Cuba : « Tout le monde est fatigué du régime, y compris les militaires » — José Daniel Ferrer annonce l’imminence d’une intervention américaine

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Figure historique de la dissidence cubaine, fondateur de l’UNPACU et ancien prisonnier politique, José Daniel Ferrer accordait récemment un entretien au site Panam Post (à notre confrère Alvaro Penas). Il y dresse un tableau sans concession de l’état du régime castriste, des conditions de détention dans les prisons cubaines, et de ce qu’il perçoit comme les signes annonciateurs d’une intervention militaire américaine imminente.

Un homme qui connaît le prix de la résistance

José Daniel Ferrer n’est pas un analyste de salon. Arrêté lors de la répression de la Primavera Negra de 2003, condamné à 25 ans de prison, gréviste de la faim à plusieurs reprises, incarcéré à près de cent reprises au total, il n’a été libéré et contraint à l’exil qu’en octobre 2025. Il entre en prison à 95 kilos. Il en sort à 72. Entre les deux, des coups, de la faim, des punaises, des cafards, de l’eau non potable, de la tuberculose — et une lucidité intacte sur la nature du système qui l’a broyé.

Pour Ferrer, les événements se précipitent. Il dresse une liste de signaux qu’il juge convergents et sans ambiguïté : l’inculpation de Raúl Castro pour sept crimes dont quatre assassinats, les déclarations explicites de Marco Rubio et de Donald Trump, le déploiement du porte-avions Nimitz et de son escorte dans les Caraïbes, les vols de drones de reconnaissance, et le précédent vénézuélien avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026.

Il estime qu’une intervention américaine aura lieu avant les élections de novembre, et que le scénario cubain se déroulera plus rapidement qu’au Venezuela pour une raison simple : à Cuba, contrairement au Venezuela, les militaires n’ont jamais eu leur part du gâteau. Les officiers subalternes touchent des salaires de misère, rafistolent leurs uniformes, et certains gardiens de prison avouaient à voix basse à leur détenu que leur ration carcérale représentait leur seul repas assuré de la journée.

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L’effondrement intérieur du régime

Le tableau que Ferrer dresse de l’armée et des forces de sécurité cubaines est dévastateur. Les réseaux sociaux ont achevé de démolir le mythe de la « résistance révolutionnaire » en montrant la réalité quotidienne des dirigeants communistes — leur corruption, leur train de vie, l’abîme entre leur existence et celle du peuple qu’ils prétendent incarner. Là où les militaires vénézuéliens profitaient de la manne pétrolière, leurs homologues cubains vont à pied faute de véhicule.

Le régime tente de maintenir leur loyauté en les laissant développer des activités parallèles — notamment dans les prisons — tout en les compromettant systématiquement dans les actes de répression pour s’assurer de leur silence. Ferrer décrit ce mécanisme avec une précision glaçante : un garde qui l’a battu à sept contre un s’est ensuite excusé à voix basse, lui expliquant qu’il n’avait pas eu le choix. Ferrer confie lui avoir répondu, avec une ironie amère, qu’il ne lui infligerait que vingt ans de prison quand le régime tomberait.

Les prisons cubaines : la terreur comme politique d’État

Les images de prisonniers politiques libérés — squelettiques, méconnaissables — ne sont pas le produit d’une négligence, mais d’une stratégie délibérée. Le régime veut que le peuple cubain voie ce que coûte l’opposition. La déshumanisation est un message : entrer en prison en bonne santé et en sortir comme un mort-vivant, c’est la démonstration publique du prix de la résistance.

Ferrer a lui-même survécu grâce à des gardiens qui lui faisaient passer clandestinement de petites quantités de nourriture et de savon — le savon étant lui aussi confisqué pour laisser la gale faire son œuvre. Il cite Sinclair Lewis : « Aucun homme n’est suffisamment bon pour être geôlier. » Et d’ajouter : imaginez ce que cela donne dans une nation totalitaire.

L’Europe occidentale, angle mort de la solidarité

Ferrer distingue nettement deux Europes. L’Europe de l’Est — celle qui a vécu le communisme — comprend immédiatement. Le ministre polonais des Affaires étrangères Sikorski lui a affirmé sans détour que Varsovie était prête à soutenir le processus de démocratisation de Cuba.

L’Europe occidentale, en revanche, continue de croire aux vertus du dialogue discret avec le régime. Ferrer compare cette posture à celle de quelqu’un qui dirait à Al Capone que ses massacres de Chicago sont regrettables et lui demanderait poliment d’y mettre fin. Lors de ses passages à Bruxelles, il a dû répéter au moins dix fois la même histoire : celle d’un ancien fonctionnaire soviétique qui, interrogé sur la détente avec Khrouchtchev, répondait simplement — « Nous les Soviets, on ne peut jamais nous faire confiance. »

Ferrer ne se contente pas de dénoncer. Il travaille à fédérer les forces d’opposition cubaines autour d’un accord de transition signé avec Rosa María Payá, Orlando Gutiérrez, les Dames de Blanc et d’autres groupes, tant à Cuba qu’en exil. Son message à l’Europe est clair : si la dissidence apparaît dispersée et sans structure, personne — pas même Washington — ne misera sur elle au moment décisif.

Quant aux dirigeants du régime, Ferrer pense qu’ils fuiront à la dernière minute, comme Bachar al-Assad, plutôt que d’affronter le sort des Ceaușescu. Raúl Castro a 94 ans. Sa famille, elle, a encore quelque chose à perdre.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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