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Lors d’une campagne océanographique menée par l’Ifremer, des scientifiques ont découvert trois sites hydrothermaux anciens parmi les plus imposants jamais observés sur la dorsale médio-Atlantique. Baptisés du nom d’îles bretonnes, ces formations sous-marines géantes sont au cœur des débats internationaux sur l’exploitation minière des grands fonds.
Une découverte de classe mondiale
C’est lors de la campagne Hermine 3, conduite du 1er mars au 17 avril à bord du navire Pourquoi pas ?, que ces trois sites — Enez Sun, Enez Houad et Enez Edig — ont été mis au jour. Considérés comme inactifs et probablement vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années, ils reposent entre 1 200 et 2 300 mètres de profondeur. Composés de sulfures polymétalliques, ces dépôts présentent un intérêt scientifique majeur, mais aussi un enjeu stratégique : ils concentrent des métaux comme le fer, le cuivre ou le zinc, ce qui les place au centre des discussions internationales sur les ressources minérales des abysses.
La campagne a réuni l’Ifremer et plusieurs partenaires, dont le CNRS, l’Institut de Physique du Globe de Paris, l’Université Bretagne occidentale, l’Université Bretagne Sud, l’IRD et l’Université de Toronto. Depuis 2016, l’Ifremer et l’État français plaident pour la protection des sites hydrothermaux actifs contre toute exploitation minière. La frontière entre sites actifs et inactifs restant mal connue, l’objectif de Hermine 3 était précisément d’identifier des monts considérés comme éteints — et l’équipe en a trouvé trois.
Enez Sun, un colosse pas tout à fait éteint
Le plus impressionnant des trois, Enez Sun, est un dépôt de sulfure géant de 300 mètres de diamètre sur 100 mètres de haut — soit près de deux fois plus large et deux fois plus haut que le Colisée de Rome. Découvert le 24 mars par 2 300 mètres de fond lors d’une plongée du sous-marin habité Nautile, il a livré une surprise : une zone présente une très légère anomalie de température, de 0,8 °C au-dessus de l’eau environnante (3,6 °C à cette profondeur), associée à la présence de tapis bactériens. De quoi suggérer que ce site fossile n’est peut-être pas totalement inactif.
Le géologue de l’Ifremer Ewan Pelleter, co-chef de la campagne, souligne qu’à ce stade l’origine de cette anomalie demeure inconnue, et que les chercheurs vont s’attacher à étudier l’environnement chimique associé pour déterminer si ces sites anciens abritent une biodiversité singulière. Ce site a été baptisé Enez Sun — île de Sein en breton — en hommage à Yves Fouquet, géologue retraité de l’Ifremer originaire de cette île du sud Finistère.
Les deux autres formations, découvertes par 1 200 mètres de fond le 29 mars, portent également des noms d’îles bretonnes : Enez Houad (île d’Houat), qui s’étend sur 400 mètres de long pour près de 40 mètres de haut, et Enez Edig (île d’Hoëdic), plus modeste avec 250 mètres de long et 20 mètres de haut. Moins profonds, ces sites évoluent dans un environnement colonisé par des coraux, éponges, crinoïdes, crabes et poissons.
Le tandem Nautile-UlyX, clé du succès
Ces découvertes doivent beaucoup à la complémentarité de deux engins. Le drone autonome UlyX, mis en service en 2024, a cartographié de vastes zones la nuit — jusqu’à 173 km², l’équivalent d’une ville comme Narbonne ou Fontainebleau — repérant des points d’intérêt ensuite explorés de jour par le Nautile, sous-marin habité en service depuis 1984. Les 24 plongées de la mission ont aussi permis d’enrichir les connaissances sur quatre sites actifs déjà connus, et d’étudier une nouvelle espèce de gastéropode endémique.
La campagne a réservé son lot de moments rares. Les scientifiques ont notamment observé un flange, sorte d’excroissance de cheminée formant un miroir d’eau qui dissimule une caverne de minéraux brillants. Le co-chef de mission évoque aussi la visite de deux « poulpes Dumbo », venus par curiosité s’approcher du hublot du Nautile.
Un enjeu de souveraineté et de protection
Hermine 3 s’inscrit dans le cadre du contrat d’exploration des sulfures polymétalliques porté par l’Ifremer pour le compte de la France auprès de l’Agence internationale des fonds marins, signé en 2014 pour quinze ans sur la dorsale Atlantique. Financée par l’Agence nationale de la recherche au titre du plan France 2030, la mission vise à constituer un socle de connaissances de référence pour éclairer les décideurs publics dans les débats internationaux sur l’avenir des grands fonds — qu’il s’agisse de leur protection ou de leurs usages futurs. Une démarche dans laquelle l’expertise bretonne, à travers l’Ifremer et les universités de la région, tient une place de premier plan.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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Une réponse à “Grands fonds : trois sites hydrothermaux géants découverts sur la dorsale médio-Atlantique, aux noms d’îles bretonnes”
« C’est trofond » comme disait mon fils, avec une appréhension certaine face à une profondeur qu’il avait attestée, lorsqu’il était encore tout petit garçon.