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Dans une tribune intitulée « la dictature des fantasmes », le président de la FDSEA 35 se paye le maire de Langouët, Daniel Cueff, convoqué jeudi au tribunal administratif de Rennes en raison de son arrêté anti-pesticides pris dans sa commune. Nous reproduisons, dans un soucis de débat, la tribune de Cédric Henry.
La dictature des fantasmes
Langouet est devenu depuis quelques temps le symbole d’une résistance et d’une opposition citoyenne à l’utilisation des produits phytosanitaires. Comme Sivens en son temps ou notre Dame des Landes sur d’autres sujets.
Ces mouvements contestataires peuvent être utiles et ont parfois le mérite de faire avancer les débats sur des questions de société, des questions primordiales qui nous touchent tous, comme la santé, la biodiversité, la ressources en eau ou la qualité de l’air.
Pour autant, je ne peux pas admettre ce qui se passe à Langouet. Nous sommes face à un maire qui outrepasse ses droits. A quel titre, un maire pourrait-il se substituer à un ministre ? La préfète a eu raison de demander le retrait de cet arrêté. Accepter de telles pratiques reviendrait à ouvrir la boite de pandore, ce serait le retour des barons locaux et du règne des seigneurs sur leurs serfs.
En voulant interdire les produits phytosanitaires, on fait croire au citoyen français que la production agricole nationale peut être entièrement bio. Pensez-vous que tous les ménages sont prêts aujourd’hui à manger 100% bio et français, qui en aurait vraiment les moyens ? Qui a fait aujourd’hui la démonstration que nous pourrions maitriser nos productions végétales sans aucun produit de synthèse à grande échelle ? Qui a fait cette démonstration en intégrant les coûts de production et la pénurie de main d’œuvre ? Personne. La question de l’utilisation des produits phytosanitaires, comme d’autres d’ailleurs (bien-être animal, contribution de l’agriculture à l’effet de serre, les OGM…), nécessite davantage de réflexion, d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle.
Imaginez-vous demain un maire prenant un arrêté qui interdit à ses administrés la consommation de médicaments et de contraceptifs au prétexte que des perturbateurs endocriniens se retrouvent dans l’eau du robinet. Même si le prétexte est fondé, la mesure est inappropriée et inacceptable.
Et un autre maire qui prend un arrêté interdisant l’épandage de boues de station d’épuration sur sa commune au prétexte qu’elles contiennent des métaux lourds. Là encore, le prétexte est fondé, mais la mesure inappropriée. Que ferait-on des montagnes de boues que les villes et les métropoles envoient vers nos campagnes ?
Nous sommes dans une dictature permanente des fantasmes, dans une course à l’échalote pour savoir qui va laver plus blanc que blanc. Qui sera le plus exemplaire, le plus vert ? La profession agricole propose des solutions, des compromis, des avancées mais ce n’est jamais assez. Nous travaillons avec du vivant, avec le climat, nous prenons des risques pour nourrir des millions de consommateurs. Nous devrions avoir le soutien et l’admiration de tous les élus, sans exception. Au lieu de cela, certains élus cultivent l’exclusion, la stigmatisation en faisant rêver leurs électeurs. Ils promettent la lune, font la promotion de fantasmes et cultivent la peur.
Je suis d’accord pour que nous, les professionnels, la recherche, les industriels, les consommateurs, les citoyens et les élus, nous unissions nos intelligences, nos expériences, nos connaissances du terrain pour imaginer et tester de nouvelles solutions qui répondent aux attentes citoyennes tout en garantissant notre revenu. C’est le principe du « contrat de solutions » imaginé par notre syndicat. Mais je m’opposerai toujours fermement aux injonctions autoritaires et racoleuses d’élus qui dressent leur population contre des paysans qui ont choisi de pratiquer une agriculture conventionnelle et raisonnée.
Cédric HENRY – Président de la FDSEA35

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