En 1896, l’égyptologue britannique Flinders Petrie fouille la nécropole de Thèbes, dans le sud de l’Égypte. Du sable émerge une stèle de victoire du pharaon Merenptah, fils de Ramsès II, aujourd’hui conservée au musée du Caire. Le texte célèbre surtout un triomphe sur la Libye, mais deux lignes concernent les campagnes orientales : Ascalon déportée, Guézer prise, Yanoam conquise, et cette formule — Israël est anéanti, sa semence n’est plus. La chronologie égyptienne date l’événement de 1208 avant Jésus-Christ. Le pharaon se vantait d’avoir effacé un peuple ; il a en réalité signé sa première apparition documentée dans l’histoire.
C’est le point de départ d’un documentaire diffusé par Arte, qui confronte pendant près de 2 heures les textes bibliques aux données de fouille. La démarche est explicitement énoncée par les chercheurs interrogés : lorsque le texte et l’artefact pointent dans la même direction, on tient une base historique solide. Reste à savoir ce qui se passe quand ils divergent — et c’est le cas plus souvent qu’on ne le croit.
Quatre groupes de scribes sur un millénaire
La tradition attribue à Moïse la rédaction des 5 premiers livres de la Bible. L’hypothèse est contestée dès le 17e siècle, à partir d’une remarque de bon sens : la fin du Deutéronome raconte la mort et l’enterrement de Moïse. D’autres incohérences apparaissent à la lecture. Combien d’animaux de chaque espèce dans l’arche : 2 ou 7 paires selon le passage. Le déluge dure 40 jours, puis 150 quelques versets plus loin. Noé lâche une colombe ; à la phrase précédente, un corbeau. Deux versions du même récit cohabitent sur la même page.
De là est née la théorie documentaire : au moins 4 groupes de scribes, écrivant à plusieurs siècles d’écart, désignés par les lettres J (qui appelle Dieu Yahvé), E (qui l’appelle Elohim), D (rédacteur du Deutéronome, 7e siècle avant J.-C.) et P, la source sacerdotale, qui compile et réécrit pendant l’exil babylonien.
La découverte en 2005 par Ron Tappy, à Tel Zayit, d’un abécédaire hébraïque complet gravé sur une pierre — le plus ancien connu, daté d’environ 1000 avant J.-C. — indique qu’une écriture existait déjà à l’époque où la Bible situe David.
Les villes que Josué n’a pas prises
Le livre de Josué décrit une conquête éclair de Canaan par les Israélites venus de l’extérieur. Les fouilles racontent autre chose. La destruction d’Aï remonte à 2200 avant J.-C., celle de Jéricho à 1500, celle de Hatsor autour de 1250. Près de 1000 ans séparent ces événements : ils n’ont manifestement pas été provoqués par la même armée. Sur les 31 sites que Josué est censé avoir conquis, la quasi-totalité ne porte aucune trace de guerre.
Seule Hatsor correspond à la période où la stèle de Merenptah atteste une présence israélite. Amnon Ben-Tor, qui dirige les fouilles, tient les Israélites pour responsables, faute d’autre suspect crédible. Son assistante Sharon Zuckerman défendait une lecture différente : pas d’armes dans les rues, pas de traces de combat, mais des quartiers de l’acropole délabrés ou abandonnés, signes d’un déclin interne et d’une insurrection des habitants contre leur propre aristocratie.
25 villages, puis 250
Dans les années 1970, Israël Finkelstein et ses étudiants arpentent les montagnes centrales de Canaan, ramassant les tessons de céramique en surface. En 7 ans, ils couvrent près de 1 000 km². Le résultat est spectaculaire : jusqu’en 1200 avant J.-C., environ 25 villages abritant 3 000 à 5 000 habitants ; deux siècles plus tard, 250 sites et près de 45 000 habitants. Aucune croissance naturelle ne produit cela dans l’Antiquité.
Ces nouveaux villages présentent un type d’habitation inédit, mais une céramique ordinaire quasi identique à celle des cités cananéennes. Conclusion des archéologues : les premiers Israélites sont majoritairement des Cananéens déplacés, les couches les plus pauvres d’un système de cités-États en train de s’effondrer, parties s’installer dans les collines. L’essor d’Israël est une conséquence de la chute de Canaan, non sa cause.
D’où la question que pose le documentaire : pourquoi la Bible s’obstine-t-elle à présenter les Israélites comme des étrangers — Abraham venu de Mésopotamie, Moïse sorti d’Égypte, Josué conquérant du dehors ? La réponse avancée est une réponse d’anthropologue : une identité se construit par différenciation. Absence de palais, absence de céramique peinte ou importée, refus du modèle égypto-cananéen. Une idéologie de la simplicité, revendiquée contre le voisin.
Un dieu venu du désert
Le nom propre du dieu d’Israël, les 4 lettres YHWH, n’apparaît nulle part dans les textes cananéens. Sur le mur nord du temple de Karnak, en revanche, les bas-reliefs de Séthi Ier évoquent ses victoires sur les Shasou, nomades du sud de Canaan. Les textes égyptiens mentionnent un campement shasou dans un lieu nommé YHW. C’est précisément au pays de Madian que la Bible situe la révélation du buisson ardent.
L’hypothèse retenue : non pas une migration de 600 000 hommes, dont aucun archéologue n’a jamais trouvé la moindre trace en un siècle de recherches, mais un petit groupe d’esclaves cananéens échappés d’Égypte, passés par Madian, qui rapportent aux villageois des montagnes le récit de leur délivrance et le nom du dieu qu’ils y ont découvert.
Ce dieu n’était pas seul. Des milliers de figurines de déesses de la fertilité ont été exhumées sur les sites israélites. En 1968, William Dever met la main sur une épitaphe du 8e siècle bénissant un défunt « par Yahvé et son Ashéra » — la déesse mère cananéenne. Dans la pratique, la plupart des Israélites n’étaient pas monothéistes, et la Bible elle-même le reconnaît par la bouche des prophètes.
David a existé, son royaume reste discuté
En 1993, à Tel Dan, la géomètre Gila Cook repère des inscriptions sur une pierre en descendant la colline. Le fragment de stèle, rédigé en araméen à la gloire d’un roi de Damas, mentionne « la maison de David ». C’est le plus ancien personnage biblique dont l’existence historique soit confirmée par l’archéologie.
L’ampleur de son royaume, elle, divise. Eilat Mazar a dégagé dans la cité de David des murs de 3 à 5 m d’épaisseur qu’elle identifie au palais royal, en s’appuyant sur la chronologie céramique établie par William Foxwell Albright. Les analyses au radiocarbone conduites par Elisabetta Boaretto, à l’institut Weizmann, décalent ce style céramique d’environ 75 ans : le palais deviendrait alors contemporain d’Achab et de Jézabel, et le royaume de David se réduirait à une petite chefferie de villages pauvres. D’autres équipes, avec la même méthode, aboutissent au 10e siècle. La marge d’erreur du radiocarbone, de l’ordre de 30 ans, correspond à peu près à l’écart entre les deux camps.
Un point d’ancrage reste solide : la campagne du pharaon Sheshonq Ier, datée de 925 avant J.-C. par la chronologie égyptienne, que la Bible situe 5 ans après la mort de Salomon. Les portes monumentales à triple tenaille de Hatsor, Megiddo et Guézer, mentionnées ensemble dans le premier livre des Rois, plaident pour l’existence d’une autorité centrale à cette période.
Ce que l’exil a fabriqué
En 586 avant J.-C., les Babyloniens rasent le temple, aveuglent Sédécias après avoir égorgé ses fils devant lui, et déportent prêtres et scribes. L’alliance est rompue, le royaume rayé de la carte. C’est là, en terre étrangère, que la source sacerdotale compile et réécrit — et que la circoncision, jusqu’alors rite parmi d’autres, devient le signe de l’alliance, attribué rétrospectivement à Abraham. Que le shabbat, observable sans temple, prend son importance. Que naît l’habitude de se réunir pour prier, ancêtre de la synagogue.
Le constat archéologique est net : avant la destruction du premier temple, on trouve des sanctuaires et des milliers d’idoles partout en Judée, y compris à Jérusalem. Après, plus rien. Le monothéisme s’impose au moment où le peuple perd tout — et il s’impose comme explication de la défaite.
Reste une preuve matérielle de l’antériorité du texte. Dans un cimetière au pied des remparts de Jérusalem, Gabriel Barkay met au jour deux minuscules rouleaux d’argent, dans une chambre funéraire du 7e siècle dont le plafond effondré avait échappé aux pilleurs. Déroulés au risque de les détruire, ils portent la bénédiction sacerdotale du livre des Nombres, encore récitée aujourd’hui dans les synagogues et les églises. Soit 4 siècles avant les plus anciens manuscrits de la mer Morte.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.
5 réponses à “Jéricho, Josué, David : quand les fouilles contredisent le récit biblique”
Bonjour
Sigmund FREUD dans son ouvrage historique sur le sujet « » L Homme Moise et la Religion Monothéistes remet ces éléments en perspectives excellentes lecture
Donc tout est faux dans ces textes prétendument sacrés, c’est le cas des bêlements du dimanche sous les auspices de Mithra appelé Christ. Et on a massacré des millios de braves gens au nom de leurs mensonges!
Vous vous appuyez sur Arte…
Vraiment dommage…
Relayez plutôt Arkeos qui propose un travail bien plus sérieux. Merci
La chaîne youtube Arkeos est dédiée aux preuves de l’historicité de la Bible. C’est une meilleure source d’information que Arte. En fait, tout est une meilleure souce d’information que Arte.
On confond un roman national avec l histoire…
de meme la religion avec la science…
Quand on compare les 4 evangiles officielles on tombe de haut.
Mais un catho trad vous dira que c est parce que vous n avez pas la foie.
Moi je pose la question : En quoi des histoires de bédouin du fond de la penisule arabique concerneraient des blancs europeens?
Je n ai jamais compris cette manie des catho qui plutot que d appliquer les evangiles se passionnent pour une histoire biblique qui ne les regarde pas.
Il y a un cote « juifs synthetique » comme le disait Pierre Antoine Cousteau chez ces gend là.
S ils avaient 2 sous de bon sens alors 2 solutions:
1/Devenir comme Amalek/s opposer aux juifs
2/ S imposer la loi noachique/serviteur du peuple juif
La 3/ solution c est 613 obligations du peuple juif mais comme ils ne sont pas juifs de sang….les catho ont un serieux probleme identitaire.
Un catho un vrai s il comprenait sa religion devrait etre circoncis …mais les catho ne comprennent RIEN…
JESUS SE SENTIRAIT A L AISE DANS UNE SYNAGOGUE DE SAMARITAIN EN JUDEE SAMARIE…ET EN TRES MAUVAISE COMPAGNIE A SAINT NICOLAS DU CHARDONNET.