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14/10/2013 -09H00 Sion (Breizh-info.com) — La diaspora bretonne est de loin la plus importante de France et se situe parmi les premières d’Europe Occidentale. Le peuple breton, tourné vers l’océan, a toujours aimé voyager, découvrir, explorer. Et revenir. Rencontre avec ces Bretons qui ont fait le choix de s’expatrier. Premier détour, par la commune de Sion (Valais) en Suisse romande à la rencontre d’Erwan, un jeune Rennais.
Breizh-Info : Peux-tu te présenter, et présenter ton parcours professionnel
Erwan : Erwan, 30 ans. Né à Rennes, j’y ai passé toute mon enfance et ma jeunesse. Parents et grands-parents bretons également. J’ai obtenu mon BAC ES avec un an d’avance, puis j’ai effectué des études universitaires avec l’obtention d’un Master 1 en Administration Economique et Sociale.
Mes intérêts : le football (sport pratiqué pendant 10 ans, puis suivi dans les tribunes), la politique, l’actualité en général, la bonne gastronomie, les échanges entre amis.
Hormis un stage et 2-3 jobs d’été, je n’ai jamais travaillé en France. La fin de mes études ayant coïncidé avec mon départ en Suisse. Dans ce pays, après un petit job en tant qu’aide-cuisinier pour obtenir un permis de séjour, j’ai été employé dans des sociétés immobilières. Tout d’abord pendant 2 ans et demi pour le compte d’un promoteur, avec notamment le développement d’un grand projet de centre thermal avec complexe hôtelier, appartements et chalets. Puis dans une entreprise générale de construction de villas, et ce depuis 2009.
Mes études n’avaient rien à voir avec le milieu de l’immobilier, mais je dois dire que je suis bien tombé et que ce domaine me passionne.
Breizh-Info : Pourquoi as-tu décidé de quitter la Bretagne pour la Suisse ?
Erwan : Par amour ! J’ai rencontré une Suissesse d’origine Bretonne en 2005, et après une année de relation à distance, je me suis installé chez elle dans le canton du Valais.
Jusqu’à ma rencontre avec elle, j’avais toujours juré que je ne quitterais jamais la ville de Rennes (il n’était même pas question de déménager à 10 kilomètres de la ville). Et finalement me voilà à mille kilomètres de là, comme quoi la vie nous réserve parfois des surprises inattendues !
Breizh-Info : As-tu souvent l’occasion de revenir en Bretagne ? La Suisse apparait aux yeux de beaucoup de Bretons comme un Eldorado, que ce soit en terme d’emploi, de rémunération, mais aussi d’expression politique plus « libre », as-tu fait ce constat de l’intérieur ?
Erwan : Je reviens en Bretagne entre 3 et 5 fois par année, afin de voir ma famille et mes amis. Ces séjours sont indispensables à mon bon équilibre de vie.
Je considère effectivement la Suisse comme un Eldorado. Ce pays a de somptueux paysages (montagnes et lacs), sa démocratie est un modèle dont tous les pays devraient s’inspirer selon moi, le marché du travail se porte à merveille (le taux de chômage est aux alentours de 3 %), et le pouvoir d’achat est nettement meilleur qu’en Bretagne. Les prix sont certes nettement plus élevés qu’en Bretagne, mais les salaires sont incomparables. Pour donner un exemple chiffré, le salaire médian du pays avoisine les 4800 euros par mois !
Concernant l’expression politique, elle est bien plus libre que dans les pays voisins. Il n’y a pas la bipolarité à la française, mais une répartition du pouvoir entre 4-5 partis. Les referendums organisés régulièrement aident au débat public, et tous les sujets (même les plus sensibles) sont abordés et débattus.
Breizh-Info : Les Entreprises sont elles plus aidées en Suisse qu’en France ? L’initiative économique est-elle soutenue (par exemple, les jeunes entrepreneurs qui veulent monter leur entreprise) ?
Erwan : De nombreuses multinationales (Philip Morris, etc.) sont implantées en Suisse en raison de conditions fiscales avantageuses et aussi parce que la main-d’œuvre est très qualifiée.
Concernant l’aide à la création d’entreprises pour les jeunes, je ne connais pas suffisamment la question pour y apporter une réponse claire.
Breizh-Info : Le modèle suisse de démocratie directe est-il applicable selon toi en France et en Bretagne ?
Erwan : Oui, il est applicable partout. On veut nous faire croire le contraire (en avançant l’argument de la taille de la population française par exemple), mais c’est juste parce que les politiciens français restent enfermés dans leur système confortable où les décisions sont prises par une minorité (bien qu’élue démocratiquement) souvent coupée du peuple. Ils ont tout simplement peur de laisser le peuple s’exprimer.
Un bémol sur le modèle suisse toutefois : lors de certaines votations fédérales, on a vu apparaître des situations « injustes » où les citadins votaient des lois pénalisant les cantons alpins (dont le Valais notamment). Selon ma vision des choses, autant en Suisse qu’en France et en Bretagne (si la démocratie directe y était appliquée), certaines votations ne devraient impliquer que les populations concernées. Par exemple, une initiative populaire concernant un sujet sur le thème maritime : seules les régions bordées par la mer devraient pouvoir voter. Et non les citoyens d’ Ile-de-France par exemple, ou les Alsaciens.
Il existe bien entendu de nombreux votes locaux (par cantons, par commune), mais je fais ici référence à des votations fédérales.
La démocratie directe doit être appliquée partout, mais il est essentiel de bien différencier les sujets nationaux et les sujets locaux.
Breizh-Info : Envisages-tu un retour au pays ? Si oui, dans quel secteur souhaiterais-tu travailler ?
Erwan : Honnêtement non. Avoir une résidence secondaire en Bretagne pour ma retraite éventuellement.
Mais le cadre de vie en Suisse (et notamment en Valais) est vraiment extraordinaire. Je viens d’être père récemment, et pour mes enfants je sais que leur avenir sera mieux assuré en Suisse.
Si je devais rentrer en Bretagne, alors je souhaiterais rester dans l’immobilier.
Breizh-Info : quelle image ont les Valaisans des Bretons ?
Erwan : Ici je précise toujours que je suis Breton. Car ils sont plutôt bien vus par les Valaisans, car assez proches au niveau de l’esprit fêtard et fiers de leurs origines.
Par contre les Français sont vraiment très mal perçus par les Suisses romands (tout comme les Allemands ne sont pas aimés par les Suisses allemands, et les Italiens par les Tessinois). Ils sont affublés de nombreux surnoms à connotation négatives (les « frouzes », les « shadocks », etc.). Le Français est jugé comme très arrogant. Raison pour laquelle j’explique fréquemment qu’en France il y a de fortes différences de mentalités selon les régions.
Le nombre de frontaliers qui viennent travailler en Suisse n’arrange pas la cote de popularité des Français.
Breizh-Info : pourquoi selon toi de plus en plus de jeunes Bretons pensent à l’expatriation aujourd’hui ?
Erwan : Le manque de perspectives professionnelles et la situation économique très incertaine. Je ne vois pas d’autres raisons, car la Bretagne est une région qui offre de nombreux atouts qui peuvent combler tout le monde : il y a la mer, la campagne et des villes dynamiques.
C’est triste, car le potentiel est là. Si la Bretagne pouvait avoir plus d’autonomie, cela renforcerait encore plus le sentiment d’appartenance et cela motiverait les Bretons à investir, à créer, à innover.
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