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Ce jeudi 5 novembre, les lecteurs du Monde ont découvert en ouvrant leur journal que la lutte des classes avait gagné la rue des Italiens. Dans un communiqué « inédit », les syndicats et des salariés du Groupe Le Monde (Le Monde, Télérama, Courrier international, La Vie, le HuffPost, les magazines de Malesherbes Publications) et du Nouvel Obs annoncent qu’ils sont « à nouveau en grève et dans la rue », à l’appel de l’intersyndicale nationale. La publication des sites et des journaux risque d’être ralentie.
Le prolétariat a donc trouvé de nouveaux bataillons : il écrit des éditoriaux, tient des chroniques culturelles et assure la veille des réseaux sociaux depuis des bureaux parisiens.
Une grève aux revendications très larges
Le texte, rédigé en écriture inclusive, ratisse large. Les grévistes réclament des augmentations de salaire tenant compte de l’inflation, ce qui est sans doute la revendication la plus concrète. Ils défendent aussi des services publics « à la hauteur des besoins sociaux et environnementaux » et apportent leur soutien à la mobilisation lycéenne et étudiante qui agite le pays depuis la rentrée. Ils réclament enfin l’arrêt de la « répression » et des « violences policières » envers « nos enfants ou nos concitoyen·ne·s », qui n’auraient eu d’autre tort que d’être dans la rue.
On se souvient pourtant qu’au tout début de ce mouvement lycéen, le 1er octobre, le lycée Nelson-Mandela de Nantes partait en fumée pendant un blocage, sous des tirs de mortiers d’artifice, avec 165 internes à l’intérieur. 3 élèves de l’établissement viennent d’être placés en garde à vue. La facture dépasse 4 millions d’euros, payés par les contribuables des Pays de la Loire. Ce détail n’a pas trouvé sa place dans le communiqué.
Les « officines » dans le viseur
La fin du texte en dit davantage que le reste. Les grévistes y annoncent que leur mobilisation servira aussi à rappeler les « véritables enjeux » du mouvement social, à l’opposé, écrivent-ils, des discours de « certaines officines » qui se réclameraient « fallacieusement du journalisme » pour alimenter « le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, la xénophobie et le climatoscepticisme ».
Aucune de ces « officines » n’est nommée, mais chacun aura compris qu’il s’agit des médias qui ne partagent pas la ligne éditoriale des grévistes : chaînes d’information, hebdomadaires de droite, sites indépendants. Le paradoxe est savoureux. Le même communiqué défend le « droit fondamental de manifester » et dénonce la répression, tout en contestant à d’autres journalistes le droit même de se dire journalistes. La liberté d’expression vaut pour soi, beaucoup moins pour les concurrents.
Des prolétaires bien entourés
Il faut rappeler le cadre dans lequel évoluent ces nouveaux damnés de la terre. Le groupe Le Monde est adossé à de grandes fortunes, au premier rang desquelles le milliardaire Xavier Niel, qui a placé ses parts dans une structure censée garantir l’indépendance du titre. Le Monde et ses titres frères figurent aussi, d’année en année, parmi les premiers bénéficiaires des aides publiques à la presse. Ce sont des millions d’euros versés par l’État, donc par le contribuable, y compris celui qui ne lit pas Le Monde et que Le Monde soupçonne volontiers de mal penser.
Les « officines » dénoncées, elles, ne touchent souvent pas un euro de ces aides et vivent du soutien direct de leurs lecteurs. Elles n’ont ni actionnaire milliardaire, ni intersyndicale, ni comité d’entreprise. Les journalistes de ces médias ne font jamais grève, pour une raison simple : si le site ne paraît pas, personne ne le fera à leur place.
Le droit de grève, pas le monopole du journalisme
Rien n’empêche les salariés du Monde et du Nouvel Obs de faire grève : c’est leur droit, et la question des salaires face à l’inflation touche tous les métiers, y compris le journalisme. Les lecteurs auront juste remarqué qu’une revendication salariale s’est transformée en tract politique, rédigé dans les colonnes d’un quotidien qui se présente comme le journal « de référence ». Ils remarqueront aussi qu’il désigne, sans les nommer, les confrères à bannir du débat public.
Ce jeudi, les sites du groupe tourneront peut-être au ralenti. Ceux des « officines », eux, publieront comme d’habitude.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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