Le 1er juillet, la responsable de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, et la commissaire à l’Élargissement, Marta Kos, se sont rendus en Turquie. L’objectif était de rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.
« La Turquie est un partenaire clé en matière de sécurité, de migration et d’énergie, ainsi qu’un pays candidat à l’adhésion à l’UE », a publié Kallas sur X après avoir rencontré Erdoğan, ajoutant que le pays « apporte une contribution significative à la protection du flanc oriental de l’OTAN ».
Europeanconservative.com s’est entretenu avec Emmanouil Koulas, chef de cabinet de la députée européenne grecque Afroditi Latinopoulou et membre du conseil d’administration de la fondation Patriots for Europe, au sujet de la position de Bruxelles vis-à-vis de la Turquie, de la politique étrangère expansionniste d’Erdoğan et de l’impact des migrations massives sur l’Europe. Traduction par nos soins.
Comment évaluez-vous la récente visite de Mme Kallas en Turquie et ses déclarations concernant le régime d’Erdoğan ?
Il s’agissait d’une visite de courtoisie auprès d’un homme fort. Les responsables l’ont qualifiée de « réunion géante », comme si l’ampleur de l’événement était le plus important ; or, ce qui importe vraiment, c’est que Mme Kallas ait choisi de faire l’éloge du régime d’Erdoğan quelques jours après qu’Ankara eut purement et simplement interdit les manifestations et arrêté les dissidents à la veille du sommet de l’OTAN. Elle a qualifié la Turquie de pays « apportant une contribution significative à la protection du flanc oriental de l’OTAN ». Très bien. C’est aussi un pays dont le président emprisonne des journalistes à un rythme qui le place parmi les pires contrevenants au monde, criminalise toute critique à son égard et dirige un système judiciaire qui rend des comptes au palais plutôt qu’à la Constitution. On ne mérite pas d’éloges pour avoir protégé une frontière tout en dirigeant un État policier derrière celle-ci. Kallas n’avait pas besoin de flatter Erdoğan pour évoquer des intérêts communs. Elle a choisi de le faire. Ce choix montre clairement aux électeurs grecs et chypriotes où nous nous situons exactement sur la liste des priorités de Bruxelles : quelque part en dessous des accords sur les gazoducs et des séances photo de l’OTAN.
La République de Chypre est le seul et unique État membre de l’UE dont le territoire est occupé militairement par une entité étrangère, la Turquie. D’après vos observations à Bruxelles, pourquoi l’UE ignore-t-elle l’occupation de Chypre par la Turquie ?
La Turquie a envahi un pays européen souverain en 1974 et ne l’a jamais quitté. Trente-six pour cent de Chypre, État membre de l’UE, se trouve sous le joug des chars turcs et d’une administration fantoche que nul autre pays au monde ne reconnaît, à l’exception de la Turquie. Il ne s’agit pas d’un « conflit gelé ». Il s’agit d’une occupation militaire active qui en est à sa sixième décennie et qui est menée par le même gouvernement qui demande aujourd’hui à Bruxelles le statut de candidat à l’adhésion à l’UE. Ankara passe depuis des décennies à faire venir des colons pour modifier la composition démographique du nord, à dépouiller les familles chypriotes grecques des biens dont elles sont toujours légalement propriétaires, et à utiliser Varosha comme monnaie d’échange qu’elle brandit au gré de ses humeurs. Faites cela à un pays hors de l’UE et tout le monde qualifie cela d’acte de guerre. Mais comme il s’agit de Chypre, et que la Turquie joue la carte de l’OTAN et celle de l’immigration clandestine, Bruxelles classe plutôt cette affaire sous la rubrique « la question chypriote » et passe au point suivant de l’ordre du jour. C’est de la lâcheté déguisée en costume de diplomate.
La Turquie revendique les eaux territoriales de la Grèce par le biais de son idéologie de la « patrie bleue » (Mavi Vatan). Pourquoi pensez-vous que Bruxelles tente d’apaiser le gouvernement turc ?
Mavi Vatan n’est pas de la diplomatie. C’est une carte sur laquelle nos îles sont déjà colorées en tant que futur territoire turc, enseignée dans les académies navales turques comme une doctrine, et non comme une théorie. Il s’agit d’un État qui répète l’annexion de terres que ses voisins détiennent depuis des millénaires et qui qualifie cela de « relations de bon voisinage ». Des avions de chasse turcs pénètrent dans l’espace aérien grec presque chaque semaine. Des navires de reconnaissance et de guerre turcs testent notre plateau continental chaque fois qu’Ankara souhaite envoyer un message.
À chaque fois, le message est transmis, puis disparaît du cycle de l’actualité. Il s’agit d’une campagne de pression délibérée et soutenue contre un allié de l’OTAN et un État membre de l’UE. Ce ne sont pas de simples gesticulations. Bruxelles reste silencieuse car Ankara détient deux leviers sur l’Europe : un robinet de migration illégale qu’elle peut ouvrir ou fermer à sa guise, et un siège sur le flanc sud de l’OTAN que personne ne veut perdre. La souveraineté grecque devient ainsi un coût acceptable pour gérer le tempérament d’Erdoğan. Ce n’est pas acceptable. Le fait de présenter cela comme un geste de bon voisinage et une question bilatérale n’y change rien.
La députée européenne Latinopoulou milite activement pour la reconnaissance internationale du génocide des Grecs pontiques perpétré par la Turquie entre 1914 et 1923. Elle a déposé des résolutions au Parlement européen, exigeant que tous les États membres de l’UE reconnaissent officiellement les 353 000 vies perdues dans la région du Pont et instituent une Journée européenne du souvenir. Comment le Parlement européen a-t-il réagi jusqu’à présent ?
Lentement, et de manière délibérée.
Je suis Grecque pontique, descendante de survivants du génocide. Pour moi, c’est une affaire personnelle depuis le jour où j’ai atterri à Bruxelles, et pas seulement une ligne politique figurant dans une note d’information. Afroditi a déposé une résolution sur le génocide des Grecs pontiques au Parlement européen presque chaque année depuis son entrée en fonction. Elle arrive sur son bureau chaque 19 mai par l’intermédiaire de la commission des affaires étrangères (AFET) : c’est elle qui décide si cette résolution mérite ne serait-ce qu’un vote. À chaque fois, l’AFET la met discrètement de côté. Elle n’est pas jugée suffisamment importante pour être inscrite à l’ordre du jour et expire tout simplement sans qu’un seul député européen ne se soit jamais prononcé officiellement. C’est là toute l’astuce. Il n’est pas nécessaire de rejeter une résolution sur un génocide si l’on s’assure qu’elle ne fasse jamais l’objet d’un vote. L’UE a reconnu le génocide arménien il y a longtemps, à juste titre. Pourtant, le massacre de 353 000 Grecs pontiques, perpétré par le même régime turc, au cours des mêmes années, est enterré en commission, simplement parce qu’Ankara s’opposerait à toute autre mesure. J’ai travaillé sur des projets commémoratifs avec des conseillers de toute l’Europe pour que cette histoire reste vivante malgré tout. Ce travail est important pour les descendants du Pont qui ont reconstruit leur vie à Thessalonique et dans tout le nord de la Grèce. Nous continuerons à déposer cette résolution chaque année jusqu’à ce que l’AFET soit à court d’excuses.
Quelles sont les autres questions que vous (et Mme Lationopolou) avez soulevées au sein du Parlement européen ?
Il y a une constante dans ce que Bruxelles ignore : en général, tout ce qui ne dispose pas d’une tribune suffisamment puissante. Nous avons plaidé en faveur d’un soutien concret (et pas seulement de déclarations) pour les États de première ligne comme la Grèce et l’Italie, qui absorbent la première vague de migration illégale et se retrouvent seuls à en assumer les risques. Nous avons dénoncé la persécution des communautés chrétiennes, chassées jusqu’à leur disparition en Syrie, au Nigeria et dans l’est du Congo. Pendant ce temps, les institutions européennes restent étrangement silencieuses chaque fois que les victimes de violences religieuses sont chrétiennes. Plus près de chez nous, des navires de pêche turcs opèrent dans les eaux territoriales grecques comme si la frontière maritime n’existait pas. Personne à Bruxelles ne considère cela comme la violation de souveraineté que c’est. Concernant le rapport d’adhésion de l’Albanie à l’UE, nous avons fait adopter trois amendements protégeant la minorité grecque de l’Épire du Nord, portant sur les droits de propriété, l’éducation dans leur propre langue et la représentation politique. Cela s’est produit au sein d’un pays qui demande à l’Europe d’accélérer son adhésion. Rien de tout cela ne fait la une des journaux. Nous continuons néanmoins à en parler.
La Grèce est confrontée à une grave crise migratoire de grande ampleur. Au cours des trois dernières années (2023-2025), plus de 150 000 personnes ont été recensées comme étant entrées illégalement en Grèce. Que faut-il faire pour mettre fin à cette crise et protéger les frontières de la Grèce ?
Premièrement, la sécurité aux frontières n’est pas facultative. Cela implique d’achever et de renforcer la barrière de l’Evros en Grèce, de mettre en place une surveillance en temps réel et de déployer Frontex avec de réels pouvoirs d’exécution, et non pas seulement des drones de surveillance qui filment les bateaux à l’arrivée.
Deuxièmement, la Grèce doit appliquer de manière rigoureuse le nouveau règlement européen sur les retours : traitement accéléré des dossiers, retours vers des pays tiers sûrs, tolérance zéro envers les procédures d’asile utilisées comme porte dérobée.
Troisièmement (c’est là que se situe l’essentiel de mon travail), la sécurité doit s’étendre à nos villes. La politique frontalière n’a guère de sens si la criminalité urbaine liée à l’immigration clandestine continue d’augmenter sans contrôle dans des quartiers où les gens sont censés se sentir en sécurité. Bruxelles a besoin d’une pression venant de la base, pas de promesses venant d’en haut. La Grèce a absorbé plus que sa part au cours de la dernière décennie. Protéger nos frontières, c’est protéger nos citoyens. Il n’y a pas lieu de s’excuser de le dire.
Vous vivez à Bruxelles depuis 2024. Selon les informations parues dans la presse, les Belges de souche ne constituent plus la majorité dans la capitale de l’Union européenne. L’exécutif européen a-t-il déjà exprimé des inquiétudes concernant ce phénomène ? Pensez-vous que ce soit là le « sort » qui attend d’autres capitales européennes ?
Bruxelles n’a jamais exprimé d’inquiétude : l’admettre reviendrait à reconnaître que des décennies de migration illégale et de politique d’« intégration » ont échoué. Les chiffres eux-mêmes ne sont pas contestés puisqu’ils proviennent de l’office statistique belge : seuls 22 % des habitants de Bruxelles sont d’origine entièrement belge. Le souligner n’est pas de l’extrémisme, c’est de l’arithmétique. Je vis cette réalité en tant qu’étranger dans cette ville, je sais donc reconnaître l’intégration lorsqu’elle fonctionne réellement. Le problème ici, c’est l’ampleur du phénomène, qui dépasse les capacités d’assimilation. Est-ce là le sort qui attend d’autres capitales ? Sans changement de cap, la réponse est oui. C’est pourquoi il est crucial de se battre maintenant, et non pas une fois que les chiffres seront figés. Athènes et Thessalonique n’en sont pas encore là. J’ai l’intention de faire en sorte que cela reste ainsi en faisant pression pour que soient appliquées ces normes de sécurité aux frontières et d’intégration que Bruxelles refuse de s’imposer à elle-même.
Rupert Lowe, un homme politique britannique député de Great Yarmouth depuis 2024 et chef du parti Restore Britain, a publié le rapport d’enquête sur les gangs de violeurs. Il s’agit d’un rapport indépendant, rédigé sous la direction de survivantes, sur le scandale des gangs de violeurs en Grande-Bretagne. Ce rapport de 219 pages révèle qu’au moins 250 000 jeunes filles au Royaume-Uni ont été manipulées et violées, principalement par des hommes pakistanais de confession musulmane. Comment l’exécutif européen a-t-il réagi à ce rapport ?
Cela devrait être un signal d’alarme pour l’ensemble du continent, et pas seulement pour la Grande-Bretagne. L’enquête de Lowe inclut des témoignages de survivantes couvrant 149 collectivités locales, démontrant des décennies d’exploitation sexuelle organisée d’enfants que les autorités ont étouffées par crainte d’être taxées de racisme. Ce n’est pas une théorie du complot. C’est de la lâcheté institutionnelle qui va dans le sens d’enquêtes officielles antérieures, comme celle de Rotherham. Nous disposons désormais d’un contexte plus complet. Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point ce schéma est familier. Des discours protégés au lieu des enfants, génération après génération. Ce n’est pas non plus une histoire uniquement britannique. Le même réflexe ne cesse de se répéter à travers l’Europe. Si les institutions de l’UE faisaient preuve ne serait-ce que d’une fraction de l’urgence qu’elles réservent à d’autres causes, cette question figurerait déjà en tête de l’ordre du jour à Strasbourg. Au lieu de cela : le silence. Tous les parents, à Thessalonique, à Rotherham, dans n’importe quelle ville européenne, méritent des autorités qui protègent les enfants avant de protéger les réputations. Cela ne devrait pas prêter à controverse.
Récemment, des députés européens conservateurs ont célébré un vote visant à accroître les expulsions dans toute l’UE en scandant «renvoyez-les», tandis que les législateurs de gauche ont répondu par des cris de « honte à vous ! »
Selon vous, quels sont certains des facteurs idéologiques ou psychologiques qui poussent les députés européens de gauche à vouloir que ces migrants en situation irrégulière restent en Europe et continuent de représenter une menace pour la sécurité des autochtones et des résidents en situation régulière ?
L’idéologie l’emporte sur la réalité. Des décennies d’utopisme post-national ont convaincu une partie de la gauche européenne que le contrôle des frontières (même à l’encontre de personnes ayant commis des crimes violents) s’apparente à une trahison de principes plutôt qu’à une question de sécurité publique fondamentale. Il y a aussi une question de calcul électoral. Certains blocs électoraux sont politiquement indispensables à des partis spécifiques, et s’attaquer à la criminalité au sein de ces communautés risque de compromettre ce soutien. Il existe également un réflexe de culpabilité hérité, transposé et projeté sur la politique migratoire, comme si faire respecter la loi revenait à répéter une injustice historique. Il en résulte des dirigeants qui défendront le principe abstrait des frontières ouvertes avec plus de férocité qu’ils ne défendront la sécurité de leurs propres citoyens.
Les gens remarquent cette contradiction. C’est en grande partie pour cela que le soutien aux partis prêts à dire « ça suffit » ne cesse de croître, élection après élection, ville après ville.
Dans quelle mesure l’exécutif européen est-il à l’écoute des besoins ou des préoccupations des gouvernements nationaux européens ? Pensez-vous que l’UE, en général, représente les intérêts et les attentes des peuples européens ?
À peine, et c’est la version polie. Les gouvernements nationaux ne cessent d’être contournés ou mis en minorité par une Commission qui considère la subsidiarité comme facultative. Regardez comment les manifestations des agriculteurs ont été gérées à travers le continent, ou comment la politique migratoire a été élaborée dans les couloirs de Bruxelles bien avant que les parlements nationaux n’aient pu procéder à un véritable vote. L’UE était censée être une coopération volontaire entre nations souveraines, et non un organisme supranational imposant ses décisions d’en haut. Les citoyens ressentent ce décalage. La confiance dans les institutions européennes est au plus bas sur tout le continent. Ce n’est pas sans raison. Lorsque les électeurs optent pour un renforcement des frontières dans leur pays et que Bruxelles contourne discrètement cette volonté, c’est de la démocratie dirigée, pas de la représentation. Je ne me suis pas lancé dans ce travail pour gérer avec élégance le déclin. Je m’y suis engagé parce que quelqu’un doit continuer à insister pour que Bruxelles rende des comptes aux citoyens, et non l’inverse.
Pensez-vous que l’UE ait besoin d’une réforme ou d’un changement institutionnel ?
Oui, et pas d’une réforme de façade. Une véritable réforme structurelle. L’UE devrait fonctionner comme une Europe de nations souveraines coopérant en matière de commerce, de sécurité et de problèmes communs, et non comme un projet fédéraliste centralisant discrètement le pouvoir à Bruxelles tout en prétendant le contraire. Cela implique de préserver les droits de veto nationaux, notamment en matière d’immigration clandestine et de politique étrangère. Cela implique également une subsidiarité qui ait réellement un sens, au lieu d’être un simple mot utilisé comme une décoration, ainsi que la fin des organes non élus qui réécrivent discrètement la démographie et la politique de sécurité des États membres sans véritable consentement. J’ai passé suffisamment de temps au sein de ces institutions pour constater à quel point la prise de décision s’est éloignée des personnes qui subissent les conséquences. La réforme passe également par la responsabilité. Lorsqu’une décision d’un commissaire ruine un secteur agricole ou inonde une région frontalière, quelqu’un doit en répondre au lieu de se cacher derrière le consensus d’une commission. Partout en Europe, des patriotes construisent cette alternative, pays par pays, et celle-ci gagne du terrain car les citoyens en ont assez d’être gouvernés par des personnes qu’ils n’ont jamais élues.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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