À l’occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, le juriste américain Lee J. Strang livre une relecture nuancée de l’acte fondateur de la nation américaine. Professeur de droit et directeur exécutif du Salmon P. Chase Center for Civics, Culture, and Society à l’Ohio State University, titulaire d’un LLM de Harvard, il défend une thèse à rebours de l’image d’Épinal : la Révolution américaine ne fut pas l’œuvre d’exaltés, mais une rupture mûrement réfléchie et consentie à contrecœur.
Une nation jeune qui cultive ses rares repères
Pour Strang, le simple fait d’atteindre un 250e anniversaire est en soi remarquable pour un pays aussi jeune. Comparant volontiers les États-Unis à la profondeur historique européenne — il s’exprimait depuis Budapest —, il souligne que l’Amérique dispose de peu d’expériences historiques fondatrices, ce qui l’oblige à magnifier les rares qu’elle possède. La Déclaration en est le socle : l’affirmation que les États-Unis sont un pays d’individus dotés de droits naturels donnés par Dieu, égaux, et dont le gouvernement doit respecter ces droits.
Le juriste précise toutefois sa position dans un débat qui divise les universitaires américains. Si certains estiment que la Déclaration doit servir de clé d’interprétation de la Constitution, Strang se range dans le camp opposé : le texte est pour lui un énoncé de principes politiques, non une norme juridiquement contraignante.
Une rupture réticente, dans la continuité britannique
L’idée centrale de l’entretien tient dans cette formule : une « révolution à contrecœur ». Les rédacteurs de la Déclaration puis de la Constitution étaient, insiste Strang, des hommes réfléchis et non des agitateurs. Sujets britanniques depuis environ cent cinquante ans, ils n’ont conclu à la légitimité de la révolution qu’après avoir procédé, étape par étape, méthodiquement, face aux abus subis.
Cette réticence explique une continuité que Strang juge frappante : le système juridique américain de 1789 restait, au fond, très proche du modèle britannique. Common law, séparation en trois pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) — les États-Unis ont conservé une large part de l’héritage juridique anglais précisément parce que la rupture fut subie plutôt que voulue.
Trahison ou droit naturel ?
Interrogé sur la légalité de l’acte au regard du droit britannique de l’époque, Strang ne se dérobe pas. Aucun système juridique, rappelle-t-il, n’accorde à ceux qui y sont soumis le droit de se rebeller contre lui. Au regard du droit britannique, ce que firent les Américains était donc illégal — ce que l’on nomme ordinairement une trahison. Si la guerre avait été perdue, les signataires, qui avaient engagé « leurs vies, leurs fortunes et leur honneur sacré », auraient été pendus comme traîtres.
Mais les patriotes en appelaient à un autre ordre : les principes de droit naturel et de droits naturels énoncés par la Déclaration, invoqués pour justifier d’agir en dehors des lois du Royaume-Uni. Face à l’argument britannique selon lequel les révolutionnaires n’auraient eu recours au droit naturel et à la théorie du contrat social qu’à défaut d’arguments constitutionnels, Strang rétablit une symétrie : la tradition britannique elle-même est jalonnée de moments quasi révolutionnaires, de la Magna Carta arrachée à Jean sans Terre à Runnymede jusqu’à la Glorieuse Révolution qui déposa les Stuarts pour offrir le trône à Guillaume d’Orange. Les patriotes américains, selon les universitaires américains, s’inscrivaient dans cette tradition — même si Strang note que la destitution d’un roi n’était elle-même autorisée par aucune loi britannique.
Quant aux dix-huit griefs adressés au roi George, que des juristes britanniques jugent tous « anodins », Strang répond que la Constitution américaine incorpore aujourd’hui les réponses à ces abus. L’interdiction de loger des soldats chez l’habitant (Troisième amendement) ou le droit à un procès devant jury local, contre la pratique consistant à déporter les accusés vers des tribunaux d’amirauté au Royaume-Uni, en sont les traces directes.
Fédéralisme et « religion civile »
Au-delà de l’histoire, Strang livre une lecture des défis constitutionnels actuels. Dans un pays vaste et profondément pluraliste — sans religion, ethnie, langue ni histoire communes —, ce sont selon lui les documents fondateurs qui tiennent lieu de ciment. Reprenant une formule attribuée à Lincoln, il décrit la Constitution comme une « religion civile », ce vers quoi les Américains se tournent pour définir leur manière de vivre ensemble.
De là découle sa défense du fédéralisme comme solution aux divisions. Sur des sujets clivants comme l’avortement, Strang plaide pour que les décisions soient renvoyées aux États plutôt que tranchées au niveau national par la Cour suprême, le Congrès ou le président. Californie et New York peuvent conserver des lois libérales, l’Utah ou l’Iowa des législations restrictives : c’est, à ses yeux, la condition pour que des citoyens aux visions opposées coexistent dans un même pays.
Enfin, citant James Madison, il met en garde contre la tentation de réviser trop souvent la loi fondamentale. La « vénération » nécessaire à une Constitution ne vient qu’avec le temps, sur des décennies et des générations ; l’amender trop fréquemment lui ôterait sa capacité à jouer son rôle. Le faible nombre d’amendements adoptés depuis 1789 constitue, pour Strang, l’une des forces du système américain.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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