L’UDB a besoin de listes d’union de la gauche pour obtenir des conseillers municipaux et des adjoints. Non seulement c’est un moyen d’exister politiquement, mais c’est aussi l’occasion de professionnaliser, grâce aux indemnités, quelques militants. C’était le cas à Brest jusqu’à la défaite de François Cuillandre (PS).
Au soir du second tour des élections municipales de juin 2020, François Cuillandre (PS) pouvait proclamer : « C’est un résultat confortable », même s’il aurait préféré « dépasser la barre symbolique des 50 % » (Ouest-France, Finistère, lundi 29 juin 2020). Effectivement, il est réélu pour la quatrième fois avec 49,70 % des suffrages exprimés, battant la liste de Bernadette Malgorn (droite, 36,41 %) et celle de Marc Coatanéa (macroniste, 13,89 %). Une bonne affaire pour Fragan Valentin-Lemeni (UDB) qui devient adjoint à la « promotion de la santé physique et psychique, réduction des inégalités de santé « (sic).
Six ans plus tard, « vaincu par KO, Cuillandre sort par la petite porte », titre Le Télégramme. « C’est la vie … Des victoires, j’en ai connu quelques-unes », confie celui qui affirme quitter la mairie « avec le sentiment que ce qui devait être fait a été fait » (Le Télégramme, Brest, lundi 23 mars 2026) Cette fois, il est battu sèchement au second tour par Stéphane Roudaut (droite et centre) : 57,38 % contre 38,3 % – la liste d’Yves Pagès (RN) faisant un petit 4,31 %. La cinquième tentative était le combat de trop… Grosse déception pour l’UDB : conséquence de la défaite de la liste « La Gauche unie avec François Cuillandre », elle n’obtient aucun élu. Pourtant, au second tour, elle était parvenue à placer quatre candidats (Fragan Valentin-Leméni, Marion Maury, Sandrine Migerel, Béatrice Le Bel), malgré l’arrivée de dix-sept Insoumis (douze places éligibles), sur la liste de Cuillandre.
Il ne faut pas se poser trop de questions
Historiquement, la section UDB de Brest a toujours été la plus importante. Disparaître du conseil municipal est un coup dur pour les héritiers de Ronan Le Prohon. Au départ, l’UDB donnait l’impression de vouloir fricoter avec LFI. « A Brest, nous travaillons en bonne intelligence avec les Insoumis au sein de plusieurs collectifs. Par ailleurs, lors des législatives, Pierre-Yves Cadalen a su prendre de la distance avec l’idéologie jacobine. Il a soutenu l’enseignement bilingue dans l’école publique, l’organisation d’une réflexion pour l’inclusion de Diwan et d’un référendum en Loire-Atlantique pour la réunification de la Bretagne. Toutefois, au vu du fonctionnement interne de LFI et des outrances de la ligne incarnée par Mélenchon, on se pose des questions. Les Insoumis brestois sont-ils capables de respecter la démocratie interne qui garantit le bon fonctionnement de la collectivité ? Sont-ils capables des compromis nécessaires dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques d’une majorité qui se veut plurielle ? Les doutes sont encore permis », racontait Fragan Valentin-Leméni, le secrétaire de la section UDB de Brest (Le Télégramme, Brest, mardi 15 octobre 2024)
Fragan Valentin-Leméni méritait de rester adjoint
Un an plus tard, les « doutes » étaient levés puisque les militants votèrent en faveur d’une alliance avec le Parti socialiste. « Quel que soit le ou la cheffe de file que les socialistes désigneront, nous respecterons ce choix qui leur appartient », annonce FVL. « Le Parti socialiste a l’expérience et la capacité à rassembler l’ensemble des composantes de la majorité municipale au sein d’une union de la gauche démocratique. » Et « la majorité municipale a montré de longue date son expérience en matière de bonne gestion de l’argent public », poursuit-il (Le Télégramme, mardi 16 septembre 2025) En matière de cirage de pompe, Fragan Valentin-Leméni est un champion…
Le Peuple breton (avril 2026) résume en quelques lignes la situation : « La surprise bretonne vient indéniablement de la chute du bastion socialiste qu’était Brest. Sans doute le mandat de trop pour François Cuillandre, qui avait promis de ne pas se représenter pour finalement faire volte-face, puis la fusion avec les écologistes et enfin l’alliance avec LFI. » Et surtout : « L’UDB y perd ses élus au passage. »
Cinq maires pour l’UDB
Mais il n’y a pas que Brest en Bretagne : « On ne saurait dire si l’élection a été bonne ou mauvaise pour l’UDB. Disons que, comme toutes les formations politiques, il y a des revers et des réussites! L’UDB obtient une cinquantaine d’élus au total, gagne deux maires, Fulup Plouzané à Commana et Fabris Tréhorel au Haut-Corlay, et en regagne un à Locmélar avec Pierre-Yves Moal. Elle conserve aussi la mairie de Montreuil-le-Gast grâce à la victoire de Lionel Henry, ainsi que celle de Plounéour-Ménez avec Sébastien Marie » (Le Peuple breton, avril 2026)
Dans les gros morceaux que sont Nantes, Rennes et Saint-Nazaire, l’UDB obtient quelques élus : Aurélien Boulé Fournier et Valérie Coussinet-Ndiaye (adjoint au logement, nouveaux modes d’habiter, logement étudiant) dans le premier cas ; Jeff Monnier (adjoint au quartier de Bréquigny) et Montserrat Casacuberta (déléguée au plurilinguisme, et aux langues et cultures de Bretagne) dans le second ; Fanch-Emmanuel Gueno dans le troisième. « Avec une petite cinquantaine d’élus seulement, l’UDB se doit d’améliorer son implantation locale », peut-on lire dans Le Peuple breton (avril 2026). Plus facile à dire qu’à faire… Les cadres et les militants sont une marchandise rare… Sauf lorsque se présente la possibilité de décrocher des mandats (député, sénateur, maire…), comme c’est le cas actuellement au Rassemblement national. Tout devient alors simple : l’odeur de la soupe favorise les vocations…
Bernard Morvan
Crédit photo : Antoine BRUNET/Wikimedia (cc)
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