n’est pas bavarde et vit très discrètement jusqu’ l’attaque

  2. Poulbot dit :

    Vous cherchiez ou ce trouve UTOPIA (cf youtube) , ne cherchez plus , c’est en Australie ; dire qu’il y a encore des personnes qui croient que c’est le paradis , il ne faut pas oubliez que les ancêtres des australiens outres les aborigènes sont les descendants de prisonnier anglais déporter là-bas; ceci explique sans doute pourquoi la mise en surveillance des populations prime dans ce pays.

  3. guillemot dit :

    Encore et toujours des moyens de plus en plus de moyens sophistiqués pour surveiller la population. Cet article peut faire référence à l’article d’hier Palantir Technologies ou la mise en place d’un big brother mondial.

  4. Pierre dit :

    C’est le projet pour tout le monde, ces 20 dernières années l’Australie a été le laboratoire idéal, sur tous les fronts: idéologie écolo, idéologie woke, etc…

  5. RAYMOND NEVEU dit :

    C’est bien connu depuis fort longtemps les Australiens n’ont pas inventé le pot de chambre à deux places, ces bouseux ont servi de chair à mausers et à canons Krupp au cours des deux conflits mondiaux.
    Pour être bien informé acceptez l’abonnement gratuit de Ouest France…Ouest Torche journal qui après avoir été le porte parole des évêchés de l’Ouest est devenu woke et perd ses lecteurs…!

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