Face à l’exposition précoce des mineurs à la pornographie et aux contenus inadaptés, une équipe française lance Sentinelle, une solution de filtrage internet qu’elle présente comme « fiable, éthique et souveraine ». Portée par l’association PornoStop, basée à Versailles, l’initiative fait aujourd’hui l’objet d’une campagne de financement destinée à lui permettre de changer d’échelle.
Une réponse aux limites des contrôles parentaux existants
Le constat de départ tient en une phrase : beaucoup de parents connaissent le danger mais ne disposent pas d’un outil réellement efficace. Les porteurs du projet pointent les failles des dispositifs actuels — contrôles parentaux intégrés aux appareils facilement contournés, désactivation automatique à un certain âge, filtrage incomplet selon les navigateurs et applications. Quant aux solutions payantes, elles sont jugées complexes à configurer, gourmandes en données personnelles et peu accessibles au plus grand nombre. C’est dans cet interstice que Sentinelle entend s’installer.
L’outil est issu de plusieurs années d’engagement au sein du projet BlockPorn et de la communauté ensortir.fr, qui accompagne les personnes confrontées à une addiction à la pornographie. Ses concepteurs insistent sur une distinction qu’ils jugent centrale : Sentinelle serait un outil de protection et non de surveillance. Concrètement, avant l’affichage d’un site, la solution le vérifie via des serveurs sécurisés hébergés à Marseille, puis bloque automatiquement les contenus inadaptés.
Filtrage « au niveau système » et argument de souveraineté
Sentinelle revendique plusieurs caractéristiques techniques pour se démarquer : un filtrage au niveau du système d’exploitation plutôt qu’une simple extension de navigateur, une protection contre l’hameçonnage, les logiciels malveillants et les sites frauduleux, l’absence de désactivation automatique à 13 ou 18 ans, un support assuré par des personnes en France et des listes de filtrage maintenues en interne. L’argument de la souveraineté — une solution « 100 % française », de l’hébergement au support — est mis en avant tout au long de la présentation.
Trois niveaux de protection sont proposés selon les publics : « Essentiel » pour un usage quotidien peu contraignant, « Restreint » pour les adolescents, jeunes adultes ou adultes fragiles, avec un filtrage renforcé des réseaux sociaux, et « Renforcé », le profil le plus restrictif, destiné aux personnes engagées dans un parcours de sortie d’addiction. L’outil est compatible avec Android, iOS et macOS, la version Windows étant présentée comme fonctionnelle mais encore perfectible.
Une levée de fonds pour passer à l’échelle
Les porteurs du projet affichent une ambition qu’ils qualifient d’« éducative et sociétale » plutôt que commerciale, visant les familles, les adolescents en période de vulnérabilité, les adultes en parcours de sortie d’addiction et les professionnels qui accompagnent des personnes fragiles. Pour répondre à une demande qu’ils disent croissante, ils estiment nécessaire un changement d’échelle.
L’objectif global de la collecte est fixé à 360 000 euros, avec un premier palier à 30 000 euros. Les fonds doivent servir à consolider l’infrastructure technique, finaliser le site internet, produire des contenus pédagogiques à destination des parents et structurer une équipe stable. La campagne, adossée à l’association PornoStop, ouvre droit à un reçu fiscal, y compris au titre de l’impôt sur la fortune immobilière.
L’initiative s’inscrit dans un contexte où la protection des mineurs face à la pornographie en ligne est devenue un sujet public récurrent, entre obligations de vérification d’âge imposées aux plateformes et débats sur l’efficacité réelle des dispositifs de filtrage. Sentinelle y ajoute une proposition assumée : celle d’une réponse privée, associative et revendiquée comme française.
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