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Ce mercredi, pour la première fois depuis 2002, l’Angleterre et l’Argentine se retrouveront sur un terrain de football en Coupe du monde, à l’occasion d’une demi-finale qui s’annonce électrique. Au-delà du sport, cette affiche réveille inévitablement le souvenir d’un conflit vieux de plus de quarante ans, dont la cicatrice reste vive des deux côtés de l’Atlantique Sud : la guerre des Malouines.
Un archipel disputé depuis trois siècles
Avant d’être un contentieux anglo-argentin, les Malouines furent un territoire disputé par plusieurs puissances européennes. Découvert dès le début du XVIe siècle, l’archipel fut successivement fréquenté par des navigateurs français, espagnols et britanniques, avant que la France ne cède ses droits à l’Espagne en 1767. Devenue indépendante en 1810, l’Argentine hérita des revendications espagnoles sur l’archipel et y installa une colonie dans les années 1820. Mais en 1833, des colons britanniques débarquèrent, expulsèrent les Argentins et rétablirent la souveraineté de la Couronne — une souveraineté que Buenos Aires n’a jamais cessé de contester depuis, portant le dossier devant l’ONU dès les années 1960 sans jamais obtenir de règlement définitif.
Une junte aux abois, une Dame de fer sous pression
Au début des années 1980, l’Argentine est dirigée depuis 1976 par une dictature militaire responsable de dizaines de milliers de disparitions et confrontée à une inflation dépassant 140 % par an. Lorsque le général Leopoldo Galtieri prend la tête de la junte en 1981, le régime cherche une victoire susceptible de ressouder une opinion publique exaspérée. L’invasion des Malouines, lancée le 2 avril 1982, répond à ce calcul politique autant qu’à une revendication historique authentique.
Côté britannique, le gouvernement de Margaret Thatcher, alors en délicatesse dans les sondages, ne pouvait se permettre de perdre un territoire de la Couronne sans en payer le prix politique. La Première ministre décide immédiatement de riposter, malgré l’éloignement considérable du théâtre d’opérations — plus de 12 000 kilomètres séparent le Royaume-Uni de l’archipel. En quelques jours, la Royal Navy rassemble une force expéditionnaire de près de 30 000 hommes, un exercice logistique exceptionnel pour l’époque.
Dix semaines de guerre, deux tragédies emblématiques
Le conflit, qui dure du 2 avril au 14 juin 1982, voit se succéder plusieurs épisodes qui marqueront durablement les mémoires. Le plus controversé reste le torpillage, le 2 mai, du croiseur argentin General Belgrano par le sous-marin nucléaire britannique HMS Conqueror : plus de 320 marins argentins y perdent la vie, alors que le navire se trouvait hors de la zone d’exclusion établie par Londres. Deux jours plus tard, un missile Exocet tiré par l’aviation argentine coule à son tour le destroyer britannique HMS Sheffield, faisant 22 morts.
S’ensuivent des semaines de combats acharnés, notamment autour de Goose Green puis lors de l’assaut final sur les collines dominant Port Stanley, la capitale de l’archipel, où les troupes britanniques doivent parfois combattre au corps à corps pour déloger les positions argentines. Le 14 juin, le commandant de la garnison argentine capitule avec plus de 10 000 hommes, mettant fin à une guerre de 74 jours qui aura coûté la vie à 649 militaires argentins et 255 Britanniques, ainsi qu’à trois civils des îles.
Deux pays, deux traumatismes durables
Les conséquences politiques divergent radicalement selon le camp. En Argentine, la défaite militaire, ajoutée à la crise économique, précipite la chute de la junte et ouvre la voie à une transition démocratique achevée avec l’élection de Raúl Alfonsín en 1983. Le traumatisme demeure profond : plusieurs centaines d’anciens combattants argentins se seraient suicidés dans les années suivant le conflit, selon les associations de vétérans.
Au Royaume-Uni, à l’inverse, la victoire consacre Margaret Thatcher comme la « Dame de fer », renforce durablement sa popularité et contribue à la large victoire électorale des conservateurs en 1983. La guerre entretient aussi, côté britannique, un récit de résilience nationale après des décennies de déclin impérial perçu.
Du champ de bataille au terrain de football
Ce contentieux historique a rapidement débordé le strict cadre diplomatique pour s’inviter sur les pelouses. Dès 1966, l’expulsion du capitaine argentin Antonio Rattin en quart de finale de Coupe du monde avait déjà tendu les relations sportives entre les deux nations. Mais c’est bien 1986, quatre ans à peine après la guerre des Malouines, qui scelle définitivement cette rivalité dans l’imaginaire collectif : lors du quart de finale du Mondial mexicain, Diego Maradona inscrit d’abord un but de la main resté célèbre sous le nom de « Main de Dieu », avant de signer quelques minutes plus tard ce qui sera considéré comme le « but du siècle ». Pour de nombreux Argentins, cette victoire sur le terrain vaut alors, symboliquement, une forme de revanche sur la défaite militaire encore fraîche.
Aujourd’hui encore, le souvenir du conflit affleure régulièrement dans le football argentin, jusque dans les chants entonnés par les supporters de l’Albiceleste lors de ce Mondial 2026. Avant la demi-finale de mercredi, le sélectionneur argentin Lionel Scaloni a pourtant tenu à désamorcer toute instrumentalisation de l’histoire, rappelant qu’il ne s’agissait, selon ses mots, que d’un simple match de football. Reste que, pour beaucoup, cette affiche ne sera jamais tout à fait comme les autres.
Photo d’illustration : Breizh-info.com (DR)
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2 réponses à “Avant Argentine vs Angleterre. 1982 : la guerre des Malouines, matrice d’une rivalité qui dépasse le football”
En 1982, les Anglais ont commencé par perdre, à cause de la force de Coriolis (hémisphère sud) de leurs missiles, prévus pour l’hémisphère Nord.
Un missile français Exocet, envoyé par les Argentins, a coulé un navire anglais.
Les Anglais ont demandé une trêve, pour revenir au port anglais et faire modifier les missiles..
Et Margaret Thatcher a exigé de F Mitterrand de faire neutraliser les Exocet que l’Argentine nous avait acheté. Un commando français est allé les neutraliser dans un arsenal argentin.
Et l’Angleterre a pu gagner la guerre..
Bon résumé de Yann. Je précise que le très vieux Amiral Belgrano était hors d’âge…hors du périmètre des opérations mais nous nous sommes habitués aux coups de poignards dans le dos de ces crevures d’Anglais, je précise aussi que chez eux la noblesse préfère la Biffe alors que chez nous la Royale qui conserve des traditions!