Irlande du Nord : le nouveau livre de Jamie Bryson qui renvoie l’unionisme à ses propres échecs

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Jamie Bryson publiera fin août Culture War – Unionism: Thirty Years Under Siege. The fightback begins. Le militant loyaliste, figure connue et clivante de la scène nord-irlandaise, y retrace ce qu’il décrit comme une guerre culturelle méthodiquement conduite par le nationalisme contre l’identité et les traditions unionistes, dans le but assumé de fissurer la cohésion de cette communauté.

Le récit part des tensions de Drumcree, en 1995, et parcourt ensuite les grands fronts de trois décennies : la police, le traitement du passé, les médias, la profession juridique, l’accord du Vendredi saint, l’instrumentalisation d’organismes para-publics comme la Commission des droits de l’homme, et les batailles toujours ouvertes sur la frontière en mer d’Irlande, la langue irlandaise, les drapeaux et les feux de joie. La dernière partie de l’ouvrage se veut prospective : Bryson y expose ce qu’il présente comme une feuille de route pour que l’unionisme cesse de subir le siège et passe à l’offensive.

Une thèse centrale : « l’infrastructure contre-étatique »

Le cœur de l’analyse porte sur une asymétrie d’organisation. Selon Bryson, le nationalisme irlandais a bâti pendant des décennies ce qu’il nomme une infrastructure contre-étatique : structuration politique, réseaux d’avocats, présence universitaire, groupes de campagne, influence médiatique. Après 1998, cette infrastructure aurait cessé de contester l’establishment pour en devenir une composante à part entière.

C’est le versant symétrique de cette thèse qui fait le plus de bruit dans le camp unioniste. L’auteur, en dépit de sa sévérité envers le républicanisme, désigne finalement les unionistes eux-mêmes comme premiers responsables de leur situation. Reprocher au Sinn Féin d’avoir efficacement poursuivi ses propres objectifs politiques n’a guère de sens, souligne-t-il : la vraie question est de savoir pourquoi l’autre camp n’a jamais construit d’équivalent.

Où étaient les think tanks unionistes produisant des travaux de fond ? Quelle stratégie pour orienter de jeunes talents vers le droit, l’université, le journalisme, les politiques publiques ? Quel argumentaire intellectuel élaboré au long cours en faveur de l’Union ? L’auteur fait un constat : l’unionisme est devenu excellent dans la réaction. Un communiqué après chaque incident, une indignation à la publication de chaque rapport jugé biaisé, une attaque contre chaque décision de justice défavorable, une protestation à chaque nouvelle concession culturelle. Puis l’attente de la crise suivante. Ce n’est pas une stratégie, résume l’auteur, mais de la lutte anti-incendie permanente — et il est difficile d’imputer toute la responsabilité aux incendiaires quand on a passé 30 ans à refuser d’acheter un camion de pompiers.

L’incendiaire et le pompier

Bryson vise particulièrement l’architecture politique issue de 1998, mais sa charge contre les directions unionistes est plus corrosive encore. Il leur reproche d’avoir alternativement accepté passivement des dispositifs contraires à leurs intérêts et participé activement à leur mise en œuvre, tout en dénonçant publiquement leurs effets.

C’est là qu’intervient son analogie la plus provocatrice, appliquée à la ligne du DUP et de l’UUP sur le protocole nord-irlandais puis sur le cadre de Windsor, négocié entre Rishi Sunak et Ursula von der Leyen : on ne peut pas être à la fois l’incendiaire et le pompier. On n’applique pas un texte tout en prétendant lui résister.

La question qui en découle dépasse le cas de Stormont : à partir de quel moment le compromis devient-il acquiescement ? Et à partir de quel moment la dénonciation permanente de Westminster, de Dublin, de Bruxelles, des médias ou du monde universitaire sert-elle surtout à masquer ses propres échecs stratégiques ?

Une des conclusions du livre, est que les mouvements politiques durables raisonnent en décennies, pas en cycles d’information. Là où le républicanisme parle du « mouvement » et de la « cause », l’unionisme, et singulièrement le DUP, a longtemps fonctionné selon un principe de primauté du parti — quitte à torpiller en coulisses les initiatives extérieures qui tentaient précisément le travail de fond réclamé par Bryson.

Le grief unioniste n’est pas illégitime pour autant : la frontière en mer d’Irlande existe bel et bien, et les inquiétudes sur le traitement du passé sont fondées. Mais un grief, même justifié, ne tient pas lieu de projet. Depuis les élections de 2022 qui ont placé le Sinn Féin en tête à l’Assemblée, et l’accession de Michelle O’Neill au poste de Première ministre en 2024, la question posée est moins celle du prochain scrutin que celle de l’état de l’Ulster dans 10, 20 ou 30 ans.

Culture War – Unionism: Thirty Years Under Siege. The fightback begins, de Jamie Bryson, paraît fin août.

Crédit photo : DR (photo d’illustration) & Wikipedia

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