3919 : ce que la sénatrice a réellement dit, et ce que le collectif lui prête

Publicité

Que peut faire un citoyen nommément mis en cause au cours d’une audition parlementaire ? La réponse, apportée noir sur blanc par le Sénat lui-même, est brève : rien de formel. C’est le principal enseignement d’un dossier rendu public cette semaine par le collectif « Défendre les enfants ».

Le point de départ

Le 12 février, la Délégation aux droits des femmes du Sénat auditionne Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Au fil des échanges, la sénatrice de l’Essonne Laure Darcos revient sur une question écrite qu’elle avait envisagé de déposer, puis retirée.

Elle explique s’être « fait piéger » par le collectif de Fabien Wald, qui lui aurait demandé de rédiger une question écrite visant à élargir le 3919 aux hommes victimes de violences conjugales. Elle indique avoir d’abord accepté, évoquant des amis élus victimes de leur conjointe et un taux de 17 % d’hommes qu’elle estime invisibilisés, avant de changer d’avis après avoir rencontré la présidente de Solidarité Femmes, qui lui aurait appris que ces personnes saturaient le numéro alors que d’autres lignes existent pour les hommes.

Le compte rendu est public et consultable sur le site du Sénat, comme la vidéo de la séance.

Publicité

La riposte du collectif

Estimant sa réputation mise en cause, Fabien Wald a engagé une série de démarches écrites auprès de la sénatrice, puis du président du Sénat. Il conteste plusieurs points : l’existence d’un appel téléphonique entre eux, alors que les échanges versés au dossier sont exclusivement écrits ; la présentation du retrait de la question parlementaire, qu’il dit avoir signalé sur le site du collectif comme il figurait sur celui du Sénat ; et surtout toute idée d’un appel à saturer le 3919.

Il produit notamment un courriel adressé à la sénatrice le 27 novembre 2025, dans lequel il précise ne demander aucune diminution des moyens consacrés aux femmes victimes, mais une orientation efficace pour toutes les victimes. Il y affirme également que son collectif est apolitique et se dit adhérent de la CGT.

Ce que le compte rendu dit vraiment

Sur ce dernier point, la lecture du texte officiel impose une nuance que la tribune du collectif ne fait pas.

Laure Darcos n’affirme pas que Fabien Wald aurait appelé à saturer le 3919. Elle rapporte un propos tenu devant elle par la présidente d’une association, selon lequel « ces personnes » saturaient la ligne. La formulation est vague, la responsabilité du propos n’est pas la sienne, et le nom du collectif n’y est pas directement associé.

La démarche de rectification vise donc, sur ce point précis, une accusation qui ne figure pas telle quelle au compte rendu. En revanche, le mot « piégée » et l’association du nom de Fabien Wald à cette séquence sont bien, eux, prononcés en séance et consignés.

Le vrai sujet : l’absence de recours

C’est la réponse du Sénat qui donne à ce dossier un intérêt dépassant le cas particulier.

Saisi d’une demande visant à faire annexer une mise au point au compte rendu, le secrétaire général du Sénat a répondu le 26 février. Sa réponse est sans ambiguïté : le droit de réponse ne peut être invoqué pour les publications relevant de l’ordre de la loi, et la mise en ligne de la vidéo comme du compte rendu écrit d’une audition ne peut donc y donner lieu.

Le Sénat ne tranche pas le fond. Il constate que le cadre juridique applicable à ses propres travaux ne prévoit aucun mécanisme de réponse contradictoire.

La conséquence est concrète. Une personne physique ou morale nommément citée dans une enceinte parlementaire dispose de la liberté d’écrire aux institutions, de publier de son côté ou de saisir la presse, mais elle ne peut obtenir que sa version figure là où figure celle qui la met en cause. Le compte rendu et la vidéo restent en ligne, indéfiniment, tels quels.

Cette asymétrie découle directement de l’irresponsabilité parlementaire, principe protecteur inscrit à l’article 26 de la Constitution, qui garantit qu’un élu ne puisse être poursuivi pour les opinions émises dans l’exercice de ses fonctions. Personne ne propose sérieusement d’y toucher. Reste que ce principe, conçu pour protéger la liberté du débat, produit ici un angle mort : celui du citoyen ordinaire dont le nom circule dans une vidéo institutionnelle sans qu’il puisse y adjoindre un mot.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Nicolas Hulot

Environnement, Politique

On croyait que Nicolat Hulot faisait du surf à Saint-Lunaire…

Ensauvagement, Local, PLOËRMEL, RENNES

Iffendic (35) : un « groupe de vigilance » en projet face aux cambriolages

International

Daria, l’amie que la guerre m’a prise

poignant

Politique

Il ne faut pas compter sur Bernard Poignant pour défendre l’ « autonomie » de la Bretagne

E brezhoneg, Ensauvagement, Local, LORIENT, Société

Gwidel (Bro Gwened) : Tan ‘b’ar c’harrdi mes perak ?

Animaux

Pièges à colle : une pétition vise le GiFi de Trignac

Justice, Politique, Société

Quand les militants antiracistes se dévorent entre eux

E brezhoneg, Immigration, Sociétal, Société

Biarritz : reuz atao abalamour d’an anv karter « La Négresse »

retraites

A La Une, Economie

Retraités : l’État entrouvre enfin une porte fiscale, mais gare à ceux qui n’en possèdent pas la clé

Vie Pratique

Au-delà de la surveillance constante: cultiver le calme au quotidien dans l’éducation des enfants

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Politique

Richard Ferrand oublie le référendum de 1962 et celui de 1969

Découvrir l'article

Economie, Vie Pratique

Près de 4 vols sur 10 retardés au départ de la France : ce que vous pouvez réclamer

Découvrir l'article

Sociétal

L’antiracisme ou l’horizon qui recule sans cesse

Découvrir l'article

A La Une, Sociétal

Surveiller l’opposition avant 2027 : plongée dans l’écosystème privé (la Fondation Descartes) qui veut définir la « vraie » information

Découvrir l'article

Sociétal

Ils appellent ça « zones grises de l’information » : le Sénat et le syndicat des journalistes bricolent leur ministère de la Vérité avant 2027

Découvrir l'article

A La Une, Politique

Sénatoriales dans les Côtes-d’Armor : Camille Favre (RN) veut porter au Sénat « la voix des communes »

Découvrir l'article

Politique

Sénatoriales : Patrick Le Fur conduira la liste du Rassemblement National dans le Finistère

Découvrir l'article

Justice

Élias, Lyhanna : deux propositions de loi pour que la justice rende des comptes aux victimes

Découvrir l'article

A La Une, Sociétal

Délit d’opinion : Aurore Bergé présente son projet de loi liberticide et Orwellien le 1er juillet

Découvrir l'article

Sociétal

Pierre-Édouard Stérin au Sénat : le milliardaire conservateur assume tout, avec fierté et sans trembler [Vidéo]

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.