Assassinat de Boris Nemtsov : du fait divers à la géopolitique

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Le 27 février dernier, Boris Nemtsov est assassiné à deux pas du Kremlin. Nemtsov est aussitôt présenté par la presse anglo-saxonne et européenne comme une figure emblématique de l’opposition en Russie. La réalité est plus nuancée.

Une analyse plus sérieuse des forces politiques à l’œuvre dans le pays met en évidence une tout autre réalité : le principal parti d’opposition à Vladimir Poutine reste le Parti communiste, avec 238 députés à la Douma. Les récents sondages indiquent que Vladimir Poutine est soutenu par plus de 80 % de l’opinion. Mais les Occidentaux refusent de voir cette réalité et préfèrent instiller dans l’opinion l’idée qu’il n’est que le continuateur de l’Ancien Régime et de ses méthodes.

L’occasion fournie par ce tragique événement était une aubaine pour tous ceux qui cherchent, en feignant de suspecter les services spéciaux russes (les « organes », comme on disait jadis), à déstabiliser le président russe, justifiant ainsi une campagne de diabolisation organisée sans relâche au sein de ce qui est redevenu subrepticement, pour l’occasion, « l’Occident ». Il est pourtant évident que ce crime dessert Poutine plus que personne.

On reste stupéfait de la manière dont une large part du bloc médiatico-politique rend compte de ce qu’il se passe en Russie. Les médias mainstream collent au plus près aux injonctions atlantistes afin d’éviter toute forme de coopération sinon d’unification européenne continentale.

Mais stupeur ! Les enquêteurs mettent la main sur huit suspects, tous d’origine tchétchène, qui invoquent des motivations religieuses et fondamentalistes, « en connexion » avec l’attentat de Paris contre les caricaturistes.

Désarroi chez les commentateurs zélés de la bien–pensance antirusse qui, un moment privés d’arguments, se taisent.

Mais, fort à propos, un Comité des droits de l’homme autorisé à rendre visite à Zaur Doudaïev, le meurtrier présumé, laisse entendre que celui-ci avait « sans doute » avoué sous la torture. Étrange dictature où un Comité des droits de l’homme est benoîtement invité à publier un communiqué… Toutes ces incohérences ne gênent pas nos donneurs de leçon médiatiques.

La stratégie de diabolisation de Vladimir Poutine n’a qu’un seul but : maintenir l’Europe en situation de dépendance, effacer le cauchemar d’une Europe gaullienne de l’Atlantique à l’Oural et, à défaut de pouvoir intégrer l’Ukraine dans une Union européenne « otanisée », susciter un nouveau « conflit gelé » à l’issue indéterminée.

C’est la raison pour laquelle ce piège de la diabolisation doit être à tout prix évité et qu’il est essentiel que les diplomaties française et allemande maintiennent la position qu’elles ont eu la sagesse et le courage de prendre à Minsk en février dernier.

Winston Churchill disait que la Russie était « un mystère enveloppé dans une énigme. Accordons le bénéfice du doute au mystère et sauvegardons « l’esprit de Minsk ».

Jean-Claude Empereur

Source : Boulevard Voltaire

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