C’est un paradoxe désormais bien ancré dans le système de santé français : les patients continuent d’accorder une confiance massive à leurs médecins, mais ils peinent de plus en plus à les consulter. La deuxième vague du baromètre OpinionWay réalisée pour Orisha Healthcare, éditeur de logiciels destinés aux professionnels de santé, publiée le 19 mai, confirme ce que tous les territoires ruraux ou périurbains constatent depuis plusieurs années : le lien soignant-soigné résiste, mais le système qui l’abrite craque.
L’étude a été menée auprès d’un échantillon de 1 014 Français représentatifs de la population, ainsi que de 200 médecins exerçant en France (100 généralistes et 100 spécialistes), interrogés en avril 2026.
Une relation médicale qui reste solide
Premier enseignement : la confiance reste un pilier. 95 % des Français déclarent entretenir une bonne relation avec leur médecin généraliste, et 96 % avec leurs spécialistes. Côté praticiens, la totalité des médecins interrogés déclarent une bonne relation avec leurs patients, dont 61 % une « très bonne » relation.
Des chiffres exceptionnellement élevés, qui confirment que la médecine de proximité demeure un repère central pour les Français, là où d’autres institutions ont depuis longtemps perdu cette aura. Mais c’est précisément l’écart entre cette confiance déclarée et la réalité concrète de l’accès aux soins qui frappe à la lecture des résultats.
L’accès aux soins, le point noir
82 % des patients estiment aujourd’hui qu’il est difficile de trouver un médecin disponible. Un chiffre considérable, qui dépasse largement les seuls territoires officiellement classés en désertification médicale et touche désormais des zones historiquement bien dotées : grandes villes incluses.
Conséquence directe de cette tension : 65 % des patients ont le sentiment que leur médecin prend moins le temps qu’auparavant pour expliquer leurs symptômes, et la même proportion se sent devenir « un patient parmi d’autres ». La relation reste bonne sur le principe, mais elle se déshumanise dans le vécu quotidien.
Côté médecins, la pression est tout aussi nette : 82 % d’entre eux estiment que les exigences de leurs patients ont augmenté ces cinq dernières années. La charge de travail est identifiée par 77 % des praticiens comme le principal facteur dégradant leur relation avec les patients, suivie du nombre de patients à prendre en charge (54 %) et du temps absorbé par les démarches de remboursement administratives (50 %) — un point qui pourrait raisonnablement faire l’objet d’arbitrages politiques.
La confiance n’exclut plus le doute
Autre évolution notable mise en évidence par le baromètre : le patient français contemporain n’est plus le patient passif et déférent des décennies passées. 79 % des sondés expriment au moins une forme de doute médical.
Dans le détail, 67 % font davantage confiance à certains médecins qu’à d’autres, 36 % reconnaissent qu’il leur arrive de ne pas suivre totalement les recommandations de leur médecin, 33 % émettent parfois des doutes sur la fiabilité d’un diagnostic, et 23 % vont jusqu’à solliciter un deuxième avis.
Une évolution culturelle profonde : la relation médicale ne repose plus uniquement sur l’autorité du praticien, mais se construit dans l’explication, la transparence et la capacité à rassurer. Les médecins le perçoivent aussi, mais dans des proportions moindres : 62 % d’entre eux estiment que leurs patients expriment au moins une forme de doute médical. Un léger décalage de perception qui mériterait d’être travaillé dans les cursus de formation.
L’intelligence artificielle s’invite dans la consultation
Dernier volet de l’enquête, et non des moindres : l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le parcours de soin. Les médecins interrogés se montrent globalement ouverts à son potentiel technique. 68 % estiment qu’elle aura un impact positif sur la qualité du diagnostic, 65 % sur la réduction des erreurs médicales et 55 % sur la personnalisation des traitements.
Mais cet optimisme s’arrête net dès qu’on aborde la dimension relationnelle. Seuls 29 % des praticiens anticipent un impact positif de l’IA sur la relation médecin-patient, tandis que 51 % redoutent au contraire un impact négatif.
Les patients, eux, posent leurs conditions. 74 % souhaitent être informés systématiquement lorsque leur médecin a recours à l’IA, et 71 % veulent pouvoir refuser son utilisation. Une exigence largement partagée par les médecins eux-mêmes, dont 7 sur 10 considèrent que l’information du patient doit être systématique. L’IA peut être acceptée comme outil d’aide à la décision, mais pas comme technologie invisible ni comme substitut à la parole médicale.
Une crise territoriale qui touche aussi la Bretagne
Au-delà des chiffres nationaux, la question de l’accès aux soins prend une coloration particulière dans les territoires de l’Ouest. Plusieurs départements bretons figurent parmi les zones où la densité de médecins généralistes est inférieure à la moyenne nationale, notamment dans les Côtes-d’Armor, le centre du Finistère ou certaines parties du Morbihan. Les délais d’obtention d’un rendez-vous chez un spécialiste — ophtalmologue, dermatologue, gynécologue — s’y comptent fréquemment en mois, voire en années pour certaines spécialités.
Les politiques publiques successives — incitations financières à l’installation, contrats d’engagement de service public, expérimentations autour des médecins étrangers, déploiement de maisons de santé pluriprofessionnelles — peinent à inverser la tendance. La principale équation reste démographique : le nombre de médecins formés chaque année ne compense pas les départs à la retraite, héritage direct du numerus clausus restrictif des décennies passées, supprimé seulement en 2020 mais dont les effets ne se feront sentir qu’à moyen terme.
Méthodologie : Étude OpinionWay pour Orisha Healthcare réalisée du 8 au 15 avril 2026 par questionnaire auto-administré en ligne (système CAWI), auprès d’un échantillon de 1 014 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, et de 200 médecins exerçant en France (100 généralistes et 100 spécialistes).
5 réponses à “Santé : 82 % des Français peinent à trouver un médecin disponible, malgré une confiance toujours forte dans leurs praticiens”
Il aurait fallu supprimer le numerus clausus beaucoup plus tôt
La médecine est pourvoyeuse de tares, elle se recrute des clients, elle crée des hommes affaiblis qui auront recours à elle … Jean Rostand, biologiste dans son livre, « le droit d’être naturaliste »
Le patient aime son médecin parce qu’il lui serait, pour le moins, pénible de se responsabiliser et de prendre sa santé en charge !
Nos Mozart de la finance avaient imaginé que moins de médecins signifierait moins d’actes, donc plus d’économies ! On voit le résultat catastrophique et le parcours du combattant pour trouver un rendez vous médical ( médecin, kiné, dentiste, infirmier, radiologue etc ) Depuis 30 ans, on savait que les départs retraite allaient poser problème pour les patients mais ils s’en foutent !
j’ai constaté que le terme de « patient « , hérité du latin , et désignant « celui qui souffre » , est de plus en plus souvent remplacé par « CLIENT « … » le cabinet ne prend pas de nouveau client « , ce qui traduit une nouvelle approche , mercantile , de la médecine !
Beaucoup de médecins refusent maintenir le déplacement à domicile. Si vous ne venez pas au cabinet avec une fièvre à 40 vous ne serez pas soigné, si c’est grave tant pis. Il y a le Doliprane.Pour les pathologies cancéreuses cardiaques ou autres qui peuvent être découvertes tôt et si un medecin réside à 20 kilomètres et ne peut voir recevoir pour cause d’emploi de temps surchargé, hé bien ce sera pareil vous ne serez pas soigné. De toutes façons il y a l’automédication et cela pour beaucoup de gens maintenant. Et plusieurs en mourront.