Cinéma. 1917, ou l’odyssée d’une âme

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À moins d’avoir passé les dernières semaines isolé dans une cagna perdue au milieu des tranchées, le lecteur de ces lignes connaît sans doute par cœur l’intrigue de ce film événement qu’est 1917. Le caporal Blake doit remettre un contre-ordre d’attaque aux Devons – où son frère est lieutenant – et, pour ce faire, franchir 10 miles de no man’s lands, de villages décimés et de plaines désolées afin de parer à l’hécatombe programmée.

Si le nouveau film de Sam Mendes s’inscrit dans un genre bien balisé, illustré par les chefs-d’œuvre que sont Cote 465 (Anthony Mann, 1957) ou La 317e Section (Pierre Schoendoerffer, 1963), il le renouvelle notablement grâce au procédé du plan séquence à caractère hautement immersif. Ledit dispositif n’est pas non plus une révolution, puisque Hitchcock s’y était déjà essayé avec La Corde, en 1948. Il y a dix ans, Bela Tarr, avec Les Harmonies Werckmeister ou Le Cheval de Turin s’astreignait à reproduire l’expérience de la durée, en filmant en temps continu (plus de vingt minutes) le parcours difficile de chemineaux hongrois sur des sentiers de campagne. Plus récemment, des films comme Birdman (Alejandro Inarritu, 2015) ou Victoria (Sebastian Schripper, 2015) se sont affrontés au défi technique d’une coalescence entre l’espace et le temps, en donnant l’illusion de la durée réelle et des trois unités de lieu, de temps et d’action que constitue toute bonne tragédie.

Le principal intérêt de 1917 est de jouer de toutes les ressources offertes par le cinéma (grand écran, profondeur de champ, amplification des sons) pour plonger le spectateur dans la réalité vériste de l’univers des tranchées et de l’âpreté horrifique de la guerre, sans ostentation ni complaisance – à peine quelques moments font-ils regretter l’absence de manette de jeu – pour un parcours initiatique qui n’est pas non plus sans rappeler les tribulations de Leonardo DiCaprio dans The Revenant (Inarritu, 2016). Sam Mendes convoque aussi les références à L’Enfer de La Divine Comédie, aux tableaux de Jerôme Bosch ou à certains tableaux de William… Blake pour ces pérégrinations ordaliques, ordonnées autour des quatre éléments (la terre artésienne, le feu de la grange, la rivière près d’Ecoust ou les pétales des cerisiers flottant innocemment dans l’air d’avril), avant une éphémère (?) réconciliation avec le Tout.

1917 n’est pas seulement un précipité d’images reproduisant l’expérience physique de la guerre et de ses épreuves, elle est aussi, et surtout, l’odyssée d’une âme, dont le cantique chanté avant l’assaut, au petit matin, transit et sublime les maux.

Sévérac

1917, un film de Sam Mendes, avec George MacKay, Dean-Charles Chapman

Crédit photo : DR
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