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29/07/2015 – 07h00 Helsinki (Breizh-info.com) – Tandis qu’en France le gouvernement ne cesse de replâtrer un modèle social déficitaire et périmée, la Finlande se prépare à une grande avancée… pour des économies plus grandes encore. Le nouveau gouvernement centre-droit du pays s’apprête à tester le revenu de base dans les régions les plus touchées par le chômage.
Le projet prévoit le versement d’un revenu à tous les citoyens, sans distinction d’âge, de santé ou de circonstance sociale. Le montant est encore inconnu et doit faire l’objet d’un accord. Les écologistes militent pour 440€, l’alliance de gauche pour 620€ et les libéraux pour une fourchette entre 850 et 1000€. Ces derniers espèrent qu’un revenu de base suffisant pour vivre modestement permettrait de supprimer toutes les aides sociales existantes et les retraites versées par l’Etat. Ainsi, la fonction publique devrait être sévèrement réduite. Le pays, frappé de plein fouet par l’embargo russe sur les produits laitiers européens et le déclin des télécoms, pourrait faire d’importantes économies. Un objectif de rationalisation de l’aide publique qui fait du revenu de base une idée libérale, alors qu’il était plutôt soutenue jusqu’alors par la gauche altermondialiste.
Deux autres collectivités européennes se sont engagées aussi dans l’expérimentation à moins grande échelle que la Finlande. En Hollande, la ville d’Utrecht va tenter l’exercice avec des chômeurs déjà allocataires. Elle versera de 900€ (adulte seul) à 1300€ (pour un couple) pour évaluer les conséquences sociales de cette mesure. Selon le site français du Revenu de Base, une trentaine de municipalités hollandaises seraient prêtes à sauter le pas. Elles traiteraient en priorité les personnes déjà aidées , ce qui éviterait de mobiliser des fonds importants.
En France, c’est l’Aquitaine qui s’engage – timidement – sur ce chemin. Elle prévoit de financer une étude de faisabilité de la mise en place d’un « RSA inconditionnel » (514€ pour un adulte seul) en Gironde, Dordogne et Lot-et-Garonne. Ces trois départements de la région cumulent le plus de pauvreté urbaine.
Mais dans l’ensemble, le revenu de base fait peur à tous les partis français et surtout à gauche. Pêle-mêle, ses opposants dénoncent le fait qu’il encouragerait à ne pas chercher de travail. De même, il dégagerait les entreprises de leurs obligations sociales et encouragerait à baisser les salaires (comme l’existence des APL aurait poussé les loyers à la hausse). Ce serait une idée libérale qui risquerait de rogner les retraites et les aides sociales. Il serait très éloigné des idées économiques habituelles de la gauche telles que l’augmentation des impôts pour financer la redistribution sociale ou la baisse du temps de travail pour partager le travail disponible par plus de salariés.
Les partisans du revenu de base estiment, eux, qu’il réorganiserait efficacement l’aide sociale – caractérisée en France par une très grande variété d’aides publiques. Il devrait éradiquer la misère et promouvoir des activités qui ne sont pas salariées mais néanmoins nécessaires à la société. Comme le bénévolat ou l’engagement associatif. Comme en Finlande, mettre en place un revenu de base suffisant (plus de 1000€) peut permettre de remplacer toutes les autres aides sociales, donc les personnels administratifs qui s’en occupent et les prélèvements sociaux sur les entreprises qui vont avec. Le revenu de base peut aussi être un coup de pouce pour un entrepreneur qui se lance ou un journaliste indépendant. La presse se caractérise par une précarité croissante et des entreprises globalement déficitaires, qu’elles soient traditionnelles ou en ligne, qu’elles soient dans le système ou indépendantes.
Opter pour le revenu de base est surtout un choix de société majeur. Il fait le deuil de l’espoir de voir revenir la croissance et le plein-emploi. Alors que mécanisation (voire robotisation), hausse des coûts et délocalisations ont supprimé les grandes usines et les mines qui employaient jusqu’alors des milliers de personnes, et que ce sont des petites structures qui les ont remplacées, le plein-emploi paraît impossible.
Si l’avenir est celui d’un chômage de masse, alors il sera difficile de ne pas revoir toutes les aides sociales qui sont axées sur le retour à l’emploi, perçu comme norme.
Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.
2 réponses à “Revenu de base : la Finlande prête à l’expérimenter”
Le chômage ne cesse de gagner du terrain du fait de la robotisation désormais généralisée. Les Etats-Unis, dont l’économie connaît une croissance substantielle liée une fois encore à la disponibilité abondante d’énergie bon marché (c’est d’ailleurs dans cette disponibilité d’énergie à bon marché depuis 1850 que réside le »miracle américain » beaucoup plus que dans l’efficacité du modèle économique anglo-saxon, l’énergie étant beaucoup plus décisive que toute autre chose, y compris l’ingéniosité des ingénieux ingénieurs, comme l’a montré Jean-Marc Jancovici, le sympathique professeur de thermodynamique de l’école Polytechnique. Sans énergie à bon marché, le meilleur système économique et les meilleurs ingénieurs ne sont pas d’une réelle utilité), mais sans création d’emplois ! La capacité de destruction d’emplois du processus de robotisation et d’ informatisation est telle que les nouvelles activités, qui sont elles-mêmes immédiatement robotisées ou informatisées ne peuvent suppléer contrairement à ce qui a pu se passer dans le passé. Concernant la France, certains prospectivistes avancent le chiffre de 3 000 000 d’emplois supprimés d’ici 2025 de ce fait !
Face à une telle évolution, il va falloir inventer un nouveau modèle de répartition des richesses créées parce que le travail ne sera plus la clef de répartition qu’il a été. La richesse étant liée essentiellement à l’énergie, ce sont les agrégats qui ont la maîtrise de cette dernière qui seront en mesure de se tailler la part du lion au détriment des foules innombrables d’obscurs et de sans grade auxquels seront réservés le sort d’assistés bénéficiaires d’allocations misérables qui s’amenuiseront au fil du temps. La nécessaire révolution à venir passera par la maîtrise collective de l’énergie et de ses dividendes. Les projets d’allocation du type de celle qui est évoquée dans l’article ci-dessus vont proliférer dans les années qui viennent; ils permettent d’éluder provisoirement le problème de fond.
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