Brest : François Cuillandre (PS) victime du « dégagisme »

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37 ans de socialisme à Brest, 25 ans à l’hôtel de ville comme maire pour François Cuillandre, mais le “vote utile“ l’a empêché d’entamer un cinquième mandat. Il paraît que c’était la candidature de trop. Et les Brestois voyaient en Stéphane Roudaut un maire “crédible“, alliant expérience du métier et campagne dynamique.

L’affaire démarrait bien. Un sondage Ifop (598 Brestois interrogés) commandé par les instances du PS montrait que 60 % des électeurs se montraient satisfaits du maire sortant François Cuillandre  – 39 % étaient mécontents. A la question « Etes-vous satisfait du travail accompli par la municipalité de Brest ? », 71 % des sondés répondent par l’affirmative – ils sont 28 % à se dire mécontents (Le Télégramme, Brest, samedi 12 avril 2025). Quelques mois plus tard, un second sondage Ifop (échantillon de 600 électeurs) commandé par le PS apparaît tout aussi encourageant. Les intentions de vote montrent en effet que François Cuillandre fait la course en tête : 27 % pour sa liste (PS, PCF, PP, PRG, UDB), 18 % pour la liste de Stéphane Roudaut (Renaissance, Horizons, MoDem, UDI, LR), 16 % pour la liste de Glen Dissaux (Ecologistes), 16 % pour le RN et 13 % pour LFI (Le Télégramme, Brest, jeudi 25 septembre 2025). De ce fait, Cuillandre était encouragé à solliciter un cinquième mandat et à croire en ses chances.

2026 ne se présentait pas comme 2020. En effet, il y a six ans, sur la ligne de départ, on trouvait Brest au cœur ! (François Cuillandre) et Brest écologie solidarités (Ronan Pichon) ; c’est-à-dire qu’au premier tour socialistes et écologistes tentent leur chance séparément. Au second tour, il y a fusion et Brest au cœur ! (François Cuillandre) l’emporte avec 49,70 %, ce qui lui donne 42 élus sur 55, alors que la droite (Bernadette Malgorn) doit se contenter de 10 sièges et les macronistes (Marc  Coatanéa) de 3. En 2026, socialistes et écologistes présentent une liste unique au premier tour : La gauche unie pour Brest, conduite par le maire sortant François Cuillandre. « C’est important d’avoir une liste d’union dès le premier tour », assure ce dernier lors de l’annonce de l’accord (Le Télégramme, Brest, mercredi 10 décembre 2025). Glen Dissaux, le leader écolo, a bien négocié cet accord : « On veut écrire le projet et être, ensuite, dans une logique de “coportage“ du programme. Il s’agit pour nous d’être au cœur des décisions sur toutes les politiques stratégiques du futur mandat. » (Le Télégramme, Brest, samedi 6 décembre 2025). Mais les écolos ont également été bien servis en ce qui concerne les places sur la liste : n°2 Gaëlle Morvan, n°3 Glen Dissaux, n°8 Marion Galle, n°15 Gwendal Quiguer, n°19 Florian Hug-Fouche, n°20 Annaïck Chauvet,  n°22 Camille Tabeling, n°29 Jules Raillard, n°35  Fred Le Duff, n°38 Pauline Kerscaven, n°41 Christian Bucher, n°48 Catherine Dolou, n°52 Nathalie Chaline. Cuillandre a “acheté“ les écolos en leur accordant treize places sur 55 candidats. « L’union est un combat », disait Georges Marchais.

Muscat et Salami s’adressent à la même clientèle que Cuillandre

Pourtant tout n’est pas rose pour Cuillandre. C’est ce que montre un sondage Cluster 17 commandé par les Ecologistes et réalisé en août 2025 auprès d’un échantillon de 802 personnes. «  A la question “ Souhaitez-vous que François Cuillandre se présente pour un cinquième mandat en 2026 ? “, 75 % des Brestois interrogés répondent par la négative. Et près de la moitié (49 %) l’exprime de  façon péremptoire en répondant  “ pas du tout “. Seuls 17 % souhaitent que le maire sortant y retourne (11% un peu, 6% avec force). » (Le Télégramme, Brest, vendredi 17 octobre 2025)

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Les choses se compliquent lorsque deux candidats naviguant dans les eaux de la social-démocratie annoncent qu’ils vont présenter une liste en mars ; c’est-à-dire qu’ils vont enlever des électeurs à Cuillandre – on appelle ça “siphonner“. En premier lieu, on trouve Sébastien Muscat avec sa liste Brest nouvelle vague. Ses explications : « J’ai vu la ville se transformer en bien, mais j’observe une forme de conservatisme dans la méthode, la gouvernance, les équipes en place. Il y a des petits arrangements à la marge mais globalement, on a toujours les mêmes. Dans la ville, j’entends la demande de renouveau et d’intégration des gens de la société civile. Ce n’est pas ce qui se passe dans le projet qui s’élabore actuellement autour du PS et des écologistes (…) Ce qui les intéresse d’abord, c’est de formaliser un accord entre eux. Et après, ils regardent ce qui reste pour les autres partis et la société civile. Pour moi, ce n’est pas la bonne méthode. Si on veut vraiment un renouvellement, on doit sanctuariser les places pour les gens de la société civile. » (Le Télégramme, Brest, lundi 8 décembre 2025)

Les choses se compliquent avec Réza Salami, adjoint au maire chargé de la culture. Il a déjà effectué trois mandats avec François Cuillandre et conteste la volonté du maire de repartir pour un cinquième mandat. « Quand François Cuillandre a annoncé officiellement qu’il repartait, j’ai décidé que ce serait sans moi. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ne pas candidater à la candidature pour être sur la liste. Sept mandats dont cinq comme maire, j’estime que trop, c’est trop ! Ce n’est pas sain pour la vie démocratique », explique-t-il (Le Télégramme, Brest, jeudi 15 janvier 2026). Il poursuit : « Je ne veux pas être maire de Brest pour être maire de Brest et gagner de l’argent. On va me taxer de populisme, mais je le dis : si je suis élu maire, je m’engage à ne prendre qu’un smic. Moi, je ne suis pas politico-dépendant. Quand je vois que certains camarades socialistes touchent plus de 10 000 €, qui peut trouver ça normal ? » (Le Télégramme, Brest, jeudi 15 janvier 2026). Finalement, la gauche unie avec François Cuillandre ne semble pas si « unie » que cela… « Il y a des démarches individuelles qui ont été lancées pour de mauvaises raisons. La réalité c’est que François Cuillandre réalise une union très large. Neuf formations politiques qui soutiennent une liste, je ne suis pas sûr que cela soit déjà arrivé à Brest », réplique Tristan Foveau, le directeur de campagne de Cuillandre, à Muscat et à Salami (Le Télégramme, Brest, mercredi 25 février 2026)

L’arithmétique électorale exige la fusion

C’est dans ces conditions qu’on arrive au premier tour des élections municipales (15 mars 2026). Coup de théâtre : la liste conduite par Stéphane Roudaut Une nouvelle histoire pour Brest  (droite et centre) arrive en tête : 14 071 voix (30,24 %), devançant La gauche unie pour Brest (François Cuillandre) qui ne récolte que 11 076 voix (23,80 %) – ce qui signifie que le premier possède 2 995 voix et 6,44 points d’avance sur le second. Pendant ce temps, Sébastien Muscat engrange 3 836 voix (8,24 %) et Réza Salami 1 663 voix (3,57 %). Autant dire que ces deux listes de gauche dissidentes n’ont pas rendu service à Cuillandre. « On ne s’attendait pas à une avance aussi importante. Il y a un rejet du maire en place, qui est très nettement derrière », commente Stéphane Roudaut (Ouest-France, Finistère, lundi 16 mars 2026)

Tout  de suite, Cécile Beaudouin, leader de la liste Brest insoumise (7 162 voix, 15,39 %), propose ses services : « Le canal est ouvert ce soir. On est prêts à réunir les conditions d’une fusion. » (Ouest-France, Finistère, lundi 16 mars 2026). En effet, « désormais une seule équation mathématique semble pouvoir sauver François Cuillandre d’une défaite : une fusion avec Brest insoumise. Mais entre la gauche de gouvernement et la gauche de rupture, le fossé n’a jamais été aussi béant. Sécurité, économie, gouvernance de la métropole… » (Le Télégramme, Brest, lundi 16 mars 2026) Dès le lundi, Cécile Beaudouin et François Cuillandre annoncent leur mariage. « On sait se raccorder sur nos valeurs communes qui ne sont pas celles de la droite », constate le maire sortant, rappelant que la gauche, « dans sa diversité, est toujours majoritaire à l’issue du premier tour ». « Pour sa nouvelle alliée, Cécile Beaudouin, il n’y a pas à hésiter. “ Il s’agit d’une fusion technique respectueuse des partis. On sait que des projets nous divisent. On n’en fait pas un mystère “, résume l’insoumise, qui ne s’attarde pas sur les désaccords à propos de la police municipale, la gratuité des cantines et des transports publics ou encore le projet de nouveau stade. » (Le Télégramme, Brest, mardi 17 mars 2026) « L’accord du jour qui n’a donc rien de programmatique, s’articule autour des “ douze places éligibles “ ouvertes aux insoumis. Ceux-ci ne revendiquent aucun poste d’adjoints et s’envisagent avant tout“ vigie “ constructive et “ force de proposition “, détaille Cécile Beaudouin. » (Le Télégramme, Brest, mardi 17 mars 2026)

LFI n’est pas parvenue à sauver Cuillandre

Dimanche 22 mars, 20 h 40, François Cuillandre annonce la victoire de la droite. La liste Une nouvelle histoire pour Brest (Stéphane Roudaut) l’emporte avec 28 343 voix (57,38 %), ce qui lui donne 44 élus (sur 55). « Les Brestois et les Brestoises ne voulaient pas d’une bordélisation au conseil municipal. C’est la victoire de ceux qui voulaient changer de méthode. J’ai reçu le message 5 sur 5 », explique-t-il (Ouest-France, Finistère, lundi 23 mars 2026). La liste La gauche unie pour Brest (François Cuillandre) est nettement distancée : 18 919 voix (38,30 %), soit 11 élus. L’avance de Roudaut est nette : 9 424 voix, 19,08 points. LFI obtient quatre sièges : Cécile Beaudouin, Christophe Osswald, Julie Le Goïc, Malick Niang. Pour Cécile Beaudouin, il s’agit « davantage d’une sanction du maire sortant qu’un plébiscite de Stéphane Roudaut. » Les insoumis, eux, n’ont pas tout perdu : « Avec quatre élus au conseil, oui, on estime être désormais la première force de gauche à Brest. » (Le Télégramme, Brest, lundi 23 mars 2026)

On remarquera qu’au soir du premier tour, François Cuillandre dispose d’un potentiel de 23 737 électeurs – en additionnant ses suffrages (11 076), ceux de LFI (7 162), ceux de Muscat (3 836) et ceux de Salami (1 663). Or, au second tour, il n’obtient que 18 919 suffrages (38,30 %). Comment expliquer cette déperdition de 4 818 suffrages ? Rejet ? Dégagisme ? Refus de l’alliance PS-LFI ?

Bernard Morvan

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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2 réponses à “Brest : François Cuillandre (PS) victime du « dégagisme »”

  1. guillemot dit :

    L’élection du nouveau maire de Brest traduirait elle une prise de conscience chez les électeurs et marquerait elle un début de rejet de cette extrême-gauche pernicieuse? acceptons en l augure.

  2. JLP dit :

    Longue analyse bien vaine puisque Cuillandre a été battu ! Plutôt s’intéresser à la stratégie gagnante de Roudaut !

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