C’est une nouvelle illustration des tensions qui traversent le Royaume-Uni autour de la liberté d’expression. La police d’Avon et Somerset, dans le sud-ouest de l’Angleterre, a finalement décidé d’abandonner les poursuites engagées contre le pasteur chrétien Dia Moodley, arrêté en novembre dernier à Bristol alors qu’il prêchait dans la rue et commentait l’islam ainsi que l’idéologie transgenre. L’information est rendue publique par l’organisation ADF International, qui a soutenu sa défense juridique.
Le pasteur avait été interpellé sous le soupçon d’« incitation à la haine religieuse » et de violation de la section 4A du Public Order Act de 1986, dans sa version aggravée pour motif religieux — une qualification pénale particulièrement large dans le droit britannique, qui permet de poursuivre des propos jugés susceptibles d’être perçus comme menaçants, injurieux ou insultants par autrui.
Une deuxième arrestation en moins d’un an
Ce n’était pas la première fois que les forces de police d’Avon et Somerset interpellaient Dia Moodley pour des prises de parole tenues dans l’espace public. Une première arrestation avait déjà eu lieu en mars 2024, dans des circonstances similaires, et avait elle aussi débouché sur un classement sans suite après enquête.
Cette seconde affaire aura tout de même duré plus de quatre mois. Entre-temps, le pasteur a été placé en garde à vue pendant huit heures, son domicile a été perquisitionné, il a été interrogé au commissariat, et des conditions de mise en liberté lui ont initialement été imposées — notamment une interdiction d’entrer dans le centre-ville de Bristol, ce qui revenait à lui interdire d’y prêcher pendant toute la période de Noël.
« Police à deux vitesses »
Dans une déclaration publique relayée par ADF International, le pasteur a salué la décision de la police comme « une victoire pour la liberté d’expression », tout en dénonçant les conditions dans lesquelles il a été traité. Il estime n’avoir jamais dû être arrêté pour avoir partagé pacifiquement sa foi dans l’espace public.
Plus largement, Dia Moodley met en cause ce qu’il qualifie de « police à deux vitesses » (two-tier policing) — une expression devenue récurrente outre-Manche depuis les émeutes de l’été 2024, et utilisée par les critiques pour dénoncer une asymétrie de traitement perçue entre certaines communautés. Le pasteur affirme que tandis que les forces de l’ordre ont mobilisé des moyens importants pour enquêter sur ses propos, elles auraient en revanche négligé d’examiner les menaces et violences qu’il dit avoir subies de la part de personnes opposées à ses prises de parole.
Il a annoncé consulter ses avocats en vue d’éventuelles poursuites contre la police d’Avon et Somerset, pour atteinte à ses droits fondamentaux.
Un débat britannique récurrent
L’affaire s’inscrit dans une série de cas similaires qui agitent régulièrement le débat public outre-Manche, et qui interrogent la frontière entre lutte contre la haine et liberté d’expression religieuse. Plusieurs prédicateurs chrétiens de rue, militants pro-vie ou simples passants ont été interpellés au Royaume-Uni ces dernières années pour des propos tenus en public, dont certains avaient simplement prié silencieusement à proximité de cliniques pratiquant l’IVG.
Le Public Order Act de 1986, plusieurs fois remanié, est régulièrement pointé du doigt par les associations de défense des libertés publiques comme un outil donnant aux autorités une marge d’appréciation jugée trop large. La Commission des droits de l’homme britannique elle-même a, à plusieurs reprises, appelé à clarifier le périmètre de ces infractions afin de mieux protéger la liberté d’expression.
L’organisation ADF International, structure chrétienne de défense juridique présente dans plusieurs pays européens, fait partie des acteurs les plus actifs sur ce front contentieux. Elle entend désormais accompagner le pasteur Moodley dans une éventuelle action en justice contre la police britannique.
Une affaire qui résonne au-delà des frontières britanniques
Si cette affaire concerne directement le Royaume-Uni, elle interpelle plus largement les démocraties européennes, France comprise, sur la manière dont les législations contre les « discours de haine » peuvent, dans leur application concrète, se retourner contre la libre expression — y compris religieuse — dans l’espace public. La question des « prêches de rue », pratique courante dans la tradition évangélique britannique, n’a pas d’équivalent direct en France, mais le débat sur les limites de la libre parole, lui, est partagé.
Quant au pasteur Moodley, il a fait savoir qu’il continuerait à prêcher publiquement, sans se laisser dissuader par ce qu’il décrit comme une tentative de censure.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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