Au large de la Sicile et de la Tunisie, des plongeurs venus récupérer des filets de pêche abandonnés ont fait une rencontre exceptionnelle : un grand requin blanc adulte, qu’ils ont eu le réflexe de filmer. Ces images, considérées comme les premières du genre, documentent une population fantôme au bord de l’extinction.
Une rencontre inattendue à 40 mètres de fond
La scène s’est déroulée à la mi-mai, dans le détroit de Sicile, à une cinquantaine de milles des côtes. Le plongeur Derk Remmers, membre de l’ONG Healthy Seas Foundation, intervenait par près de 60 mètres de profondeur sur une épave pour en retirer des filets fantômes, ces engins de pêche perdus ou abandonnés qui piègent et tuent de nombreuses espèces marines. Trois minutes après le début de la plongée, un grand requin blanc d’environ quatre mètres a surgi des profondeurs.
🦈 Une première mondiale !
PublicitéAu large de la Sicile, des plongeurs venus retirer des filets fantômes ont filmé sous l’eau un grand requin blanc adulte de 4 mètres — des images inédites de cette population « fantôme » de Méditerranée, au bord de l’extinction. pic.twitter.com/WoHG2HCXNW
— Yann Vallerie (Breizh-Info) (@Breizh_Info) June 23, 2026
Le cœur battant, le plongeur s’est précipité pour allumer sa caméra. La vidéo montre l’animal passer à quelques mètres seulement avant de disparaître dans le bleu opaque. Il a raconté avoir senti ses doigts trembler, conscient de filmer un gros animal auquel personne ne s’attendait, et qui semblait aussi surpris que les plongeurs eux-mêmes. Selon l’ONG, il s’agirait des toutes premières images sous-marines d’un grand requin blanc adulte filmé en Méditerranée dans son habitat naturel.
Une population fantôme et isolée depuis des millions d’années
Cette vidéo est un document rare sur ce que les spécialistes appellent une « population fantôme ». Autrefois abondant en Méditerranée, ce superprédateur a fortement décliné au cours du dernier siècle, victime de la perte de son habitat, des captures accidentelles dans les filets et de la concurrence avec la pêche commerciale pour les mêmes ressources. Sa discrétion rend toutefois tout comptage précis très difficile. Pour les chercheurs, chaque observation de ce type constitue une pièce du puzzle, confirmant que l’espèce est toujours présente malgré l’effondrement enregistré ces dernières décennies.
Une étude génétique menée en 2020 a révélé que les grands blancs de Méditerranée forment une population génétiquement distincte, isolée des autres depuis environ 3,2 millions d’années. Plus proches des populations du Pacifique que de celles de l’Atlantique, ils seraient arrivés dans la région par un ancien passage océanique. Ce faible brassage génétique les rend particulièrement vulnérables aux bouleversements environnementaux et aux menaces humaines, faute de capacité d’adaptation.
La présence du grand blanc en Méditerranée est attestée de longue date. La première mention connue remonte au médecin français Guillaume Rondelet qui, en 1554, décrivit un requin de taille énorme capturé au large de Marseille. Au XIXe siècle, l’animal, perçu comme une menace, fut activement chassé : entre 1872 et 1905, l’administration maritime austro-hongroise offrait même des récompenses pour chaque grand blanc pêché. C’est de cette époque que date la capture, en 1906 au large de la Croatie, d’une femelle de près de six mètres, aujourd’hui conservée naturalisée au musée d’histoire naturelle de Trieste.
Une espèce au bord de l’extinction
Si le grand requin blanc est classé « vulnérable » à l’échelle mondiale par l’Union internationale pour la conservation de la nature, la population méditerranéenne, elle, est considérée comme « en danger critique d’extinction ». Protégée par un traité international qui en interdit la capture et la vente, elle reste pourtant parfois victime de pêche illégale dans certains pays d’Afrique du Nord. Les chercheurs estiment que ce groupe est désormais au bord du gouffre, mais déplorent le manque cruel de données : évaluer précisément les effectifs nécessiterait un programme de marquage GPS et d’identification photographique à l’échelle de toute la Méditerranée, qui n’existe pas à ce jour.
La mission, menée en partenariat avec d’autres organisations, ne se limitait d’ailleurs pas au retrait des filets : elle incluait la surveillance de la biodiversité, des prélèvements d’ADN environnemental et une collaboration avec des chercheurs spécialisés. Le détroit de Sicile est précisément considéré comme l’une des dernières nurseries de cette population fantôme. Il faut rappeler que ces images restent rares : les précédentes observations en Méditerranée, comme au large du Var en novembre 2024 ou en Camargue en septembre 2022, avaient toutes été prises à la surface de l’eau.
Crédit photo : nDerk Remmers / Ghost Diving / Healthy Seas
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.