Le scénario était écrit d’avance, ou presque. Cette 12e étape du Tour d’Italie, courue ce jeudi 21 mai 2026 entre Imperia et Novi Ligure sur 175 kilomètres, devait s’achever par un sprint massif entre les hommes rapides du peloton, avec en première ligne le Français Paul Magnier et l’Italien Jonathan Milan. Mais à 23 ans, le rouleur belge Alec Segaert (Bahrain-Victorious) en a décidé autrement. À trois kilomètres de la ligne, il s’extrait du peloton dans un virage, lance un véritable contre-la-montre individuel sur la portion finale et coupe la ligne en vainqueur, devant son compatriote Toon Aerts (Lotto Intermarché) et l’Uruguayen Guillermo Thomas Silva (XDS Astana), tous deux à trois secondes.
Un coup préparé depuis la veille
Loin de relever de l’improvisation, l’attaque du Belge était mûrement réfléchie. Au micro d’Eurosport quelques minutes après son arrivée triomphale, Segaert a reconnu qu’il y pensait depuis la veille au soir : il avait identifié l’endroit comme propice à un coup de poker. Le calcul s’est avéré payant. Le jeune coureur de Bahrain-Victorious, déjà vainqueur du Grand Prix de Denain au mois de mars dernier, décroche ainsi son deuxième succès de la saison et sa toute première victoire sur un grand tour. Une signature de classe pour un palmarès qui ne demande qu’à s’étoffer.
Dans les derniers kilomètres, plusieurs coureurs ont tenté de contrer son échappée, notamment Fabio van den Bossche (Soudal Quick-Step), sans parvenir à combler le trou ouvert par le rouleur belge. Segaert a tenu bon jusqu’au bout, signant ce que les spécialistes ont qualifié de coup parfait — celui que tous les attaquants rêvent de placer mais que peu réussissent.
Le Bric Berton fatal aux sprinteurs
Pour comprendre comment l’étape a pu basculer ainsi, il faut revenir à mi-parcours, dans la deuxième difficulté du jour. Sur les pentes du Bric Berton (5,5 km à 5,9 % de moyenne), l’équipe Movistar a imposé un train d’enfer destiné à éliminer les sprinteurs les plus lourds. Le calcul a fonctionné au-delà des espérances : Paul Magnier, leader du classement par points et qui visait une troisième victoire d’étape sur ce Giro, a craqué dès le col du Giovo, première difficulté du jour, avant de perdre définitivement le contact dans le Bric Berton.
Le sprinteur de Soudal Quick-Step a bien tenté de s’organiser avec l’Italien Jonathan Milan (Lidl-Trek), également distancé, pour limiter les dégâts en plaine. L’écart était toutefois trop important : les deux hommes ont fini par renoncer à toute idée de retour. Magnier conserve néanmoins son maillot cyclamen de meilleur sprinteur, avec onze points d’avance sur l’Équatorien Jhonatan Narváez — qui rôde toujours, en embuscade pour ce maillot des points qui lui tend les bras.
Bahrain-Victorious signe une journée parfaite
L’équipe bahreïnienne ne s’est pas contentée de la victoire de Segaert. Son leader Afonso Eulálio, porteur du maillot rose depuis la 5e étape, a profité d’un sprint intermédiaire situé à sept kilomètres de l’arrivée pour grappiller six secondes de bonification, sur une portion montante. Le Portugais s’est extrait avec culot d’un groupe de favoris dans lequel Jonas Vingegaard avait préféré s’épargner cet effort supplémentaire. L’Australien Ben O’Connor, cinquième au général, a profité de l’occasion pour prendre la deuxième place du sprint intermédiaire et engranger lui aussi quatre secondes.
Au classement général, Eulálio renforce ainsi sa position et porte son avance à 33 secondes sur Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike), désormais deuxième. Une journée parfaite pour la formation Bahrain-Victorious, qui glane à la fois une victoire d’étape, un renforcement du maillot rose et un message stratégique adressé à la concurrence : le tour de leader portugais n’est pas une parenthèse, il s’organise pour durer.
Cap sur Verbania
Ce vendredi 22 mai, la 13e étape conduira le peloton vers Verbania, sur les bords du lac Majeur. Une étape théoriquement plate dans sa première moitié, mais qui se durcit nettement dans le final avec l’ascension d’Ungiasca (4,7 km à 7,1 % de moyenne, avec des passages à 13 %), située à treize kilomètres de l’arrivée. Une configuration qui devrait éliminer les sprinteurs et favoriser les puncheurs, à commencer par Jhonatan Narváez, candidat naturel à un quatrième succès sur ce Giro, et l’Italien Giulio Ciccone, toujours en quête de sa première victoire d’étape.
L’arrivée se fera dans la ville natale de Filippo Ganna, monstrueux vainqueur du contre-la-montre de mercredi. L’attention sera nécessairement portée sur le rouleur des Ineos Grenadiers, susceptible de tenter un coup d’éclat à domicile. Mais comme on l’a vu ce jeudi avec Alec Segaert, ce Tour d’Italie 2026 réserve plus que sa part de surprises. La couverture intégrale sera assurée sur Eurosport 1 et l’application HBO Max à partir de 12h30, pour un départ fictif à 12h40 et une arrivée estimée vers 17h13.
Photo d’illustration : DR
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Une réponse à “Giro 2026. Coup de bluff parfait : le Belge Alec Segaert piège le peloton et s’impose en solitaire à Novi Ligure”
« . Le Belge Ben O’Connor » est Australien.