La conspiration de Pontkalleg, par Guy Gauthier [vidéo]

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17/05/2015 – 07H00 Ploërmel (Breizh-info.com) – La chaîne TV Libertés – à l’occasion de son émission Passé Présent, animée par Philippe Conrad – est revenue sur une page importante de l’histoire bretonne qu’est la conspiration de Pontcallec. Guy Gauthier, ancien magistrat , docteur en Histoire, écrivain et conférencier, la raconte, ci-dessous.

Le site Internet IstorhaBreizh s’était fendu, il y a quelques années, d’un article très complet sur cet épisode d’histoire de la Bretagne.

Immortalisé par le Barzaz Breiz et remis au gout du jour par les chansons des Tri Yann et de Gilles Servat, le marquis de Pontcallec est toujours présent dans la mémoire collective bretonne. Qu’en est-il exactement de ce personnage ?

Pour créer un mythe, il suffit souvent de peu de chose et la ferveur populaire n’hésite pas à glorifier tel ou tel héros alors que la réalité est souvent moins fringante et parfois même en total décalage.

Il en a été ainsi du marquis de Pontcallec (1680-1720) immortalisé par le Barzaz Breiz dans « Maro Pontkalek » ( la mort de Pontcallec) collectée par Hersart de la Villemarqué dans le pays de Cornouaille (chant XLVI). Ce chant a été repris par nombre de chanteurs bretons en particulier Tri Yann (album « dix ans, dix filles » en 1973) et Gilles Servat (album « A-roak mont kuit »). Pontcallec apparait également dans le film de Bertrand Tavernier « Que la fête commence » (1974) superbement interprêté par un Jean Pierre Marielle au mieux de sa forme.

Quand est-il exactement du personnage ? La Borderie, dans son Histoire de Bretagne, s’attache à décrire l’homme véritable qui n’a finalement que peu de chose à voir avec le héros malheureux du Barzaz Breiz.

Chrysogone-Clément de Guer, marquis de Pontcallec, eut donc la tête tranchée à Nantes, place du Bouffay, le 26 mars 1720 …

Comment en est-on arrivé là ?

L’épisode dit de la conspiration de Pontcallec se situe au moment de la Régence (1715-1723) confiée au duc Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV, pendant la minorité de Louis XV. Période troublée dans tout le royaume, la régence est ici l’occasion pour les Bretons (en particulier la noblesse) de réaffirmer leur particularisme mis à mal mais non sans peine sous le règne du roi soleil (Révolte du papier timbré et des Torraben ou Bonnets Rouges en 1675).

Tout commence vraiment le 15 décembre 1717 quand les Etats de Bretagne, réunis à Dinan, refuse de voter le don gratuit de 2 million de livres que réclame le nouvel intendant, Feydeau de Brou. Ce refus fait suite à un écrit d’un gentilhomme breton, Talhouët de Bonamour, publié à Londres quelques mois plus tôt et qui fait état pour la Bretagne d’une situation économique catastrophique.

Le 18 décembre, le maréchal de Montesquiou, commandant en chef de la province, fait dissoudre les Etats. Même si la session fut écourtée, les Etats ont eu le temps de formuler un certain nombre de revendications où ils réclament des pouvoirs administratifs et la maîtrise de leur propre budget. Le Parlement de Bretagne appuie ces demandes et envoie une députation à la cour en janvier 1718 pour réclamer le rappel des Etats et aussi « l’éloignement des troupes que le commandant venait d’appeler dans la province ». Le Parlement n’hésite pas à souligner que la dissolution des Etats « porte atteinte au traité d’union de la Bretagne à la couronne ».

Les escarmouches entre le Parlement et le pouvoir royal se poursuivent tout au long de cette année 1718 et le rappel des Etats qui se réunissent à nouveau à Dinan le 1er mars n’y fait rien. La noblesse s’oppose au renouvellement de l’impôt sur les boissons (introduit en 1710) et cette opposition se concrétise dans un texte signé par 62 gentilhommes. Montesquiou qui estime que « les Bretons sont insolents pour peu qu’on mollisse avec eux mais ils sont souples comme un gant quand ils trouvent une autorité ferme qui veut être obéie » fait chasser de Dinan les 62 trublions et une dizaine d’autres.

Mais les opposants ne s’en tiennent pas là et rédigent un manifeste « Acte d’union pour la défense des libertés de la Bretagne ». Ce manifeste enchante la petite noblesse qui y adhère en masse (300 signatures obtenues en décembre 1718 dont celle de Pontcallec en date du 4 novembre).

Ce dernier a passé dix ans dans les armées royales et, revenu en Bretagne, il vit en gentilhomme sur ses vastes domaine de Pontcallec (entre Pontivy et Lorient).

Montesquiou, quant à lui, ne réagit pratiquement pas à cette fronde estimant, en novembre 1718, que « le meilleur parti à prendre, c’est de ne pas faire semblant d’y faire attention » !

Et pourtant … L’Association Patriotique Bretonne va rapidement regrouper entre 700 et 800 membres qui se réunissent régulièrement dont, en mars 1719, au château de Pontcallec. En avril, à Lanvaux cette fois, l’idée est lancée de faire appel à l’Espagne alors en guerre contre la France pour obtenir la « protection de cette puissance ». Cette idée est bien vite abandonnée, la majorité des présents ne semblant pas prêts à entrer dans une démarche qui ressemble, selon leurs dires, à un acte de trahison.

L’été 1719 qui voit une augmentation importante des prix des grains connait un certain nombres d’émeutes (Lamballe, Vitré, Guérande, …) qui oblige parfois la troupe à intervenir.

Un des personnages importants de l’association Patriotique Bretonne, M de Lambilly en réunit les principaux membres dans son château de Kergrois en juillet. Pontcallec s’y trouve et rencontre Hervieu de Mellac qui revient d’espagne où il a, malgré tout et sur ordre de de Lambilly, entamé des négociations avec Philippe V en lui proposant … la régence de la Bretagne !

Mellac repart pour l’Espagne en août avec une demande précise des conjurés bretons :
- 2 millions d’argent,
- 20 000 fusils,
- 6 000 soldats
- 100 000 écus pour préparer en Bretagne un débarquement espagnol.

La situation s’envenime fin août dans le pays de Guérande où le pouvoir fait donner la troupe pour permettre la collecte des impôts. La noblesse bretonne se réunit fréquemment et Montesquiou se rend compte qu’il n’est plus temps de faire comme s’il ne passait rien. La contre-offensive s’organise et un bourgeois nantais (nommé Roger), arrêté le 12 septembre passe rapidement aux aveus et dévoile le complot jusque dans ses moindres détails.

Le 22 septembre, les troupes royales investissent le château du Pouldu mais les quelques conjurés qui s’y trouvent peuvent s’enfuir et se réfugient au château de Pontcallec. Ce petit château, aux allures de forteresse, est facile à défendre et Pontcallec y réunit ses paysans qui protègent les conjurés armés de fusils et de … fourches. Les fugitifs tentent d’y élaborer d’illusoires plans de campagnes (dont une marche sur Rennes pour laquelle Pontcallec n’est pas d’accord). Mais le 28 septembre, il faut à nouveau s’enfuir, le château est pris par une centaine d’hommes du régiment royal de marine.

Le 30 octobre, un navire espagnol (seul rescapé d’une flotille de sept vaisseaux) arrive en vue de la presqu’île de saint Gildas et y débarque … 300 soldats. Coué de salarun, un des conjurés qui les accueille, sachant que le complot était découvert et que des arrestations se préparaient à Nantes, leur demande de repartir avec quelques uns des conjurés.

Au mois de novembre, Pontcallec, qui n’a pas cédé, réunit à nouveau quelques comploteurs et imagine d’investir Lorient pour faciliter le débarquement des troupes espagnoles. Or ces troupes n’ont jamais quitté l’Espagne et Philippe V se désinteresse désormais du sort de la Bretagne.

Pontcallec est recherché et malgré son déguisement (il est habillé en paysan) il est reconnu et arrêté le 28 décembre 1719 au presbytère de Lingnol. Début 1720, plusieurs autres conjurés (dont le Moyne du Talhouët, du Couédic, Montlouis, …) se basant sur de fausses rumeurs de clémence, se constituent prisonniers.

Le régent en personne impose la mise en place d’une justice d’exception (une cour martiale présidée par un Savoyard). La coutume aurait voulu que les conjurés soient jugés par leurs pairs (le Parlement de Bretagne) mais le pouvoir royal voulait « couper la racine à des maux dont la contagion pourrait gâter un peuple entier. »

Laissons à Saint Simon (Mémoires) le soin de nous décrire la fin sanglante de l’épisode, le 26 mars 1720 :

« Les sieurs de Pontcallec, de Talhouët, Montlouis et Couédic, capitaine des dragons, y eurent la tête coupée. Il y en eut seize autres que l’on ne tenoit pas qui l’eurent en même temps en effigie … Les prisonniers avoient avoué la conspiration et les mesures prises pour livrer les ports de la Bretagne à l’Espagne, et y en recevoir les troupes, marcher en armes en France,etc …, le tout juridiquement avoué et prouvé. On les avoit éblouis de les remettre, comme au temps de leur duchesse héritière Anne, et de trouver la plupart de la noblesse de France prête à se joindre à eux pour la réformation du royaume sous l’autorité du roi d’Espagne, représenté en France par le duc du Maine. »

Pontcallec entrait dans la légende …

… Et la légende en fit un saint (ou presque) !

Le chant, repris par de la Villemarqué dans le Barzaz Breiz, présente le marquis comme le défenseur des pauvres opprimés : « il est mort, chers pauvres, celui qui vous nourrissait, qui vous vêtissait, qui vous soutenait, … » En fait, les historiens le présentent comme un gentilhomme âpre au gain et franchement détesté par ses paysans qu’il exploite sans vergogne pour subvenir à ses besoins d’oisif (sa principale occupation était la chasse …).

Le Barzaz Breiz lui prête au moment de mourir une attitude religieuse à rendre jaloux l’ermite le plus rigoureux : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ». Mais cet âme était bien noire : on le décrit comme un jouisseur impénitent, un être dur et violent que les scrupules n’étouffaient pas. Il avait peu d’amis parmi les châtelains du pays qui se méfiaient de lui.
Ses démêlées avec la justice ne commencent pas avec la conjuration de 1718 : il était déjà menacé d’arrestation pour fraude sur le tabac !

Son implication dans l’action de l’Association Patriotique Bretonne, comme celle des autres nobles qui la composent, n’augure en rien d’une volonté de réforme de la société bretonne. Ils sont bien loin d’être des précurseurs dans ce siècle des Lumières qui commence.
Pontcallec et ses « amis » se révoltent contre un Etat qui rogne davantage chaque jour leurs privilèges, en particulier dans le domaine fiscal. A leur yeux et sur ce point là en particulier, le traité d’Union à la France est rompu et ils veulent revenir à la situation antérieur, l’usage de la force et de l’entente avec les puissances ennemies étant justfiés par la forfaiture royale. Le but de ces conjurés était d’orienter le produit de l’impôt vers leur propre gousset plutôt que vers les caisses des fermiers généraux.

Le marquis de Pontcallec n’était pas du côté de Jacquou le Croquant. Par contre, il aurait pu servir de modèle à Eugène Le Roy pour croquer le comte de Naussac.

La conjuration de l’association Patriotique n’a pas enflammé la province comme avait pu le faire la révolte des Bonnets Rouges. La grande noblesse s’est tenue à l’écart préférant les intrigues à la cour autour du roi et du régent. De même, le peuple n’a pas suivi et les quelques paysans enrôlés par Pontcallec pour défendre son château n’avaient guère le choix.

De la Villemarqué, dans ses notes autour de « Maro Pontkallek » fait du marquis un héro de l’autonomie bretonne, un des « fils de ces hommes qui au XVIème siècle prirent les armes pour affranchir leur pays de la souveraineté étrangère ». Ici encore la vérité historique oblige à dire que la renaissance de la nation bretonne était vraiment, pour Pontcallec, le cadet de ses soucis. A quelques exceptions près, la noblesse bretonne, comme partout ailleurs, a toujours été peu regardante sur la marque du ratelier pourvu que le fourrage soit abondant … pour elle. J’en veux comme preuve, dans le cas qui nous intéresse, que donner tout pouvoir à la monarchie espagnole sur le sol breton n’augurait rien de meilleur pour ce pays : il s’agissait toujours de prêter hommage à une puissance étrangère.

Remettons donc les choses à leur place : Pontcallec n’a pas perdu la tête pour son pays pas plus que pour « ses » pauvres paysans. Il a juste oublié que pour augmenter la part du gâteau ceux qui festoient aux frais des autres n’hésitent pas à supprimer quelques convives. Et ce jour là, l’ogre était royal et français …

Bibliographie sommaire :

* Arthur de la Borderie
La Bretagne aux temps modernes (1491-1789)
Rennes 1894.

* Henri Fréville
L’intendance de Bretagne (1689-1790)
Rennes 1953

* Joël Cornette
Histoire de la Bretagne et des Bretons
Paris 2005

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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2 réponses à “La conspiration de Pontkalleg, par Guy Gauthier [vidéo]”

  1. Breton dit :

    Qu’importe la rudesse de Pontkalleg, sa sédition envers la france en fait pour moi un héros sympathique :)

  2. Yann LeBleiz dit :

    Si on prend ce genre de critère, on serait bien étonné des héros existants dans d’autres pays….
    Comme l’histoire d’une pucelle venant de Lorraine et parlant français…! (Au 15ème siècle…)
    Les Bretons ne se prononcent pas sur cette Jeanne, que les Français en face de même avec l’histoire de Bretagne!
    Sacré eux, ils nous interdisent d’enseigner notre histoire à nos enfants tout en ne se gênant pas pour nous faire la leçon.
    Que les Français laissent l’histoire de Bretagne aux Bretons, et qu’ils baillaient devant leur porte car le roman de l’histoire de France en à bien besoin!

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