Morbihan

Le Conseil départemental du Morbihan, présidé par François Goulard, a voté un don d’un million d’euros pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. 40 associations assurant la défense et la promotion du breton ont cosigné une lettre ouverte pour protester contre ce montant tandis que notre langue manque de moyens pour sa survie.

Le Morbihan veut financer Paris

En Bretagne, le président du Conseil régional Loïg Chesnais-Girard escomptait, fut un temps, de faire contribuer financièrement sa collectivité à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris à la suite de l’incendie qui l’a en partie détruite. Si l’idée avait alors suscité des critiques justifiées en Bretagne, la Région Bretagne s’est finalement ravisée il y a quelques jours et, plutôt que de donner de l’argent, elle a choisi d’investir dans un plan de formation aux métiers d’art. Ceci afin de permettre aux entreprises bretonnes d’être compétitives sur certaines tâches de reconstruction à venir concernant Notre-Dame. L’enveloppe débloquée pour mettre en œuvre ces moyens est d’un million d’euros sur trois ans.

Dans un autre style plus entêté, le Conseil départemental du Morbihan, aux mains de François Goulard, a voté le 21 juin dernier un don d’un million d’euros pour la reconstruction de la cathédrale parisienne. Si la somme a été jugée comme « disproportionnée » par l’opposition départementale, elle a tout de même été approuvée par la majorité des conseillers.

Pour se défendre face aux critiques, François Goulard a eu recours à une rhétorique maladroite. Jugez-en plutôt :

« Nous serions un département financièrement aux abois, je pourrais comprendre la critique d’attribuer de l’argent à d’autres missions que celles qui sont les nôtres. Ce n’est pas le cas. » Et le président du Conseil départemental d’ajouter : « La somme n’est pas démesurée […] Ce n’est pas une décision politique, mais de l’ordre du sentiment, de la conception que l’on a de son pays ».

François Goulard : des sentiments pour Notre-Dame, et pour le breton ?

Seulement voilà, si François Goulard considère que « son » département ne connaît pas de difficultés financières (avec un budget 2019 s’élevant à 721,14 millions d’euros) et peut donc se permettre ce genre de cadeau « sentimental », les défenseurs de la langue bretonne ne voient pas les choses sous le même angle.

Tandis qu’une conférence territoriale sur l’avenir de la langue bretonne doit se tenir à Rennes le 28 juin en réunissant des élus de la région Bretagne, des 5 départements bretons, des élus des communautés de communes et d’agglomération (EPCI), et des associations de collectivités, 40 associations viennent d’adresser une lettre ouverte à ces élus. Un courrier qui explique l’état d’urgence et les inquiétudes de ces sentinelles du breton concernant le manque de moyens financiers. Les associations en appellent à un engagement significatif des collectivités publiques territoriales de Bretagne.

Sur la situation actuelle de la langue bretonne :

Voici reproduite ci-dessous la lettre ouverte en question, destinée aux élus de la Région Bretagne, aux élus des 5 départements bretons et des collectivités territoriales de Bretagne.

De l’argent pour la reconstruction de Notre Dame de Paris….
Et pour la langue bretonne ?

Le 13 décembre 2018 nous avions attiré l’attention de la Région sur l’état de la langue bretonne à la suite de la publication des résultats de l’enquête socio-linguistique menée durant l’été 2018. Depuis nous n’avons constaté aucune amélioration et avons été très déçus de voir que le budget régional consacré à la langue bretonne serait simplement maintenu en 2019. L’annonce de
la mobilisation d’autres lignes budgétaires de la région est, pour l’instant, restée sans effet.

Nous avons été très étonnés d’apprendre qu’il serait proposé à l’assemblée régionale de voter une aide à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. D’autres collectivités bretonnes ont manifesté la même intention et le département du Morbihan vient de passer à l’acte en votant ce vendredi une dotation d’un million d’euros. Pourtant, il nous est régulièrement affirmé que le budget régional ou celui des collectivités ne permet pas d’abonder plus pour notre patrimoine, immatériel certes, mais ô combien important. Il y a assurément des choix à faire alors même que nous sommes désormais dans une urgence absolue pour la survie de la langue bretonne.

Ainsi, nous attendons beaucoup de la conférence territoriale de la langue bretonne prévue ce vendredi 28 juin 2019. Il est crucial pour nous que l’ensemble des collectivités bretonnes comme la Région participent au sauvetage de la langue bretonne, notre bien commun.

Les propos scandaleux du ministre de l’Éducation Nationale relatifs à l’enseignement par immersion reflètent la position intransigeante de l’État concernant les langues minorisées. Il est donc indispensable que les élus de Bretagne démontrent enfin leur intérêt pour la langue bretonne par des faits, en votant des budgets conséquents. Afin que les représentants de l’État ne puissent plus se permettre d’émettre de telles inepties…. Et que l’éducation en breton ait enfin les mêmes droits que l’éducation unilingue française.

L’inquiétude est palpable au sein de nombreuses structures qui œuvrent depuis des décennies pour certaines à la survie et à la transmission du breton souvent avec des moyens dérisoires. Nous en sommes à un point où il n’est plus possible d’avancer sans d’avantage de soutien. La nécessité de licencier est de plus en plus présente dans certaines structures associatives, ce qui est un comble au regard du travail colossal à accomplir.

Pourtant, la motivation est toujours là pour travailler à maintenir notre langue en vie, à lui redonner une place de langue sociétale à la fin de ce siècle, mais nous n’y parviendrons qu’avec une réelle politique linguistique volontariste et ambitieuse et les moyens financiers indispensables à celle-ci.

Les signataires : Ai’ta!, Ar Falz, Ar Redadeg, Arvorig FM, Bak e brezhoneg, Bannoù-Heol, Bod Kelenn, Brezhoneg war-raok Bro Roazhon, Brezhoneg e Brest, Brezhoneg e Gwened, C’hoariva, DAO, DIWAN, Drouizig, Emglev Bro An Oriant, Emglev Bro Karaez, Fédération de Gouren Breizh, Keit vimp Bev, Kelenn, Kelennomp !, Kenstroll Brezhoneg Bro Roazhon, Kevre Breizh, KLT, KPB ALBP, Mervent, Mignoned ar Brezhoneg, Radio Bro Gwened, Raok- Brezhoneg e Kreiz Breizh, Roudour, Sked, Skol an Emsav, Stumdi, Ti ar Vro Leon, Ti ar vro Treger-Goueloù, UBAPAR, Yezhoù ha Sevenadur

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

1 COMMENTAIRE

Comments are closed.