Neuf jours. C’est tout ce que dure encore le Tour de France Femmes, et c’est déjà trop court. Dimanche, sur les hauteurs de Nice, Demi Vollering a refermé l’édition 2026 comme elle l’avait ouverte dans le Beaujolais : en attaquant. Seule au monde dans l’ascension du col d’Èze, la Néerlandaise s’est envolée vers son deuxième sacre sur la Grande Boucle, trois ans après le premier.
Le doublé d’Èze
Le scénario avait un parfum de fin de saga. Maillot jaune sur les épaules, Vollering a lâché ses dernières rivales dans la montée finale vers le col d’Èze, par le chemin du Vinaigrier. Kasia Niewiadoma-Phinney a tenté de la faire sauter ; la star Oranje a encaissé, répondu, puis filé.
Déjà victorieuse la veille, elle signe un doublé à Nice et décroche sa sixième victoire d’étape sur l’épreuve — la première en jaune. Elle rejoint ainsi Annemiek van Vleuten et Pauline Ferrand-Prévot, qui avaient elles aussi conclu leur triomphe par un bouquet sur la dernière étape, en 2022 et 2025.
Surtout, elle entre dans une histoire courte mais déjà dense : première coureuse à remporter deux fois le Tour depuis son retour en 2022. Avant elle, il faut remonter aux années 1980 — Maria Canins, lauréate en 1985 et 1986, puis le triplé de Jeannie Longo entre 1987 et 1989.
Un podium, une chute, une bagarre
Ce Tour a tenu jusqu’à la dernière rampe. Elisa Longo Borghini complète le podium du général, profitant de la chute de Marlen Reusser dans l’ultime étape — la Suissesse, maillot jaune trois jours plus tôt, aura tout donné avant de tomber au pire moment. Niewiadoma-Phinney termine dauphine de Vollering, après neuf jours à batailler sur tous les terrains.
C’est là que réside la beauté de cette édition. Le maillot jaune a changé d’épaules plusieurs fois — Wiebes, Haugset, Reusser, Vollering. Une rouleuse a gagné 88 kilomètres seule. Une championne du monde du chrono a pris le maillot avant de le rendre à la montagne. Et jusqu’au bout, quatre ou cinq femmes pouvaient prétendre à la victoire finale.
Les autres maillots récompensent cette diversité : Lorena Wiebes remporte le classement par points pour la deuxième année de suite, Puck Pieterse s’offre le maillot à pois après avoir gagné celui des jeunes en 2024, et Antonia Niedermaier hérite du maillot blanc.
Il faut aussi parler de celle qui n’y était pas. Tenante du titre, Pauline Ferrand-Prévot a craqué dès le chrono de Dijon, puis sombré dans le Beaujolais, quittant le top 10 avant même d’atteindre les Alpes. La championne olympique de VTT, reine de 2025, n’a jamais trouvé les jambes de l’an dernier. Le vélo sur route a cette cruauté : on peut être la meilleure du monde une saison et rendre les armes la suivante, sans explication qui tienne en une phrase.
La meilleure Française, cette année, s’appelle Cédrine Kerbaol. La Brestoise d’EF Education-Oatly termine sixième du général, à sa place parmi les grandes, et récolte 6 420 € de primes (une honte si l’on compare aux sportifs masculins).
Une première française, et une leçon d’économie
Le sacre a une saveur particulière pour le cyclisme tricolore : la FDJ United-Suez de Stephen Delcourt devient la première équipe française à remporter le Tour de France Femmes. La structure a raflé 77 080 € de primes sur neuf étapes, dont 70 000 € pour la seule Vollering — 50 000 € pour la victoire finale, 4 000 € par bouquet, et elle en a signé quatre.
Derrière, Canyon-Sram empoche 51 500 €, dont 37 020 € pour Niewiadoma, et UAE Team L’IMAD complète le podium des primes avec 37 980 €.
Le bas du tableau dit autre chose, et il rappelle la fragilité de ce cyclisme-là : six équipes ont gagné moins de 1 000 €, dont Ma Petite Entreprise, cette formation entièrement financée par des entreprises et des particuliers français, repartie avec 760 €. La formation Mayenne Monbana My Pie, elle, n’a pas décroché un seul euro. À ces niveaux, les primes se partagent entre coureuses et staff — autant dire rien.
Neuf jours, et l’envie de 21
Alors on va le dire franchement : ce Tour féminin est devenu ce que le Tour masculin n’est plus. Là où la course des hommes se résume trop souvent à un patron qui gère sa marge sur trois semaines, celle des femmes offre du rebondissement, du suspense, des alliances qui se font et se défont, et des filles qui se rendent coup pour coup jusqu’à la dernière bosse.
Le débat est désormais lancé, et il est légitime : plusieurs voix réclament l’ajout d’étapes, avec l’objectif d’atteindre à terme deux semaines de course. Les audiences ont suivi, et l’on discute même d’une diffusion intégrale des étapes. Marion Rousse, directrice de l’épreuve, y réfléchit sérieusement.
Qu’on nous rende ce Tour sur vingt et un jours. Ces filles nous régalent — et neuf jours, quand le spectacle est à ce niveau, ça ressemble à un rendez-vous qu’on nous écourte.
YV
Crédit photo : © A.S.O / Billy Ceusters
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