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Après avoir soutenu, début juillet, l’appel transpartisan de six anciens ministres de la Santé en faveur de sa proposition de loi « Génération sans tabac », le député écologiste de Gironde Nicolas Thierry a accepté de répondre aux questions de Breizh-Info. Rupture d’égalité entre citoyens, sort des buralistes ruraux, essor de la vape, poids budgétaire des taxes sur le tabac : l’élu détaille les arguments qui sous-tendent son texte, qui attend toujours son inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
Breizh-info.com : Votre proposition de loi interdirait à vie l’achat de tabac aux personnes nées après 2009. Comment répondez-vous à ceux qui y voient une rupture d’égalité entre citoyens adultes, certains ayant le droit d’acheter un produit légal, d’autres non, selon leur seule date de naissance ?
La proposition de loi que j’ai déposée à l’Assemblée nationale vise à interdire la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après 2014.
Cette proposition de loi n’interdit pas la consommation de tabac mais encadre uniquement sa vente, dans un objectif légitime de santé publique. Elle est conforme aux engagements internationaux de la France, notamment à la CCLAT de l’OMS et à la Convention relative aux droits de l’enfant, qui garantissent le droit à la santé. De plus, le tabac n’est pas un produit comme un autre : il reste la première cause de mortalité évitable en France. La nicotine crée une dépendance en quelques semaines. 80 % des fumeurs regrettent d’avoir commencé, selon un sondage de Santé publique France. La mesure protège donc les individus de l’addiction, comme pour l’interdiction des paris sportifs aux mineurs.
La « génération sans tabac » n’interdit rien à personne : elle empêche simplement que les jeunes tombent dans une addiction qu’ils n’ont pas choisie.
Breizh-info.com : Le Royaume-Uni, dont vous vous inspirez, a récemment vu ce dispositif contesté jusque dans sa propre majorité. Qu’est-ce qui vous convainc que le modèle britannique est transposable en France, et qu’avez-vous prévu pour éviter ses angles morts ?
Aujourd’hui en France, cette proposition est soutenue par six anciens ministres de la Santé et une quarantaine de parlementaires issus de différents groupes politiques, allant de La France insoumise à Horizons. Tous sont d’accord avec le constat suivant : nous faisons face à un recul historique du tabagisme en France, avec des niveaux de consommation « jamais enregistrés depuis 2000 ». Cette évolution démontre que les politiques de santé publique produisent des résultats, mais qu’il est désormais nécessaire de franchir une nouvelle étape pour empêcher l’entrée des nouvelles générations dans le tabagisme et les addictions à la nicotine. Cette proposition a été réfléchie avec des associations, des experts et des professionnels de santé, et s’inscrit dans le temps long. Il nous faut maintenant convaincre plus largement et répondre aux idées reçues, et surtout aux arguments du lobby du tabac.
Breizh-info.com : L’interdiction ne sanctionne pas le fumeur mais le commerçant. Ne craignez-vous pas de fragiliser un peu plus les buralistes, notamment en zone rurale et en Bretagne intérieure, déjà en difficulté, et d’alimenter un marché parallèle plutôt que de faire reculer la consommation ?
Cette loi va s’appliquer progressivement, sur plusieurs décennies, laissant aux buralistes le temps et les moyens de se diversifier. Le tabac est déjà en déclin : notre responsabilité, c’est d’accompagner ce mouvement plutôt que de le nier. En effet, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les volumes de ventes de tabac dans le réseau des buralistes français ont diminué d’environ 11,5 % en 2024 par rapport à 2023.
Les buralistes ont déjà entamé leur mutation économique, soutenue par l’État : les aides à la diversification (Fonds de transformation des buralistes) permettent de développer de nouvelles activités — relais colis, services de proximité, vente de presse, téléphonie, produits locaux, etc. En 2023, plus de 9 000 buralistes ont bénéficié de ce fonds. Ainsi, cette proposition de loi renforce la logique de modernisation du réseau, sans le fragiliser.
Breizh-info.com : Six anciens ministres de la Santé de sensibilités diverses vous soutiennent. Ce consensus des responsables politiques ne risque-t-il pas d’être perçu comme un entre-soi déconnecté, à l’heure où une partie des Français rejette précisément les injonctions venues d’en haut sur leurs modes de vie ?
Le fait que des personnalités comme Agnès Buzyn (Renaissance), Marisol Touraine (PS) ou Yannick Neuder (LR) soutiennent la mesure montre que le clivage n’est pas politique, mais sanitaire. Ces ministres ne parlent pas en tant qu’« élites », mais en tant que responsables ayant eu accès aux données de santé. Cette mesure est soutenue par des experts, des médecins et des associations spécialisées comme Addictions France ou la Ligue contre le cancer.
Enfin, selon une enquête BVA réalisée en novembre 2024, 70 % des Français sont favorables à l’arrêt progressif de la vente de tabac aux nouvelles générations.
Breizh-info.com : Vous parlez d’« empêcher que de nouvelles générations entrent dans le tabagisme ». Mais les jeunes se tournent massivement vers la vape et les produits à base de nicotine. Votre texte ne risque-t-il pas de traiter le tabac d’hier en ignorant les addictions d’aujourd’hui ?
C’est vrai, et je lutte également contre cette nouvelle addiction à la vape, créée notamment par l’industrie du tabac en ciblant les jeunes grâce à un marketing très offensif (packagings colorés, arômes, etc.). J’ai d’ailleurs déposé une proposition de loi pour étendre le paquet neutre aux produits de la vape.
La mesure de la génération sans tabac s’inscrit dans une stratégie globale : en réduisant l’accès au tabac, on limite aussi les transitions vers d’autres substances nicotiniques. La vape et les autres produits de la nicotine doivent également être encadrés, mais cela ne doit pas nous empêcher d’agir dès maintenant contre le tabac, première cause de mortalité évitable.
Breizh-info.com : Où placez-vous la frontière ? Après le tabac, l’Assurance maladie évoque le Nutri-Score obligatoire, le casque imposé, l’ultratransformé signalé. Jusqu’où l’État est-il légitime à décider à la place des citoyens de ce qui est bon pour eux ?
L’État est légitime à prendre des décisions pour protéger la santé publique des citoyens lorsqu’un comportement individuel a un impact avéré sur l’intérêt général (impact sur les générations futures, coût sanitaire pour la société, impact environnemental — la culture du tabac provoque de la déforestation et un mégot pollue 500 litres d’eau, etc.).
L’État n’a pas à décider à la place des citoyens, mais à créer un cadre qui rend les choix sains plus faciles. La question n’est donc pas « jusqu’où aller ? », mais « comment concilier liberté et protection ». Le tabac, avec son bilan mortel et son coût social, justifie une action forte. De plus, cette mesure est demandée par les experts et les professionnels de santé.
Breizh-info.com : La fiscalité du tabac rapporte plus de 15 milliards d’euros par an à l’État. Une génération sans tabac, c’est aussi la disparition programmée de cette recette. Avez-vous chiffré cet effet, et comment l’assumez-vous budgétairement ?
Selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), le tabac rapporte environ 15 milliards d’euros à l’État, mais il coûte plus de 120 milliards d’euros à la société chaque année en soins, cancers, pertes de productivité, etc. Le tabac n’est donc pas une source de richesse : c’est un déficit humain et économique structurel.
En clair, chaque euro de taxe en rapporte huit fois moins que ce qu’il ne coûte.
Propos recueillis par YV
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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10 réponses à “« Génération sans tabac » : Nicolas Thierry répond aux critiques sur sa proposition de loi [Interview]”
Bonjour,
Cette logorrhée de politicien. Ne sait-il pas répondre aux questions qu’on lui pose ? Doit-on lui apprendre ? Ou le forcer à argumenter sans arguties ? C’est donc ça que les votants attendent ?
Cdt.
M.D
Dire que la cigarette c’est du tabac, c’est juste idiot. C’est un produit ultra transformé à base de tabac. L’addiction à la CIGARETTE est générée quasi exclusivement par les additifs. La dépendance à la nicotine est faible. Une mesure efficace, c’est interdire tout produit autre que le tabac dans les cigarettes et interdire les filtres. Impossible à mettre en place sans contrôle sévère et sans ouvrir la porte à la contrebande. Mais pour la contrebande, c’est déjà bien parti avec les tarifs prohibitifs.
Oui la lutte contre le tabac fonctionne car les prix augmentent et arrivent à un niveau, où sans être déja fumeur, l’effet est dissuasif. Evidemment le trafic de cigarettes est aujourd’hui exponentiel ! Est-ce mieux ?
Quant aux jeunes, que dire de l’utilsation du protoxyde d’azote, de la cocaïne, joints et autres drogues dites « récréatives » ?
La prohibition n’est vraiment pas la bonne solution et la nature humaine s’adaptera à tout interdit en développant des trafics mafieux peu regardants sur les notions humanistes défendues
À part un effet de prohibition qui amènera le développement de marchés parallèles, certainement soutenue par le lobby du tabac, et une génération de jeunes rebelles en carton qui ducoup consommeront pour ce donner le frisson de l’interdit comme avec le cannabis, ça ne changera rien, voir pire.
@ Durandal : Comment peut-on être pour ce genre de loi ? Les pauvres petits, ils ne pourront plus fumer ? Ah si, sûrement, mais acheter des clopes, non. Cela limitera grandement leur addiction, car il faudra passer par les potes plus âgés ou les ascendants (qui seront, forcément, réticents). C’est juste un sujet de santé publique. Lors des votes de lois contre la vente d’alcool et de jeux de grattage aux mineurs, vous étiez donc contre également ? Je suis fumeur, mais je me dis bien souvent que se mettre du goudron dans les poumons n’est pas un acte naturel. Pas merci les GI’s sur ce coup là.
Certains vont sûrement crier au manque de liberté pour nos jeunes de moins de 18 ans. Cela pourtant porte ses fruits en Angleterre (il faut dire qu’avec un paquet à presque 20€ cela dissuade également). Quoiqu’il en soit, une loi qui protège la santé de la jeunesse, je ne peux que l’approuver. Pas vous ?
Il y a vraiment des gens qui militent contre cette interdiction auprès des plus jeunes ? Sans rire ?
Oui la lutte contre le tabac fonctionne car les prix augmentent et arrivent à un niveau, où sans être déja fumeur, l’effet est dissuasif. Evidemment le trafic de cigarettes est aujourd’hui exponentiel ! Est-ce mieux ?
Quant aux jeunes, que dire de l’utilsation du protoxyde d’azote, de la cocaïne, joints et autres drogues dites « récréatives » ?
La prohibition n’est vraiment pas la bonne solution et la nature humaine s’adaptera à tout interdit en développant des trafics mafieux peu regardants sur les notions humanistes défendues
Comme l’alcool, comme les jeux d’argent, normal, à moins de 18 ans ce n’est pas un besoin (ils ont déjà assez de dépendances aux réseaux sociaux et à l’écran). N’est-ce pas ?
La cigarette, ce n’est pas du tabac. C’est un produit ultra transformé A BASE de tabac. L’addiction majeure, ce n’est pas la nicotine, ce sont les additifs. La preuve en est le nombre de fumeurs qui continuaient à fumer bien qu’utilisant un patch nicotineux. Ils n’ont pas leur dose « complémentaire ». Une solution : réglementer la composition des cigarettes.