Alireza Beiranvand, le mur de Perse : du carwash et des rues de Téhéran aux exploits du Mondial 2026 avec l’Iran [Le film sur sa jeunesse]

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Il a fait sept arrêts pour tenir la Belgique en échec et offrir à l’Iran un nul héroïque. Mais derrière le « mur de Perse » se cache l’un des parcours les plus invraisemblables du football mondial : un enfant de bergers nomades, fugueur, sans-abri, laveur de voitures, devenu double recordman du monde et héros national au point d’inspirer un film. Portrait.

Quatre-vingt-dix minutes de résistance contre la Belgique

Dimanche soir, à Los Angeles, le gardien iranien Alireza Beiranvand a livré l’une de ces prestations qui font basculer un homme dans la légende. Face à une Belgique pourtant classée parmi les meilleures nations du monde, il a multiplié les parades — sept arrêts décisifs — pour préserver un 0-0 que toutes les lois du jeu auraient dû lui refuser. Repartie avec le trophée d’homme du match, la sentinelle iranienne a maintenu son équipe en vie dans la course aux seizièmes de finale. Dans ce Mondial à 48 équipes, après les exploits des portiers du Cap-Vert et de Curaçao, c’était au tour du « mur de Perse » de faire trembler un cador.

Mais réduire Beiranvand à cette seule soirée serait passer à côté de l’essentiel. Car peu de destins, dans le football contemporain, sont aussi romanesques que le sien.

Un enfant des collines du Lorestan

Alireza Beiranvand naît en septembre 1992 dans le minuscule village de Sarab-e Yas, dans la province du Lorestan, au sein d’une famille kurde nomade appartenant à la tribu des Lak. L’enfance y est rude, marquée par une pauvreté extrême. Le football, dans ce monde-là, est un luxe inaccessible : une paire de gants équivaut à de l’argent jeté par les fenêtres, et le père s’oppose farouchement au rêve de son fils.

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C’est dans ces collines que se forge, presque par accident, son arme la plus singulière. Enfant, Beiranvand pratique le Dalparan, un jeu local consistant à lancer de lourdes pierres sur de très longues distances pour protéger les troupeaux de moutons. Ce geste répété des centaines de fois lui sculpte un haut du corps hors norme — celui-là même qui fera de lui, des années plus tard, une anomalie physique unique dans le football moderne.

Fugue, rue et petits boulots à Téhéran

Adolescent, refusant de renoncer, il prend un pari qui briserait la plupart des adultes : il emprunte un peu d’argent de poche, fuit le foyer familial et monte dans un bus pour Téhéran. À son arrivée dans la capitale, il n’a ni lit, ni chambre, ni la moindre connaissance. Pendant des mois, il dort dans la rue, devant les clubs de football locaux — se disant que, tant qu’à grelotter, autant le faire au plus près des pelouses.

Pour manger, il enchaîne les besognes : balayeur de rues, laveur de voitures dans un carwash spécialisé dans les 4×4 (où sa grande taille fait merveille), ouvrier dans une fabrique de vêtements, préparateur de pâte dans une pizzeria ouverte la nuit. C’est durant ces années de galère que des entraîneurs repèrent enfin l’extraordinaire puissance de ses bras.

Deux records du monde et le surnom de « mur de Perse »

La suite tient de l’ascension fulgurante. Débuts à Naft Téhéran en 2011, puis consécration à Persepolis, où il devient quatre fois de suite le meilleur gardien du championnat iranien et bat des records d’invincibilité. Son physique forgé dans les collines lui vaut deux records du monde Guinness homologués : le plus long lancer de ballon de l’histoire du football (61 mètres, contre la Corée du Sud en octobre 2016) et le plus long dégagement à la volée (78 mètres, en avril 2019).

Sur la scène internationale, il entre dans la mémoire collective lors du Mondial 2018, en stoppant un penalty de Cristiano Ronaldo pour arracher un nul (1-1) face au Portugal. Une parade qui lui vaut le surnom de « mur de Perse » et une reconnaissance bien au-delà des frontières iraniennes. Une parenthèse européenne suivra, à l’Antwerp en Belgique puis en prêt à Boavista au Portugal, avant un retour au pays.

« Beyro », le film d’un destin érigé en symbole

Ce parcours était trop puissant pour ne pas inspirer le cinéma. En 2022, le 40e Festival du film de Fajr, à Téhéran, s’ouvre justement sur la projection de « Beyro », un drame sportif réalisé par Morteza Aliabbas-Mirzaee et entièrement consacré à la vie du gardien. Le film retrace précisément cette odyssée : du village de Sarab-e Yas jusqu’à Téhéran et ses débuts professionnels en 2011.

Le réalisateur a expliqué avoir voulu réaliser un film à la gloire de l’espoir et de la responsabilité sociale. Après avoir étudié de nombreuses personnalités sportives, il a estimé que Beiranvand était la plus appropriée : un champion vivant, parti de rien, sans argent ni soutien, et qui — détail qui l’a frappé — ne rejette jamais sur les autres la responsabilité de ses propres difficultés. Une morale d’effort et de mérite qui dépasse largement le cadre du sport.

Le film peut être visionné sur Apple TV (avec VPN) ou ici (en version originale, donc en Perse) ou ici (avec sous titres en anglais)

Un héros dans un contexte explosif

Ce qui rend la campagne 2026 plus remarquable encore, c’est le contexte hors norme dans lequel évolue la sélection iranienne. En raison des tensions géopolitiques et des contraintes de visas, l’Iran n’a même pas pu établir son camp de base aux États-Unis et s’est repliée de l’autre côté de la frontière, au Mexique. Les joueurs subissent des fenêtres de déplacement épuisantes, ne recevant parfois l’autorisation d’entrer sur le sol américain qu’environ vingt-quatre heures avant le coup d’envoi. Tenir tête à la Belgique dans de telles conditions de fatigue physique et mentale relève, on l’a dit, du miracle sportif.

A noter que Beiranvand est par ailleurs un soutien affiché du pouvoir iranien, ce qui ne manque pas d’alimenter les débats au sein d’une diaspora et d’un public profondément divisés. Mais sur la pelouse de Los Angeles, l’homme qui dormait jadis dans la rue n’avait qu’une mission : empêcher le ballon de franchir sa ligne. À 33 ans, l’enfant des collines du Lorestan continue d’écrire une histoire que nul scénariste n’aurait osé inventer.

YV

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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