Brest : la « fusion technique » n’explique pas tout

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Il faut se méfier des dissidents qui appartiennent à votre camp.  A Brest, les « tueurs » de Cuillandre s’appellent Sébastien Muscat et Réza Salami.  Cuillandre a commis l’erreur de les laisser monter leur petite entreprise, alors qu’en leur accordant une part du gâteau, il aurait pu les dissuader de se mettre à leur compte. Il ne faut pas mépriser la société civile.

Au soir du premier tour des élections municipales à Brest, la situation n’était pas désespérée pour le maire sortant François Cuillandre (PS) – les chiffres montrent en effet que ce n’était pas “foutu“ pour lui. En effet les quatre listes issues de la gauche sont majoritaires : « La gauche unie pour Brest – François Cuillandre » (11 076 voix, 23,80 %), « Brest insoumise – Cécile Beaudouin » (7 162 voix, 15,39 %), « Brest nouvelle vague – Sébastien Muscat «  (3 836 voix, 8,24 %), « Brest en commun – Réza Salami » (1 663 voix, 3,57%). Soit un total de 23 737 suffrages (51 %). On peut observer que Sébastien Muscat et Réza Salami ont pu monter leur liste facilement  (55 sièges à pourvoir), sans avoir à se tuer à négocier avec des « alliés » gourmands.

Mais tout se gâte au second tour puisque la liste « La gauche unie pour Brest – François Cuillandre » ne récolte que 18 919 suffrages (38,30 %). A coup sûr, 4 800 électeurs de gauche se sont évaporés. Une explication possible : ils ont refusé de voter pour l’alliance  Cuillandre-Insoumis. Notons qu’au premier tour, ces deux listes totalisaient 18 238 suffrages (39,19 %) ; il n’y a donc pas eu une dynamique à gauche et la “fusion technique » n’a séduit que 700 électeurs non-LFI. Au second tour, il y a bien eu 2 860 exprimés supplémentaires (46 531/49 391) mais ils n’ont pas profité à Cuillandre.

On peut dire que la défaite de Cuillandre tient moins à la « fusion technique » avec la liste LFI de Cécile Beaudouin qu’à l’incapacité du maire sortant d’empêcher Muscat et Salami de monter des listes dissidentes. Grâce à la réussite du Brest Urban Trail, Sébastien Muscat dispose d’une incontestable popularité et n’éprouve  aucune difficulté à trouver 54 coéquipiers. Son constat : « Cela fait trente ans que je suis à Brest et quinze ans que je m’implique dans la vie associative. J’ai vu la ville se transformer en bien, mais j’observe une forme de conservatisme dans la méthode, la gouvernance, les équipes en place. Il y a des petits changements à la marge, mais globalement, on a toujours les mêmes. Dans la ville, j’entends la demande de renouveau et d’intégration de gens de la société civile. Ce n’est pas ce qui se passe dans le projet qui s’élabore actuellement autour du PS et des écologistes. » Bien entendu, Muscat a discuté avec eux : « Pour aboutir au constat que ce qui les intéresse d’abord, c’est de formaliser un accord entre eux. Et après, ils regardent ce qui reste pour les autres partis et la société civile. Pour moi, ce n’est pas la bonne méthode. Si on veut vraiment un renouvellement, on doit d’abord sanctuariser les places pour les gens de la société civile. » D’où la création d’une « liste citoyenne, solidaire, écologique et sociale (…) sur la base d’un programme partant des citoyens, pas sur le nombre de postes que l’on a à offrir » (Le Télégramme, Brest, lundi 8 décembre 2026)

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Cuillandre n’est pas parvenu à récupérer toutes les voix de gauche

Avec Réza Salami, on a affaire à quelqu’un qui appartient à la boutique Cuillandre  puisqu’il est adjoint chargé de la culture. S’il a fait trois mandats avec le maire, il se désolidarise avec ce dernier et annonce lui aussi son intention de monter une liste : « Quand François Cuillandre a annoncé officiellement qu’il repartait, j’ai décidé que ce serait sans moi. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ne pas candidater à la candidature pour être sur la liste. Sept mandats dont cinq comme maire, c’est trop ! Ce n’est pas sain pour la vie démocratique. »  Son projet est original : « Je ne veux pas être maire de Brest pour être maire de Brest et gagner de l’argent. On va me taxer de populisme, mais je le dis : si je suis élu maire, je m’engage à une prendre qu’un smic. Moi, je ne suis pas politico-dépendant. Quand je vois que certains camarades socialistes touchent plus de 10 000 €, qui peut trouver ça normal ? » (Le Télégramme, Brest, jeudi 15 janvier 2026)

La « fusion technique » n’est pas un « accord programmatique »

Voilà les deux personnages qui ont largement contribué à la chute de François Cuillandre. Au premier tour, leurs 5 499 électeurs (11,81 %) auraient été bien utiles au maire sortant en lui permettant d’occuper la première place devant le candidat de la droite et du centre Stéphane Roudaut (14 071 voix, 30,24 %). Il aurait pu alors négocier en position de force avec Cécile Beaudouin, voire se passer de la “fusion technique “. En se maintenant sans “fusion technique » – à condition de faire la course en tête -, il aurait même obligé les Insoumis à se retirer purement et simplement afin d’empêcher la droite de l’emporter.  Et François Cuillandre n’aurait pas été obligé de sortir des explications poussives dans l’entre-deux-tours : « L’accord conclu lundi soir est une fusion technique qui permet aux électeurs de Brest insoumise d’être représentés au conseil municipal dans un groupe distinct de celui de La gauche unie pour Brest. Il ne s’agit en aucun cas d’un accord programmatique. Il n’y aura pas d’adjoints insoumis dans la majorité municipale conduite par François Cuillandre. Le programme reste, au second tour, celui qui a été présenté et défendu par François Cuillandre et ses colistiers pour le premier tour. » (Le Télégramme, Brest, jeudi 19 mars 2026) Mais il faut croire que ces explications n’ont pas convaincu les électeurs de Muscat et de Salami du premier tour… Il y avait une incontestable volonté de pratiquer le “dégagisme“  au détriment de Cuillandre…

Il y a mariage et mariage

Le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard (ex-PS), condamne les « alliances techniques ».  « L’alliance technique, cela ne veut rien dire en politique. Si on dit “On est ensemble mais on n’est pas ensemble“, si c’est  “On est ensemble mais on ne s’aime pas “, les citoyens le voient, les citoyens le sentent. Les confusions politiques ont un prix, celui de la défaite. On le voit dans beaucoup de communes françaises de Toulouse à Brest », explique-t-il. « Se marier avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes valeurs n’est pas acceptable. J’ai quitté le Parti socialiste, en mai 2022, suite à son alliance avec Jean-Luc Mélenchon. C’est ancré en moi qu’il ne faut pas aller vers les tentations extrêmes qui divisent la société. Je l’ai dit et redit, y compris à des moments où je n’étais pas très populaire sur cette ligne », poursuit-il (Le Télégramme, mardi 24 mars 2026)

L’affirmation de LCG selon laquelle « les alliances techniques génèrent de grandes claques » est contestable si on considère le cas de Brest : les deux listes dissidentes de gauche du premier tour ont joué un grand rôle dans la défaite de Cuillandre. C’est ce que montre la comparaison avec Nantes. Là, la maire sortante Johanna Rolland (PS) n’était pas affaiblie par la présence de listes à tonalité “sociale-démocrate“, susceptibles de piocher dans son électorat ; au soir du premier tour, elle occupe la première place (35,24 %), alors que François Cuillandre se classe deuxième (23,80 %), derrière le candidat de la droite Stéphane  Roudaut (30,24 %). Entre Johanna Rolland et François Cuillandre, il y a onze points de différence (35,24 % /23,80 %). Onze points, c’est beaucoup…  Onze points, c’est ce qu’ont obtenu Muscat et Salami au premier tour…

Résultat des courses : à Brest, quatre militants de l’UDB figuraient sur la liste de François Cuillandre (Fragan Valentin-Leméni, Marion Maury, Sandrine Migerel, Béatrice Le Bel) ; ils pourront désormais se consacrer totalement au parti et militer à 100 %. Par exemple en vendant  Le Peuple breton à la criée… Retourner à la base est un exercice sain. Pendant ce temps, Stéphane Roudaut s’occupera des affaires municipales.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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