Éric Roy, mort ce mercredi 17 juin à 58 ans des suites d’un cancer du pancréas, était encore l’entraîneur du Stade brestois quand la maladie l’a emporté, après trois ans et demi de combat mené dans le silence, loin des projecteurs qu’il connaissait pourtant si bien.
Fils de son père, porteur d’eau de métier
Avant d’être King Éric, à la manière d’un Cantona, il fut Éric Serge Armand Roy, gamin de Nice né en 1967, fils de Serge, attaquant international d’une sélection en 1961 et disparu au lendemain de Noël dernier. Le père avait montré la voie ; le fils en emprunta une autre, plus discrète. Milieu de terrain de 1988 à 2004, Roy fut de ces joueurs qu’on remarque peu mais sans qui rien ne tourne. Un équilibreur, un récupérateur, ce qu’on appelait alors un porteur d’eau, à l’image des Deschamps, des Pardo ou des Dib. Élégant dans le geste, grand, élancé, certains le comparaient volontiers à un Thiago Motta avant l’heure.
Sa carrière fut une géographie sentimentale : Nice d’abord, puis Toulon quand les finances azuréennes vacillèrent, Lyon, Marseille de 1996 à 1999, l’aventure anglaise à Sunderland, un crochet à Troyes, l’Espagne du Rayo Vallecano, et un retour à Nice pour boucler la boucle. Sur le Vieux-Port, il participa à l’un de ces matchs devenus légende, ce 5-4 où il égalisa à 4-4 face à Montpellier. Mais la couronne, toujours, lui échappa : une finale de Coupe de l’UEFA manquée sur blessure, un titre de champion qui file, une Coupe de la Ligue envolée aux tirs au but après un but refusé pour pied haut. Roy collectionnait les grands moments sans jamais décrocher le trophée.
L’entraîneur oublié qui attendit son heure
La reconversion lui ressemblait : multiple, curieuse, jamais figée. Consultant pour Direct 8, BeIN Sports puis France Télévisions, directeur sportif, manager, communicant à Nice, à Lens, à Watford. Il avait tout fait, ou presque. Sa première expérience sur un banc, à Nice entre 2010 et 2011, n’avait duré que dix-huit mois. Puis plus rien. Onze années d’attente avant qu’une seconde chance ne se présente, là où personne ne l’attendait.
Il avait passé ses diplômes en 2015, dans une promotion test partagée avec Zidane et Makélélé, multipliant les stages auprès des plus grands : le Real, Bielsa à Marseille, Guardiola au Bayern, Ancelotti croisé au passage. Roy ne lisait pas les philosophes ; il regardait les interviews des grands entraîneurs, des documentaires sur Mourinho et Arteta, prenait des notes sur son iPad. Sa conviction tenait en une phrase : tout se joue dans le vestiaire, c’est là qu’on apprend tout.
Le miracle brestois
En janvier 2023, son ami Grégory Lorenzi, directeur sportif d’un Stade brestois englué dans la lutte pour le maintien, lui tendit la main. La mission était ingrate : venir seul, sans adjoints, pour six mois, sauver un club aux moyens modestes. Roy accepta, sous les moqueries de ceux qui ne croyaient pas au retour d’un homme parti depuis plus de dix ans. Ce qu’ils ignoraient, c’est que le diagnostic de son cancer remontait à peu près au même moment.
La suite tient du conte. Maintien arraché à l’été 2023, puis une saison 2023-2024 qui défie l’entendement : troisième de Ligue 1, qualification pour la première Coupe d’Europe de l’histoire du club, et la Ligue des champions au bout. Roy fut élu meilleur entraîneur de la saison aux trophées UNFP, le seul de toute sa carrière de joueur comme de coach, reçu des mains de Didier Deschamps. Enfin sa couronne.
Il prouva ensuite que rien n’était dû au hasard. Brest sortit de la phase de poule de la plus prestigieuse des compétitions européennes, écrasant Salzbourg, accrochant le champion d’Allemagne, avant de céder devant le futur vainqueur, le Paris Saint-Germain. Son Brest lui ressemblait : simple, courageux, humain. Une équipe de potes où les bières et les pizzas n’étaient pas bannies entre deux victoires, un football basique et pur qui transmettait des émotions. Dans les tribunes de Francis-Le Blé, on chantait pour King Éric sur un air de Dany Brillant.
L’homme derrière la casquette
Sous ses casquettes fétiches, on l’avait vu pâlir, s’affaiblir. La rumeur courait, mais Roy gardait cette part de sa vie pour les siens, fidèle à son poste jusqu’au bout. Bienveillant, droit, disponible, il pouvait répondre à un étudiant en journalisme pour un simple exercice comme à un grand nom du métier. En mai 2026, il avait encore tiré la sonnette d’alarme sur le modèle économique d’un club contraint de vendre ses meilleurs éléments chaque été, sans jamais cesser de défendre les siens.
Sa famille a parlé d’un lien rare et magnifique avec ses joueurs, d’une empreinte faite de passion, de loyauté, de courage et de respect. Le président brestois Denis Le Saint a dit le chagrin immense, l’affection démesurée. Vincent Labrune a salué l’un des personnages les plus respectés et authentiques du football français. Deschamps, un technicien compétent et une personnalité attachante.
Roy aimait citer Klopp : ce qui compte n’est pas ce que les gens pensent quand vous arrivez dans un club, mais ce qu’ils pensent quand vous en partez. À Brest, tous ceux qui doutaient ont fini par l’adorer. Le roi est mort. Reste le royaume qu’il a bâti, et un chant qui résonnera encore longtemps sous le ciel du Finistère.
YV
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