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Une équipe de chercheurs italiens a publié en 2010 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences des preuves que des chasseurs-cueilleurs européens produisaient de la farine et cuisaient une forme primitive de pain plat il y a environ 30 000 ans — soit deux fois plus tôt que ce que l’on croyait jusqu’ici.
Le pain, invention néolithique ? Plus vraiment
Pendant des décennies, le consensus scientifique situait l’apparition du pain au Néolithique, il y a environ 10 000 ans, comme l’un des produits dérivés de l’invention de l’agriculture. L’idée semblait logique : pas de céréales cultivées, pas de farine, pas de pain.
Des découvertes archéologiques récentes viennent bouleverser cette chronologie. Une équipe de l’Institut italien de préhistoire et d’histoire ancienne de Florence a mis au jour des pierres à moudre et des outils en forme de pilon sur plusieurs sites en Italie, en Russie et en République tchèque. Ces outils, datés d’environ 30 000 ans, avaient initialement été interprétés comme des instruments servant à broyer des pigments ou à écraser des graines. Une analyse microscopique minutieuse a révélé une tout autre réalité.
Des grains d’amidon sur des pierres vieilles de 30 000 ans
Les chercheuses Anna Revedin et Laura Longo ont identifié sur les surfaces de ces pierres des résidus de granules d’amidon provenant de massettes — les grandes plantes aquatiques à tige cylindrique —, de fougères et d’autres végétaux sauvages riches en amidon. Ces plantes nécessitaient une préparation soigneuse pour être rendues digestibles.
La conclusion de l’équipe est saisissante : ces humains du Paléolithique n’avaient pas simplement récolté ces plantes. Ils les avaient séchées, broyées, mélangées à de l’eau pour former une sorte de pâte, puis cuit cette pâte sur des pierres chauffées près du feu — produisant ainsi une version primitive du pain plat sans levain.
Repenser le régime alimentaire de nos ancêtres
Cette découverte remet en cause le récit standard sur l’alimentation paléolithique, qui insistait sur la prédominance des protéines animales — viande et poisson — avec une place marginale accordée aux végétaux cueillis.
Elle implique surtout que ces hommes et femmes préhistoriques maîtrisaient une transformation complexe des ressources végétales sauvages, et possédaient une capacité culinaire bien plus sophistiquée qu’on ne le supposait. La production de farine suppose en effet de la planification, de la patience et une compréhension intuitive de la chimie alimentaire : sécher des racines, les réduire en poudre, puis les cuire n’est pas un réflexe de survie — c’est une forme de culture.
L’autre implication majeure concerne le passage à l’agriculture. Si des populations paléolithiques broyaient et transformaient des plantes sauvages depuis des dizaines de millénaires, le saut vers la culture délibérée de céréales domestiquées n’a peut-être pas été la rupture radicale que l’on décrivait. Il pourrait au contraire avoir été l’aboutissement de millénaires d’expérimentation, d’habitudes accumulées et d’expertise transmise.
Ni brutes, ni primitifs
Ce que cette recherche dit, en creux, c’est que l’image du « primitif » paléolithique — brute velue consumée par la survie immédiate — ne tient plus. Les hommes et les femmes qui vivaient il y a 30 000 ans sur le continent européen étaient des observateurs fins du monde naturel, capables d’innovation technique et de transmission culturelle.
Le pain, en définitive, n’est peut-être pas le symbole de la civilisation agricole que l’on croyait. Il pourrait bien être l’héritage d’un savoir-faire bien plus ancien, né autour de feux de camp dans une Europe glaciaire, transmis de génération en génération pendant des millénaires avant même que le premier grain de blé soit délibérément semé.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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