Édouard Balladur est mort à 97 ans : retour sur le parcours de l’ancien Premier ministre

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Édouard Balladur est mort ce lundi 31 août 2026 à Paris, à l’âge de 97 ans, a annoncé sa famille à l’AFP. Premier ministre de 1993 à 1995 et ancien ministre de l’Économie, il était l’une des dernières grandes figures de la droite libérale française et l’un des acteurs majeurs de la vie politique des années 1980 et 1990.

De Smyrne à Matignon

Né le 2 mai 1929 à Izmir, en Turquie, dans une famille smyrniote d’origine arménienne installée là depuis le XVIIIe siècle, Édouard Léon Raoul Balladur est le fils d’un banquier, directeur de l’agence de la Banque ottomane. La famille, naturalisée française en 1932, se réfugie à Marseille en 1935. Scolarisé chez les Frères des écoles chrétiennes puis au lycée Thiers, il conservera toute sa vie un attachement à la Provence.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1950, il intègre l’École nationale d’administration en 1955 et en sort dans la « botte » en 1957, promotion France-Afrique, avant de rejoindre le Conseil d’État. Sa carrière politique débute véritablement en 1964 lorsqu’il entre au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, participant à ce titre aux accords de Grenelle en mai 1968. Devenu secrétaire général adjoint puis secrétaire général de l’Élysée en 1973, il exerce une influence considérable durant la maladie du président Pompidou, qui meurt l’année suivante.

Après un passage dans le privé, où il dirige notamment la société d’exploitation du tunnel sous le Mont-Blanc puis plusieurs filiales de la Compagnie générale d’électricité, il revient à la politique en 1986.

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Le ministre des privatisations

Élu député de Paris en mars 1986, il est nommé dans la foulée ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac. Dans un contexte mondial dominé par le libéralisme de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, il conduit une politique de privatisations massive : Saint-Gobain, Matra, Paribas, Suez, la Société générale et TF1 repassent alors dans le giron privé. Il libéralise également les prix, les changes et les investissements étrangers, tout en développant l’actionnariat salarié. Son passage à Bercy lui vaudra le prix Jacques Rueff et le titre de ministre des Finances de l’année décerné par le FMI.

Deux ans de « cohabitation de velours »

Après la large victoire de la droite aux législatives de 1993, François Mitterrand le nomme Premier ministre le 29 mars, Jacques Chirac préférant se consacrer à la préparation de la présidentielle. Son gouvernement, restreint à 30 membres, réunit des figures confirmées — Simone Veil, Charles Pasqua, Pierre Méhaignerie — et des nouveaux venus appelés à faire carrière : François Bayrou, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Michel Barnier.

Sa déclaration de politique générale, la plus longue de la Ve République avec 2 heures, obtient le meilleur score de confiance jamais enregistré sous le régime : 457 voix contre 81. Face à une situation économique qu’il juge la plus grave depuis quarante ans, il lance un emprunt national qui récolte 110 milliards de francs auprès d’1,4 million de Français, augmente la CSG et la TIPP, gèle les salaires des fonctionnaires, et engage une première réforme des retraites portant la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans dans le privé. Une nouvelle vague de privatisations touche Air France, Renault, Thomson, la BNP, Rhône-Poulenc et Elf.

Cette période, qualifiée de « cohabitation apaisée » voire de « cohabitation de velours », est aussi marquée par le génocide au Rwanda, durant lequel la France n’intervient pas militairement avant le lancement de l’opération Turquoise, et par la gestion de la prise d’otages du vol Air France 8969 à Noël 1994, dont l’issue lui sera portée au crédit. Sa popularité recule en 1994 après l’échec de la révision de la loi Falloux et le retrait du contrat d’insertion professionnelle, surnommé « SMIC jeunes ».

1995 : le duel fratricide avec Chirac

Fort d’une cote de confiance de 58% et donné largement favori, Édouard Balladur annonce sa candidature à la présidentielle le 18 janvier 1995. Il est soutenu par plusieurs dirigeants de l’UDF — François Bayrou, François Léotard, Simone Veil — et par des figures du RPR comme Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. Mais, privé du soutien d’un appareil partisan, il ne recueille au premier tour que 18,58% des suffrages, soit 5,66 millions de voix, derrière Jacques Chirac (20,84%) et Lionel Jospin (23,30%).

Au soir de sa défaite, alors que ses militants huent le nom de Jacques Chirac, sa formule « Je vous demande de vous arrêter » entre dans l’histoire politique française. Les chiraquiens ne lui pardonneront jamais ce qu’ils considèrent comme une trahison ; dans ses Mémoires, Jacques Chirac le décrira comme un calculateur froid avec lequel il n’aura jamais eu d’explication d’homme à homme. La fracture entre les deux hommes, amis depuis les années 1960, marquera durablement la droite française.

L’affaire Karachi et la relaxe de 2021

Sa candidature laissera une autre trace : les soupçons de financement occulte de sa campagne, via de possibles rétrocommissions sur des ventes d’armements au Pakistan et à l’Arabie saoudite. Ce dossier, connu sous le nom d’affaire Karachi, aboutit à sa mise en examen par la Cour de justice de la République en 2017, puis à son renvoi en jugement en 2019. Le 4 mars 2021, plus de 25 ans après les faits, la CJR le relaxe, estimant que sa participation à un système de rétrocommissions n’était pas établie. Son ancien ministre de la Défense François Léotard sera pour sa part condamné à 2 ans de prison avec sursis.

Une longue fin de carrière

Réélu député de la 12e circonscription de Paris en septembre 1995, puis en 1997 et 2002, il préside la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale de 2002 à 2007. Ses tentatives de reconquête locale échouent : battu aux régionales de 1998 en Île-de-France, il se retire des primaires pour la mairie de Paris en 2001.

Proche de Nicolas Sarkozy, dont il fut le ministre de tutelle au Budget, il préside sous sa présidence 2 comités consultatifs, l’un sur la modernisation des institutions en 2007 — dont les travaux inspireront la réforme constitutionnelle de 2008 —, l’autre sur la réforme des collectivités locales en 2008, préconisant notamment la réduction du nombre de régions métropolitaines et la création d’un Grand Paris.

Retiré de la vie publique en 2009, il décline en 2010 une proposition de nomination au Conseil constitutionnel, mais reste un conseiller informel écouté à droite, soutenant successivement François Fillon, Nicolas Sarkozy puis Valérie Pécresse. Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il publiait encore en 2023 une note dans laquelle il mettait en doute la capacité de l’Union européenne à assurer le redressement de la France. Son épouse Marie-Josèphe, avec laquelle il avait eu 4 fils, était morte le 30 décembre 2025 à 91 ans.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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