Pendant près d’un siècle, elles n’étaient que de simples traces rouges, rangées au rayon des curiosités naturelles. Dans la grotte de Bacon Hole, sur la péninsule de Gower, au sud du Pays de Galles, une série de lignes peintes sur la paroi vient pourtant de retrouver sa place dans l’histoire. Une nouvelle étude les attribue à une main humaine et les date d’au moins 17 100 ans, ce qui en ferait le plus ancien art rupestre connu de Grande-Bretagne, et même du nord-ouest de l’Europe.
Une découverte longtemps écartée
L’affaire remonte à 1912. Le géologue William Sollas et le préhistorien Henri Breuil repèrent alors ces marques rouges et y voient déjà une œuvre paléolithique. Mais, en 1928, cette interprétation est rejetée : les traces seraient de simples suintements d’oxyde de fer. Le dossier se referme, victime à la fois des limites techniques de l’époque et d’une prudence scientifique qui, cette fois, aura peut-être trop vite classé l’affaire.
Entre 2022 et 2024, une équipe internationale conduite par l’archéologue George Nash reprend l’enquête. Photographies haute résolution, analyses du pigment, datation uranium-thorium de la croûte de calcite qui recouvre la peinture : les outils modernes donnent un tout autre éclairage. Les pigments contiennent de l’hématite, un oxyde de fer rouge, et leur disposition régulière plaide pour un geste volontaire.

Ces peintures rupestres ont été découvertes pour la première fois en 1912 (à gauche), avant d’être considérées, quelques années plus tard, comme un phénomène naturel. Source : bbc.com/George Nash
Un patrimoine plus ancien que les royaumes
Reste à comprendre le sens de ces lignes. Faut-il parler d’art, au sens moderne du terme ? Les chercheurs avancent aussi l’hypothèse d’un système de communication, de marques de comptage ou d’un geste rituel. Le lieu n’est pas anodin : une chambre sombre, profonde, séparée du monde quotidien, dans une région qui pouvait attirer mammouths, bisons, chevaux, élans et rennes, donc aussi des chasseurs-cueilleurs.
Cette découverte rappelle une évidence que notre époque oublie volontiers : les nations et les peuples s’inscrivent dans des profondeurs de temps qui dépassent les modes idéologiques. Bien avant les frontières, les administrations et les discours contemporains, des hommes ont marqué la pierre, peut-être pour communiquer, compter, accomplir un geste rituel ou simplement signifier leur présence. Bacon Hole ne livre pas encore tout son secret, mais il rappelle que le patrimoine européen plonge ses racines dans l’obscurité des grottes, avec une main humaine posée sur la roche.
Crédit photo : capture YouTube (photo d’illustration)
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