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De nombreux lecteurs ont sans doute déjà entendu parler de cette affaire. Ce papier a donc un double but : informer ceux qui ne l’étaient pas encore et apporter des éléments de réflexion sur l’origine de la fuite d’un document classifié, sur la pratique discutable des mensonges d’État et sur leurs conséquences parfois désastreuses.
Afin de prendre conscience de l’ampleur de ce fiasco, le lecteur pourra se reporter, pour les détails de l’enquête, à ce document ; et pour la liste et la cartographie de l’emploi au Yémen des armes de la coalition occidentale (US, UK, FR), et la copie du rapport classifié, à ce document là.
Alors que nos ministres des Affaires étrangères et des Armées ne cessent de clamer, devant la représentation nationale et devant les journalistes, que les armes françaises vendues aux Saoudiens et aux Émiratis n’ont qu’une vocation défensive et n’ont jamais été utilisées pour agresser le Yémen et provoquer la mort de ses ressortissants, un rapport classifié Confidentiel Défense – Spécial France semble bien dire le contraire pour certaines de ces armes. Ce document, établi par la direction du renseignement militaire (DRM), a été présenté au Président et aux deux ministres concernés le 3 octobre 2018 à un conseil de défense restreint consacré au Yémen. Ces personnages ne peuvent donc pas prétendre en ignorer le contenu, à moins qu’ils aient dormi pendant la présentation du rapport, ce qui n’est pas exclu…
« Yémen mensonge d’État »
Un résumé de cette enquête a été repris par de nombreux médias institutionnels et de très nombreux sites de ré-information français et étrangers. Il suffit de taper sur Google : « Yémen mensonge d’État » et on trouve plusieurs douzaines de liens vers tous ces médias.
La mise au jour de cette affaire de fuite qui a fait l’objet d’une plainte du ministère des Armées et d’une enquête, toujours en cours, incite à se poser deux questions.
1ère question : Quid de la crédibilité de la parole de nos ministres tant en France que sur la scène internationale lorsque deux d’entre eux, et non des moindres, se font prendre, comme des gamins, les doigts dans le pot de confiture ? À chacun de se faire son idée. L’agence russe Sputnik a beau jeu de dénoncer les mensonges de Paris, en se fondant sur des sources françaises…
2ème question : Qui a donné ce document classifié Confidentiel Défense – Spécial France aux journalistes d’investigation et pourquoi ?
Un lanceur d’alerte français ayant eu à traiter du dossier au sein de la DRM et qui aurait été choqué par les mensonges répétés de nos politiques et leurs conséquences meurtrières sur le terrain ? Possible mais peu probable. Les personnels en charge du dossier sont évidemment les premiers soupçonnés lors d’une enquête et la prison est au bout du chemin.
Une imprudence dans la transmission de ce dossier qui aurait pu transiter entre deux correspondants par des voies non sécurisées (Internet par exemple) ou séjourner sur un ordinateur personnel insuffisamment sécurisé ? Hypothèse parfaitement envisageable. Après tout, Hillary Clinton, secrétaire d’État US à l’époque, a bien été victime de hackers qui ont récupéré quelques 2 500 mails et documents classifiés sur son ordinateur personnel et nous savons, depuis les révélations de Snowden, que nos dirigeants sont particulièrement « écoutés » et leurs échanges de toute nature « surveillés » par les puissances étrangères qui en ont les capacités technologiques. Nous savons aussi que ces autorités « pressées » ne prennent pas toujours les précautions nécessaires à la protection des documents parce qu’elles n’ont jamais eu de véritable formation pour le faire systématiquement.
Une taupe ?
Une taupe, civile ou militaire, ayant assisté au conseil de défense sur le Yémen, qui voudrait rétablir la vérité ou plus simplement porter atteinte à tel ou tel membre de l’exécutif ? En politique, tout est possible et les fuites sont monnaie courante au plus haut niveau de l’État…
À chacun de se faire sa propre idée sur l’origine de cette fuite. Peut-être en saurons nous plus après l’audition, le 14 mai, prochain des trois journalistes impliqués dans la divulgation du document.
Cette affaire devrait apporter deux leçons à certains :
1 – À ceux qui crient au complotisme à chaque fois que la parole de l’État et de l’exécutif est mise en doute, il y a là, j’espère, matière à nuancer leurs jugements, hélas toujours bien péremptoires…
2 – À ceux qui ne savaient pas ce qu’est un document classifié DRM, il y a là un bel exemple de rapport de ce type, dont le contenu, précis et circonstancié, n’a rien à voir avec les vrais « faux documents » plutôt vagues et fumeux présentés par notre exécutif en septembre 2013 et avril 2017 comme « preuve ??? » de l’implication de l’armée syrienne dans des attaques au gaz, à seule fin de justifier des frappes illégales. Les ministres imitateurs français de Colin Powell et de sa poudre de perlimpinpin et les communicants des ministères des Armées et des Affaires étrangères ont beaucoup de progrès à faire avant de pouvoir concocter de vrais « faux rapports de renseignement » ayant un semblant de crédibilité…
Général (2s) Dominique DELAWARDE
Crédit photo : DR
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