Une PME française vient de décrocher l’une des plus prestigieuses récompenses du Concours Lépine. L’entreprise Olythe, basée à Aix-en-Provence, est repartie de la 121e édition du concours, organisée à la Foire de Paris, avec deux distinctions majeures pour son dispositif baptisé OCIN₂O : le premier détecteur portable de protoxyde d’azote dans l’air expiré, conçu pour être utilisé notamment lors des contrôles routiers.
Médaille d’or du Lépine et reconnaissance internationale
Guillaume Nesa, cofondateur et dirigeant d’Olythe, et Étienne Flesch, cofondateur et coinventeur du dispositif, se sont vu remettre deux récompenses. D’abord, le Prix du ministère de l’Intérieur, assorti de la grande médaille et de la médaille d’or du Concours Lépine — soit la plus haute distinction décernée par ce concours à une innovation au service de la sécurité publique. Ensuite, le prix de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), agence spécialisée des Nations unies, accompagné d’une médaille et d’un diplôme, distinction internationale qui salue la rigueur de la démarche d’innovation et la solidité de la protection juridique de l’invention.
Le jury du concours a tenu à souligner le caractère décisif de l’invention dans un contexte où la consommation de protoxyde d’azote — communément appelé « gaz hilarant » — provoque un nombre croissant d’accidents et de décès. Jusqu’à présent, aucun dispositif portable ne permettait de mesurer la présence de cette substance dans l’air expiré d’un conducteur. Pour les forces de l’ordre confrontées à un usage en pleine expansion, le manque d’outil de dépistage constituait un angle mort opérationnel.
Un laboratoire miniaturisé tenant dans la main
Sur le plan technique, l’OCIN₂O est une prouesse d’ingénierie. Le dispositif miniaturise une fonction qui nécessitait jusque-là un appareil de la taille d’une imprimante, confiné aux laboratoires d’analyse. Il repose sur la spectrométrie infrarouge non dispersive, une technologie qui consiste à soumettre les molécules de protoxyde d’azote à des fréquences infrarouges spécifiques : les molécules génèrent alors une signature énergétique caractéristique, mesurée par des capteurs optoélectroniques de haute précision.
L’utilisation est calquée sur celle d’un éthylomètre classique. Le conducteur souffle dans l’embout, le boîtier analyse l’air expiré, et le résultat tombe en quelques secondes. La détection reste fiable plusieurs heures après la consommation, ce qui permet de couvrir la période durant laquelle les effets de la substance — vertiges, désorientation, altération des réflexes, brèves pertes de conscience — sont incompatibles avec la conduite. La validité scientifique de la méthode a fait l’objet d’une présentation au congrès de l’Association nordique des toxicologues judiciaires, qui s’est tenu à Stockholm en mai 2026.
L’appareil est fabriqué intégralement à Aix-en-Provence et a déjà atteint le stade de la production industrielle. Il est commercialisé à 900 euros hors taxes l’unité, l’embout à usage unique étant facturé 1,45 euro.
Un projet de loi en attente d’un outil opérationnel
L’arrivée de cet appareil tombe à un moment particulièrement opportun. Le projet de loi baptisé « Ripost », présenté ce printemps, prévoit la création de trois nouveaux délits liés à l’usage du protoxyde d’azote : la consommation au volant, passible d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende ; le transport sans motif légitime, passible de deux ans de prison et 7 500 euros d’amende ; et la conduite sous emprise, passible de trois ans de prison et 9 000 euros d’amende.
Mais ces nouvelles infractions resteraient largement théoriques sans dispositif de dépistage homologué. Comme le souligne Guillaume Nesa, l’absence d’outil reconnu laisse subsister une zone grise dangereuse. L’OCIN₂O est déjà déployé auprès de forces de l’ordre européennes, notamment au Danemark, avec, selon l’entreprise, des retours de terrain positifs. Olythe se positionne donc comme un partenaire potentiel des autorités françaises pour rendre applicable la future loi.
Une entreprise tricolore qui exporte son savoir-faire
Fondée en 2013, Olythe s’est spécialisée dans l’analyse de l’air expiré. L’entreprise a été pionnière dans l’usage de la spectroscopie infrarouge miniaturisée, ce qui lui a permis de développer une technologie brevetée — baptisée OCIEngine — intégrée notamment à un éthylotest connecté de nouvelle génération, l’OCIGO. Sa dernière innovation, le capteur OCISense, est un module polyvalent destiné à des applications professionnelles variées de détection de gaz.
À l’heure où la souveraineté industrielle et technologique européenne fait l’objet de débats nourris, la trajectoire d’Olythe illustre qu’il reste possible, en France, de concevoir, breveter et fabriquer localement des dispositifs technologiques d’avant-garde, exportables sur les marchés internationaux. Le double prix décroché au Concours Lépine — institution centenaire fondée en 1901 et longtemps emblématique du génie inventif français — vient saluer une démarche que peu de PME nationales parviennent encore à mener de bout en bout : recherche, développement, industrialisation, commercialisation et homologation, sans délocalisation ni cession à un groupe étranger.
L’aboutissement de ce parcours est observé avec intérêt par d’autres polices européennes, et pourrait bien faire de l’OCIN₂O, dans les prochains mois, un standard de référence dans la lutte contre un fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur, particulièrement chez les jeunes conducteurs.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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