À Yazd, dans le désert iranien, le thermomètre dépasse régulièrement les 40°C l’été, et grimpe parfois jusqu’à 50°C à l’ombre. Pourtant, dans les ruelles ocre de la vieille ville, on a longtemps su tenir la chaleur à distance sans le moindre kilowattheure. Le secret tient à une silhouette qui hérisse les toits plats par centaines : la tour à vent, ou badgir.
Des cheminées qui capturent la brise
De loin, ces structures ressemblent à de hautes cheminées ajourées. Leur fonction est inverse : au lieu d’évacuer la fumée, elles happent l’air. Percées de larges ouvertures orientées vers les vents dominants, les tours canalisent la brise vers le bas, jusqu’aux pièces d’habitation ou vers des espaces souterrains. L’air chaud, plus léger, remonte de son côté et s’échappe par le haut, entretenant une circulation permanente. Quand le courant descendant passe au-dessus d’un bassin ou d’un réservoir, l’évaporation accentue encore le rafraîchissement.
Le résultat est mesurable : selon les estimations rapportées par plusieurs spécialistes, une pièce ainsi ventilée peut se maintenir entre 25 et 30°C en pleine canicule, sans la moindre source d’électricité ni le moindre fluide réfrigérant.
Un savoir-faire plurimillénaire
L’ingéniosité n’est pas récente. Les historiens font remonter l’usage de ces capteurs de vent à plus de deux millénaires, certaines études évoquant des dispositifs apparentés en Égypte il y a plus de trois mille ans. De la Perse antique au monde arabe, les variantes se sont multipliées sous d’autres noms, des barjeels du Golfe au malqaf égyptien. La civilisation perse y aurait apporté un raffinement décisif en couplant les tours à son réseau d’irrigation pour pré-refroidir l’air.
Yazd passe pour la ville qui en compte le plus au monde : plus de 700 selon l’Unesco, dont la plus haute, au jardin de Dowlatabad, culmine à 33 mètres. L’efficacité du procédé tient aussi aux matériaux. Maisons et tours sont bâties en pisé, mélange d’argile, de terre crue et de paille, dont la forte inertie thermique en fait un isolant remarquable. La trame urbaine elle-même participe au confort, avec ses ruelles étroites et ses passages partiellement couverts qui ménagent l’ombre.
Un héritage menacé, mais étudié
L’arrivée de la climatisation a relégué ces tours au rang de curiosités patrimoniales. Le directeur du jardin de Dowlatabad déplore l’oubli d’un savoir transmis par les générations passées, supplanté par une architecture importée et des constructions au ciment mal adaptées au climat local. Le même constat vaut pour les qanats, ces galeries souterraines qui acheminent l’eau des montagnes : on en compterait aujourd’hui 33 000, contre 50 000 au siècle dernier, l’assèchement des nappes ayant fait reculer leur nombre.
Le paradoxe est connu : la climatisation mécanique pèse désormais pour environ un cinquième de la consommation électrique mondiale, souvent alimentée par des énergies fossiles. D’où le regain d’intérêt des chercheurs et des architectes pour ces solutions « low-tech ». Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2017, Yazd y est décrite comme le témoignage d’une utilisation intelligente de ressources limitées.
L’influence des badgirs dépasse d’ailleurs largement le plateau iranien. Le centre des visiteurs du parc national de Zion, dans l’Utah, dont le climat rappelle celui de Yazd, a quasiment supprimé le recours à la climatisation grâce à ce type de ventilation passive, avec un écart de température relevé pouvant atteindre 16°C entre l’extérieur et l’intérieur. Au Royaume-Uni, des milliers de versions modernisées équipent depuis les années 1980 hôpitaux, supermarchés et écoles, sous forme de discrètes tours de ventilation. La cité du désert iranien, elle, continue de rappeler qu’on rafraîchissait des maisons des siècles avant que la fée électricité ne s’en mêle.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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