Apnée du sommeil : un comprimé en passe de remplacer le masque PPC pour des millions de patients

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Pour des millions de personnes souffrant d’apnée obstructive du sommeil, le remède peut paraître presque aussi pénible que la maladie. Le traitement de référence — la ventilation par pression positive continue, désignée par l’acronyme PPC en France (ou CPAP dans les pays anglophones) — repose sur le port nocturne d’un masque relié à une machine soufflant en permanence de l’air dans les voies respiratoires. Selon les études disponibles, entre 30 et 50 % des patients à qui ce dispositif est prescrit l’abandonnent au bout de quelques mois, jugé inconfortable, bruyant ou simplement insupportable. Pour eux, une alternative pharmacologique pourrait bientôt voir le jour : un essai clinique de phase 3 dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Respiratory and Critical Care Medicine ouvre la voie à un traitement par comprimé, à prendre chaque soir.

Une étude américaine sur 646 patients

L’essai a porté sur 646 adultes nord-américains, tous incapables de tolérer la PPC ou ayant refusé d’y recourir. Pendant six mois, en double aveugle contre placebo, les chercheurs ont mesuré l’effet de la molécule expérimentale baptisée AD109. Les patients sous traitement actif ont vu leurs interruptions respiratoires nocturnes diminuer de 44 % en moyenne par heure, contre 18 % seulement dans le groupe placebo — un écart suffisamment significatif pour valider l’efficacité statistique du composé.

Au-delà de cette diminution globale, plus de 40 % des participants ont enregistré une amélioration d’ensemble de la sévérité de leur apnée, et 18 % ont obtenu un contrôle complet de la maladie. Les niveaux d’oxygène sanguin durant le sommeil ont également progressé dans le groupe traité. Les bénéfices se sont manifestés indépendamment de la gravité initiale de la pathologie ou de la corpulence des patients — un point important, l’obésité étant un facteur de risque majeur de l’apnée du sommeil.

Le docteur Patrick John Strollo, médecin spécialiste du sommeil au University of Pittsburgh Medical Center et premier auteur de l’étude, souligne que ces résultats apportent des éléments encourageants quant à la possibilité de cibler le dysfonctionnement neuromusculaire pour obtenir des bénéfices cliniques tangibles. Selon lui, un comprimé agissant sur les muscles responsables de l’effondrement des voies aériennes durant le sommeil pourrait combler une véritable lacune thérapeutique.

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Le mécanisme : maintenir actifs les muscles de la gorge pendant le sommeil

L’apnée obstructive du sommeil résulte d’un phénomène mécanique simple : pendant le sommeil, les muscles situés à l’arrière de la gorge — ceux qui soutiennent le voile du palais, la luette, la langue, les amygdales et les parois pharyngées — se relâchent, jusqu’à provoquer un rétrécissement ou une fermeture complète des voies aériennes. Le sujet cesse alors temporairement de respirer, parfois plusieurs dizaines de fois par heure, ce qui explique le ronflement bruyant et la fatigue persistante au réveil, malgré une nuit en apparence normale.

Le médicament AD109, mis au point par le laboratoire Apnimed, combine deux principes actifs : l’atomoxétine et l’aroxybutynine. Le premier élève les niveaux de noradrénaline cérébrale, ce qui renforce les signaux nerveux envoyés aux muscles des voies aériennes supérieures — notamment la langue — et les empêche ainsi de se relâcher totalement durant la nuit. Le second bloque certains récepteurs corporels habituellement responsables du relâchement musculaire pendant le sommeil, en particulier durant la phase de sommeil paradoxal, période durant laquelle l’apnée tend à s’aggraver.

Cette double action vise spécifiquement à renforcer le tonus de repos du génio-glosse, le principal muscle de la langue. Le docteur Daniel Slaughter, spécialiste ORL et de médecine du sommeil exerçant à Austin (Texas) et non impliqué dans l’étude, compare le mécanisme à celui de l’implant Inspire — dispositif qui utilise une stimulation nerveuse pour empêcher la langue de bloquer les voies aériennes. Slaughter précise toutefois que le médicament bénéficiera surtout à un sous-groupe de patients : ceux dont l’apnée n’est pas trop sévère et dont la cause principale est précisément un mauvais tonus du génio-glosse au repos.

Des effets secondaires gérables, mais non négligeables

Le revers de la médaille existe. Environ 21 % des patients ont interrompu le traitement en raison d’effets indésirables : sécheresse buccale, nausées, difficultés d’endormissement, troubles urinaires. Les chercheurs qualifient ces effets de gérables et le profil d’événements rapportés correspond à celui de l’atomoxétine prise isolément, médicament déjà utilisé contre le trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité.

Apnimed a déposé une demande d’autorisation auprès de la Food and Drug Administration américaine, qui a accordé au médicament une désignation accélérée pour l’examen du dossier. Aucun calendrier européen n’a été communiqué à ce stade, mais l’arrivée de la molécule sur le marché américain conditionnera nécessairement les démarches ultérieures auprès de l’Agence européenne du médicament.

L’apnée du sommeil : un problème cardiovasculaire qui s’ignore

Au-delà de l’inconfort apparent du ronflement et de la fatigue diurne, l’apnée du sommeil non traitée représente un risque sanitaire majeur, et c’est précisément ce qui justifie la course thérapeutique en cours. Le docteur Alex Dimitriu, psychiatre et médecin du sommeil installé à Menlo Park en Californie, le résume sans détour : fondamentalement, l’apnée du sommeil n’est pas un trouble du sommeil, c’est un problème cardiovasculaire qui se déroule la nuit.

Chaque épisode d’apnée correspond à une petite décharge d’adrénaline : la pression artérielle s’élève brutalement, le taux d’oxygène chute, le cœur est soumis à un stress mécanique. Multipliée par trente à soixante fois par heure, sur des années entières, cette gymnastique nocturne se traduit par une cohorte de pathologies graves : hypertension chronique, fibrillation auriculaire, accidents vasculaires cérébraux, diabète de type 2, dépression et déclin cognitif.

Chelsie Rohrscheib, neuroscientifique et responsable de la recherche sur le sommeil chez Wesper, énumère les raisons pour lesquelles les patients abandonnent la PPC : inconfort du masque, incapacité à manipuler correctement la machine, absence de soutien médical, sentiment d’inefficacité, défaut de motivation à entretenir le dispositif. À chaque abandon, le risque cardiovasculaire repart à la hausse — d’où l’importance d’une option alternative effectivement praticable au long cours.

Une avancée à relativiser, mais réelle

Aucun des spécialistes interrogés n’envisage le comprimé comme un remplacement universel de la PPC. Slaughter rappelle que les résultats de l’essai définitif devant la FDA restent à observer, mais reconnaît que les données disponibles montrent une amélioration tangible obtenue par la combinaison des deux molécules. Dimitriu, prudent sur les effets indésirables, estime néanmoins qu’un comprimé efficace contre l’apnée constituerait un ajout bienvenu à l’arsenal thérapeutique — d’autant plus que les agonistes du GLP-1, utilisés à l’origine contre le diabète et l’obésité, ont eux aussi démontré une efficacité non négligeable sur l’apnée chez les patients obèses. La médecine progresse, par petites touches.

Pour les millions de personnes qui dorment chaque nuit avec un masque pénible vissé sur le visage, ou qui ont renoncé à le porter au prix d’un risque cardiovasculaire silencieusement entretenu, l’arrivée éventuelle d’un comprimé représenterait une simplification thérapeutique majeure. Reste désormais à attendre la décision finale de la FDA, et à observer comment les autorités européennes accueilleront le dossier dans les mois à venir.

Photo d’illustration : PIxabay (cc)

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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6 réponses à “Apnée du sommeil : un comprimé en passe de remplacer le masque PPC pour des millions de patients”

  1. Brounahans l'Alsaco dit :

    Et un comprimé de plus ! On ne guérit pas, on vend ! Socrate disait « cherchez la cause, et même la cause des causes » A-t-on déjà rencontré un animal sauvage avec un masque sur la tronche pendant son sommeil ? Décidément la connerie humaine n’a vraiment, comme le soutenait Einstein, aucune limite !

  2. Jean-louis Garnier dit :

    Cela fait 26 ans que je porte un masque PPC à ma grande satisfaction; loin de moi de l’idée d’empêcher ceux qui ne le supportent pas d’avoir une autre solution chimique cette fois (il existe une autre solution mécanique au niveau du positionnement de la mâchoire) mais il est fantastique après tous les dégâts depuis 40 ans de certains médicaments ou vaccins de ne pas signaler le rôle de l’industrie pharmaceutique qui a financé cette merveille! Est-ce Pfizer ou l’une de ses filiales? une vraie enquête comme celles auxquelles nous a habitué Breizh-info serait bienvenue, non? Sinon on assiste encore une fois à la suppression de mécanisme efficace pour une solution chimique dont on découvrira les conséquences trop tard!

  3. Milutin dit :

    Quand on ne sait pas,on ne dit pas,ça évite de dire des co…ries !!! Et,apparemment,vous vous êtes levé ce matin pour en dire !!! Mauvaise oxygénation du cerveau,peut-être dûe à des apnées du sommeil ? Faut consulter mon gars !!!

  4. alienor dit :

    “Formidable époque : au lieu de traiter la rétrognathie mandibulaire et les causes anatomiques de l’apnée obstructive, on va probablement prescrire une molécule supplémentaire à vie pour permettre au patient de continuer à dormir avec une gorge qui s’effondre.” 😌

    Les traitements actuels restent d’ailleurs surtout la PPC, les orthèses d’avancée mandibulaire et, dans certains cas, la chirurgie ou la neurostimulation.

  5. RAYMOND NEVEU dit :

    Rassurez-vous pour les effets secondaires on vous donnera d’autres petites pilules avec d’autres effets secondaires et ainsi de suite…Trump doit certainement avoir un traitement lourd pour être à ce point incontrôlable.

  6. Marche à terre dit :

    Espérons que ce comprimé puisse être accessible bientôt pour tous les malades de l’apnée du sommeil.
    Merci pour cet article Breizh Info!

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