En Chine, pratiquer un christianisme non contrôlé par l’État peut coûter la liberté, voire la vie de famille. C’est ce que raconte un témoignage recueilli par le Telegraph : un jeune père identifié sous le seul prénom de TJ décrit l’irruption nocturne de policiers chinois à son domicile, qui ont séparé de force son épouse et leur fillette de trois ans avant d’emmener sa femme, sans explication, pour un interrogatoire dont elle n’est toujours pas revenue. Son crime, selon les autorités : appartenir à une église non reconnue par l’État, autrement dit adorer un dieu autre que le président Xi Jinping.
Cinq religions reconnues, à condition d’afficher le portrait de Xi
La Chine reconnaît officiellement cinq religions, dont le protestantisme et le catholicisme, mais cette reconnaissance ne s’applique qu’aux églises entièrement contrôlées par l’État, où les fidèles doivent chanter des chants patriotiques avant chaque office et accrocher un portrait de Xi Jinping au-dessus de la chaire. De nombreux chrétiens, comme TJ et son épouse, choisissent plutôt de rejoindre des églises clandestines, échappant ainsi à la surveillance gouvernementale — au prix d’un risque juridique et personnel considérable, ces communautés étant assimilées par le régime à des groupes de traîtres.
Selon Bob Fu, fondateur de l’organisation ChinaAid, qui vient en aide aux victimes de persécution religieuse en Chine, plus de 10 000 personnes ont été arrêtées au cours de la dernière décennie dans le cadre de cette répression, qui s’est encore intensifiée récemment. Le mois dernier, la police armée a pris d’assaut l’église Early Rain Covenant, une congrégation clandestine influente, et interpellé plus de trente de ses membres.
Des raids nocturnes et des familles déchirées
Le pasteur Jun Yang, de la Zion Church — l’une des plus importantes églises clandestines du pays —, a lui aussi payé le prix de son engagement religieux. Près de trente membres de sa congrégation, dont sa propre épouse Wu Qiuyu et le responsable de l’église Ezra Jin Mingri, ont été arrêtés en octobre dernier lors de l’une des plus vastes rafles anti-chrétiennes de ces dernières années. M. Jin a depuis été libéré début juillet, mais nombre des personnes arrêtées demeurent incarcérées.
Fondée en 2007 dans une ancienne boîte de nuit de Pékin, la Zion Church a dû adopter un format hybride, en partie en ligne, après une vague d’arrestations massives dix ans plus tard et les restrictions imposées durant la pandémie de Covid-19. Malgré la répression, la communauté a vu ses effectifs croître, passant de 1 500 membres en 2018 à environ 5 000 aujourd’hui.
Selon Jun Yang, la police avait multiplié les pressions sur les fidèles de son église durant plusieurs mois avant les arrestations d’octobre, cherchant notamment à monter de toutes pièces des accusations de corruption contre lui-même, en questionnant les fidèles sur d’éventuels détournements de dons. Il se trouvait en Corée du Sud lorsque son domicile a été perquisitionné et son épouse arrêtée devant leurs deux jeunes enfants. Un autre pasteur de la même église, Gao Yingjia, a été arrêté selon un scénario similaire, son épouse racontant avoir été réveillée à 1h30 du matin par des coups violents à la porte avant que la police ne menotte son mari.
La sinisation, une politique d’assimilation forcée
Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping a intensifié les politiques d’assimilation des minorités religieuses, lançant en 2015 une campagne dite de « sinisation » imposant la loyauté envers le Parti communiste chinois avant toute croyance individuelle — une politique également utilisée pour justifier la persécution des musulmans ouïghours, qualifiée de génocide par plusieurs organisations de défense des droits humains. En 2018, Pékin a mis en œuvre un plan quinquennal ciblant spécifiquement les chrétiens, incluant la censure des sermons, le contrôle des dons aux églises et l’intégration de la pensée de Xi Jinping dans le cursus des séminaires.
On estime aujourd’hui à 44 millions le nombre de fidèles rattachés aux églises reconnues par l’État, contre environ 115 millions de chrétiens non enregistrés, un chiffre qui devrait doubler d’ici 2030.
Des accusations de fraude pour contourner les défenses juridiques
Les personnes arrêtées sont généralement inculpées pour « usage illégal des réseaux d’information », une infraction passible de trois ans de prison mais souvent assortie de charges additionnelles pouvant conduire à la perpétuité. D’autres sont accusées d’avoir « utilisé la superstition pour porter atteinte à la loi », un chef d’inculpation pouvant entraîner une détention à durée indéterminée. Dans plusieurs cas rapportés au Telegraph, les autorités ont requalifié ces charges initiales en accusations de fraude, plus simples à assortir de lourdes peines.
L’incertitude qui entoure ces procédures est aggravée par l’absence de défense juridique équitable : plusieurs avocats ayant représenté des chrétiens se sont vu retirer leur licence, dont Zhang Kai, dont le cabinet travaillait notamment pour plusieurs membres de la Zion Church. Selon l’organisation irlandaise Frontline Defenders, au moins 30 avocats spécialisés dans les droits humains ont perdu leur licence entre 2017 et 2023.
Contactée par le Telegraph, l’ambassade de Chine au Royaume-Uni a affirmé que Pékin « gère les affaires religieuses conformément à la loi », accusant des « forces anti-chinoises » d’utiliser le prétexte de la liberté religieuse pour diffuser de la désinformation sur les politiques ethniques et religieuses du pays.
Photo d’illustration : Pixabay (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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