« On ne dissout pas des convictions » : Thaïs d’Escufon raconte six ans de traque judiciaire et numérique [Interview]

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Thaïs d’Escufon a 26 ans. Elle est l’une des figures les plus emblématiques — et les plus ciblées — de la jeunesse identitaire française. Ancienne porte-parole de Génération Identitaire, elle s’est imposée dès 2020 comme la première influenceuse francophone de droite à générer un véritable impact médiatique.

Depuis la dissolution forcée de son mouvement par décret gouvernemental en 2021, le système lui a réservé un traitement singulier. Poursuivie pour « injures publiques » et « provocation à la haine raciale » à la suite de l’opération Defend Europe dans les Pyrénées, elle est d’abord condamnée avant d’être relaxée en appel par la Cour d’appel de Toulouse en septembre 2022. Sur les plateformes, la même logique s’applique : comptes Twitter, TikTok et une quinzaine de comptes Instagram suspendus les uns après les autres, des centaines de milliers d’abonnés perdus.

En août 2024, recrutée comme chroniqueuse sur Europe 1 par Cyril Hanouna, elle est écartée dès sa première émission sur décision de la direction de Lagardère Radio.

Dans une vidéo récente, elle a témoigné de cette répression accumulée, tout en lançant un appel à la solidarité. Voxeuropa, partenaire de. Breizh-info, l’a rencontrée pour qu’elle raconte, dans sa propre voix, ce que signifie l’engagement en France au XXIe siècle.

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1. Votre engagement politique a commencé à 18 ans, dans Génération Identitaire. Qu’est-ce qui vous a amenée à franchir le pas de l’activisme à cet âge, et qu’espériez-vous accomplir à l’époque ?

Je crois que mon engagement est né à la fois d’un héritage familial et d’un choc personnel.

J’ai grandi dans une famille catholique, française, de droite et d’ascendance noble. J’ai donc été élevée dans un amour viscéral de la France, bercée par les récits d’ancêtres illustres qui ont participé à notre histoire. Je ressentais un lien personnel avec elle ; l’attachement à nos paysages, à notre culture, à notre civilisation a toujours fait partie de moi. C’était simplement une évidence et une fierté profonde d’appartenir à ce grand peuple.

Mais j’ai compris que cette évidence était menacée lorsque je suis entrée à l’université du Mirail, à Toulouse. Je me suis retrouvée dans une fac très marquée à gauche, implantée au cœur d’un quartier remplacé, connu pour être une des plaques tournantes des départs pour le jihad depuis la France.

Mes idées y étaient, de toute évidence, très minoritaires. Ce mélange étrange rendait impossible l’expression de mes convictions sans être immédiatement prise pour cible par des militants antifascistes très présents sur place. J’ai donc affronté concrètement la transformation démographique de notre pays, lorsque je me suis retrouvée à plusieurs reprises être la seule jeune Française blanche de la rame du métro, cela a forcément produit quelque chose en moi. J’ai compris que mon existence même, et ce qu’elle représentait, n’allait plus de soi. J’avais le sentiment d’être devenue étrangère dans mon propre pays.

À 18 ans, j’ai décidé de m’engager à Génération Identitaire car j’y ai trouvé des jeunes qui me ressemblaient : ils avaient des idéaux, du courage, et surtout ils refusaient de regarder la France disparaître sans rien faire.

Très vite, je suis devenue l’une des militantes féminines les plus investies, j’ai découvert les actions, les collages, la garde à vue, bref, l’aventure ! J’avais le sentiment d’appartenir à une génération qui refusait la résignation. Génération Identitaire m’a donné l’élan pour passer du constat à l’action.

2. La dissolution de Génération Identitaire par décret gouvernemental en 2021 a marqué un tournant. Comment avez-vous vécu cette décision, et qu’est-ce qu’elle vous a appris sur les limites du droit d’association en France ?

À titre personnel, la dissolution de Génération Identitaire a été un véritable choc qui a profondément atteint mon moral à l’époque.

Quand on dissout un mouvement, on arrache une communauté, celle qui représentait pour moi une seconde famille. J’avais consacré une grande partie de mon temps et de mon énergie à Génération Identitaire et j’avais pris des risques importants en affichant mon visage et mon nom. À partir de là, vous assumez publiquement des idées qui vont vous suivre pendant des années. J’avais à peine 21 ans et j’avais déjà connu une très forte exposition médiatique, puisque j’étais devenue porte-parole de Génération Identitaire au moment où le mouvement atteignait son pic de visibilité. J’ai commencé très tôt à vivre avec la censure, les comptes bancaires suspendus, les premiers plateaux de télévision hostiles, le harcèlement, les menaces, les intimidations de militants antifascistes. C’est jeune, 21 ans, pour devenir une sorte de paria.

Sur le fond, cette décision montre que la liberté d’association et la liberté d’expression n’existent que tant que vous vous en tenez au discours immigrationniste et antiraciste dominant. Génération Identitaire était un mouvement de jeunesse, militant, spectaculaire, certes, mais nos actions ont toujours été pacifiques. Pourtant, nous avons été présentés comme une menace quasi paramilitaire au motif que certains militants pratiquaient des sports de combat ou portaient des vêtements de même couleur lors d’actions publiques. C’est absurde. À ce compte-là n’importe quel groupe sportif ou mouvement scout pourrait être dissous.

C’était une décision éminemment politique. L’État a décidé de nous dissoudre parce que nous étions trop efficaces.

Mais je n’ai pas voulu baisser les bras. Après la dissolution, j’ai lancé ma chaîne YouTube pour continuer à porter la voix de toutes les personnes qui nous avaient soutenus, et ainsi utiliser l’exposition médiatique que j’avais acquise pour continuer à diffuser nos idées au plus grand nombre.

On ne dissout pas des convictions.

3. En France, des propos tenus lors d’une action symbolique aux Pyrénées vous valent d’abord une condamnation, avant une relaxe en appel. En Allemagne, Martin Sellner se voit interdire de territoire pour avoir prononcé le mot « remigration » lors d’une réunion privée. Percevez-vous une coordination européenne dans cette répression ?

Je ne sais pas s’il existe une coordination formelle, mais il existe très clairement une convergence idéologique entre les élites européennes.

Partout en Europe occidentale, on retrouve les mêmes réflexes : culpabilisation des peuples autochtones, culture de la honte, refus de défendre nos frontières, sacralisation de l’immigration, incapacité à nommer le remplacement démographique et volonté de pathologiser toute réaction identitaire. Ceux qui disent « nous voulons rester nous-mêmes » sont immédiatement présentés comme dangereux.

C’est une forme de dissuasion. On veut faire comprendre aux militants identitaires que leur engagement peut leur coûter leur réputation, leur travail, leurs comptes bancaires, leur liberté et leur avenir.

Ils ont peur que les Européens se réveillent et comprennent qu’ils partagent le même destin. Si nous nous unissons, le rapport de force pourrait changer très vite. Et ça, c’est un très bon signe.

4. Le Digital Services Act européen, en vigueur depuis 2024, confie aux plateformes une obligation de modération sous peine d’amendes massives. Pensez-vous que la répression numérique que vous avez subie à titre individuel soit en train de devenir, avec le DSA, une infrastructure permanente de contrôle du discours en Europe ? Comment y faire face ?

Avant même le Digital Services Act, j’avais déjà connu cette répression numérique : comptes Twitter, TikTok, Instagram et Facebook suspendus. À chaque fois il faut tout recommencer, et retrouver son public en espérant ne pas être banni une fois de plus.

Avec le DSA, cette logique n’est plus seulement le résultat de décisions internes aux plateformes, cette censure prend une forme institutionnelle à l’échelle européenne. Les plateformes sont incitées, sous menace d’amendes massives, à surmodérer tout ce qui peut être considéré comme « à risque ». Et évidemment, les discours identitaires, anti-immigration ou remigrationnistes sont parmi les premiers visés.

Comment y faire face ? D’abord en développant nos propres médias, nous ne pouvons pas dépendre éternellement de plateformes qui peuvent nous effacer en quelques secondes.

Ensuite, il faut apprendre à jouer avec les règles du terrain et user de ruse. L’humour, en cela, est une arme redoutable pour jouer avec les sous-entendus.

Mais il y a heureusement des raisons d’espérer. Le rachat de Twitter par Elon Musk a changé quelque chose : je constate très clairement que la censure est beaucoup moins étouffante qu’avant. Les autres plateformes ont été obligées de s’aligner au moins partiellement sur la concurrence et de relâcher la pression.

Et enfin, il y a le nombre. Plus nous sommes nombreux à parler, moins ils peuvent tous nous faire taire.

5. Des figures identitaires de toute l’Europe font face à des interdictions de territoire, des procédures judiciaires, des gels de comptes bancaires. Cette solidarité entre mouvements existe-t-elle vraiment quand il s’agit de défendre ceux qui tombent, ou reste-t-elle surtout rhétorique ?

Oui, cette solidarité existe. Et je peux le dire d’autant plus sincèrement que, pendant un temps, j’avais presque cessé d’y croire.

J’ai moi-même été concernée par ces tentatives d’intimidation : fermeture de comptes bancaires, impossibilité d’obtenir un crédit, procédures judiciaires répétées, etc. On peut tenir un discours combatif, mais au bout de plusieurs années, cette accumulation finit quand même par vous user. Pour être honnête, il m’est arrivé plusieurs fois de me décourager.

Récemment, avant le délibéré d’un énième procès, j’ai partagé publiquement ma lassitude. Et là, j’ai reçu un soutien incroyable, venu d’identitaires et de patriotes du monde entier, d’Europe jusqu’aux États-Unis, en passant par l’Australie, jusqu’au Japon. Beaucoup de gens ont relayé mon histoire, et m’ont écrit ainsi qu’aidée financièrement. Cela m’a profondément touchée.

Donc oui, il existe une véritable solidarité, pour ma part elle m’a redonné un nouveau souffle.

6. Vous portez seule, financièrement, le coût de ces procédures. Cela soulève une question stratégique : un mouvement d’idées qui laisse ses figures de proue faire face seules aux poursuites judiciaires est-il en mesure de durer ?

C’est vrai que je suis seule à porter le coût de ces procédures, mais lorsque j’ai appelé à l’aide, des centaines d’inconnus ont répondu, et cela compte davantage pour moi que le soutien d’une structure politique.

Il faut dire les choses franchement : en France, nous sommes peu nombreux à tenir un discours aussi radical que le mien. Même au sein de la droite, on reproduit trop souvent le cordon sanitaire que la gauche nous impose. On devient frileux à l’idée de s’afficher avec telle ou telle personne, et à force de vouloir être acceptable aux yeux de nos ennemis, on finit parfois par perdre de vue qui sont nos véritables alliés.

C’est un problème stratégique majeur car on laisse tomber ceux qui prennent les coups en première ligne et on se condamne à décourager les plus courageux.

Mais j’ai senti qu’il existait encore une vraie solidarité, de la part d’influenceurs comme d’anonymes, alors tant pis pour les politiciens. Pour moi, cela suffit à me donner la force de continuer.

7. Si l’on regarde votre trajectoire depuis six ans — dissolution du mouvement, condamnations, censures numériques, tentative avortée en radio — le système français a-t-il réussi à vous faire taire, ou a-t-il produit l’effet inverse ?

Il a produit l’effet inverse.

Je ne vais pas prétendre que tout cela ne m’a pas atteinte. Il y a eu des moments où j’ai été démotivée. Mais le récent soutien que j’ai reçu lors de mon dernier procès m’a rendue encore plus déterminée. J’ai compris que si tant d’efforts étaient déployés pour me faire disparaître, c’est que ma parole avait du poids.

Ils voulaient me faire disparaître du paysage ; je serai un caillou encore plus gros dans leur chaussure.

8. Vous avez été l’une des premières à porter une voix identitaire sur les réseaux sociaux en France. Quel regard portez-vous sur l’émergence d’un espace médiatique européen alternatif — des médias comme Voxeuropa capables de relayer ces voix sans passer par les gatekeepers nationaux ?

Je porte évidemment un regard très positif sur cette émergence et pour moi ce type d’initiative est indispensable, car elle permet de reprendre la parole sans attendre l’autorisation des médias mainstream. Surtout elle permet à des voix venues de différents pays de se soutenir, car nous partageons le même combat civilisationnel.

Ces initiatives doivent se multiplier, se professionnaliser et être soutenues. Je crois que l’avenir du combat identitaire passera en grande partie par là : par notre capacité à construire nos propres réseaux de solidarité.

Donc bravo à vous, et merci de participer à cette reconstruction médiatique européenne dont nous avons absolument besoin.

Propos recueillis par Matisse Royer.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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