Née de fusions successives et devenue la troisième commune la plus peuplée des Côtes-d’Armor avec plus de 17 000 habitants, Lamballe-Armor vient de passer au crible de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Bretagne. Le rapport d’observations définitives, délibéré le 12 mars 2026 et portant sur les exercices 2019 et suivants, dresse le portrait d’une collectivité aux finances maîtrisées, mais confrontée à un défi de taille : rattraper un retard considérable en matière de logements sociaux. Décryptage.
Des finances saines et une dette assainie
C’est le principal motif de satisfaction relevé par les magistrats financiers. Lamballe-Armor affiche un niveau d’épargne solide, sa capacité d’autofinancement brute atteignant en 2024 plus de 24 % des produits de gestion, bien au-dessus du seuil de 15 % généralement jugé satisfaisant. La commune a par ailleurs assaini une situation qui aurait pu devenir problématique : avant 2022, un quart de son encours de dette était constitué d’emprunts structurés à risque. Deux d’entre eux ont été renégociés, pour un coût net de 0,46 million d’euros et un allongement de leur durée de quatre ans, ramenant la dette à un profil désormais sans risque et majoritairement à taux fixe.
L’endettement par habitant (1 377 €) reste certes nettement supérieur à la moyenne nationale de la strate (801 €), mais il est jugé maîtrisé, la capacité de désendettement s’étant améliorée pour s’établir autour de cinq ans fin 2024. La commune prévoit un plan pluriannuel d’investissement de 29,3 millions d’euros jusqu’en 2028, financé par de nouveaux emprunts, sans recourir au levier fiscal — un pari qui suppose de dégager des économies de fonctionnement.
9 % de logements sociaux pour un objectif de 25 %
Là où le rapport se fait plus sévère, c’est sur le logement social. Désormais soumise à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), Lamballe-Armor doit atteindre une proportion de 25 % de logements sociaux. Or le taux effectif n’est que de 9 %. Conséquence directe : la commune a acquitté des pénalités en 2023 (34 939 €) et 2024 (42 767 €).
Le préfet des Côtes-d’Armor a fixé un objectif de 327 logements sociaux sur la période 2023-2025. Il n’est réalisé qu’à hauteur de 33 %, avec 107 logements engagés. La commune, par la voix de son maire, juge l’objectif difficilement atteignable : la production annuelle totale sur son territoire, toutes catégories confondues, avoisine la centaine de logements, et les petites opérations peinent à attirer les bailleurs sociaux.
Reste un sujet que le rapport n’aborde pas : l’accueil réservé, localement, à ces programmes. Derrière l’objectif chiffré, la perspective de voir s’installer de nouvelles populations, susceptibles de bénéficier en priorité de ces logements au titre des publics prioritaires, ne suscite pas nécessairement l’enthousiasme d’une partie des habitants.
Des opérations d’aménagement coûteuses pour la collectivité
Pour combler ce retard, Lamballe-Armor mise sur la réhabilitation de friches, avec l’appui de l’Établissement public foncier de Bretagne. Mais ces opérations pèsent lourd sur le budget communal. La ZAC du Liffré, incluant 45 logements sociaux, a nécessité une contribution de la commune de 1,35 million d’euros, les subventions externes attendues n’ayant pas été obtenues. L’opération « Rives du Gouessant » (40 logements), grevée de surcoûts de dépollution, présente pour sa part un déficit prévisionnel de près d’un million d’euros à la charge de la commune.
Deux autres projets, sur le site de l’ancien abattoir et sur celui de l’ancien collège Gustave Téry, restent à un stade incertain : le premier est conditionné à l’accord de certains propriétaires, le second à celui du département. La chambre en conclut que la construction de logements sur ces secteurs demeure « hypothétique », ce qui pourrait freiner l’atteinte de l’objectif.
Relations avec l’agglomération : un rééquilibrage favorable
Le rapport revient enfin sur les relations entre la commune et la communauté d’agglomération Lamballe Terre et Mer. La révision du pacte financier et fiscal en 2024 a inversé la situation de Lamballe-Armor : de contributrice, elle devient bénéficiaire nette, pour un gain annuel supérieur à 300 000 €, grâce au versement de fonds de concours et à la suppression du reversement de taxe foncière sur les zones d’activités. La commune estime toutefois que ses charges de centralité — équipements culturels, services au rayonnement dépassant son territoire — ne sont toujours pas suffisamment prises en compte.
Parallèlement, les deux collectivités ont engagé une démutualisation partielle des services communs mis en place depuis 2011. À terme, seules les fonctions support (finances, ressources humaines, informatique, marchés publics, aménagement) resteront mutualisées. L’impact financier réel de cette réorganisation ne pourra être mesuré qu’en 2027, lors du vote des comptes 2026.
Deux recommandations et un satisfecit nuancé
Au terme de son contrôle, la chambre formule deux recommandations : procéder à des contrôles réguliers des régies de recettes, et détailler le financement prévisionnel du plan d’investissement dans le rapport d’orientations budgétaires. Le nouveau maire, Stéphane Sallier Dupin, a indiqué dans sa réponse ne pas avoir d’observation à apporter.
Au bilan, Lamballe-Armor apparaît comme une commune bien gérée sur le plan financier, dont le principal défi tient moins à ses comptes qu’à une obligation légale — les 25 % de logements sociaux — que sa réalité territoriale et son marché de la construction rendent particulièrement ardue à satisfaire.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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