Beaucoup de musulmans étrangers vivant en France votent islamiste

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La France compte la plus importante communauté musulmane d’Europe. Cette caractéristique ne fait que se renforcer, compte tenu du nombre de titres de séjour délivrés à des étrangers issus de pays du Maghreb.
Une analyse du vote des ressortissants tunisiens et turcs présents en France fait ressortir que nombre d’entre eux portent leurs suffrages sur des partis islamistes. Voilà qui devrait amener à s’interroger les « progressistes » qui portent de grands espoirs dans le processus d’acculturation en France.

L’importance de la communauté musulmane en France

La France compte la communauté musulmane la plus importante d’Europe (1). Plusieurs indicateurs témoignent du caractère croissant de cette situation. Une étude de l’INSEE réalisée en 2019 montre une très forte progression du nombre de prénoms arabo-musulmans attribués aux nouveau-nés dans notre pays, qui s’élèverait actuellement à 21 % (2). Le Maroc (19 %), l’Algérie (17 %) et la Tunisie sont les principaux pays d’origine des bénéficiaires des premiers titres de séjour délivrés en 2018 (3). On retrouve ces nationalités en tête pour les naturalisations : le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont les trois premiers pays d’origine des étrangers ayant été naturalisés Français, « avec une grande stabilité d’une année à l’autre », comme le soulignait récemment la Cour des comptes (4).

Le vote des ressortissants de pays de culture musulmane présents en France peut apporter un éclairage intéressant sur l’orientation politico-religieuse d’une partie d’entre eux.

Kais Saied plébiscité par la communauté tunisienne en France

En septembre 2018 avait lieu l’élection présidentielle en Tunisie. Un universitaire de 62 ans, Kais Saied, a été élu président au second tour. Ses prises de position ont le mérite de la clarté.

Il s’est déclaré opposé à l’égalité homme-femme en matière d’héritage (5). Un président qui s’est affiché avec certains dirigeants d’un parti salafiste dénommé Hizb Ettahrir (6). À l’heure où des homosexuels sont enfermés en Tunisie, il n’est pas question pour Kais Saied de dépénaliser l’homosexualité et de changer le Code pénal qui la criminalise (7). Fervent défenseur du peuple palestinien, il refuse l’entrée en Tunisie aux porteurs de passeports israéliens (8), jusqu’à demander une enquête après la participation d’un joueur de tennis franco-israélien à une compétition dans la capitale tunisienne (9). Pour être élu, il aurait, selon certains observateurs, bénéficié des voix des électeurs du parti islamiste Ennahdha (10).

Kais Saied a été véritablement plébiscité par les Tunisiens vivant en France : il a obtenu 77,35 % des suffrages exprimés dans la première circonscription des Tunisiens de France et 67 % dans la deuxième circonscription (11).

Ces électeurs de l’étranger ont été invités, à la même période, à voter pour leurs députés. Ceux, peu nombreux, qui se sont déplacés ont placé en tête le parti islamiste Ennahdha. Une tendance également constatée parmi les Tunisiens vivant dans leur pays, qui font de la branche tunisienne des Frères musulmans le premier parti de Tunisie, même s’il est en perte de vitesse depuis les dernières élections (12).

Les Marocains de France privés du droit de vote

Il est plus difficile de connaître la sensibilité politique dominante parmi les électeurs marocains vivant en France : les Marocains résidant à l’étranger ne bénéficient pas du droit de vote aux élections communales et législatives. Leurs votes auraient-ils été sensiblement différents de ceux de leurs compatriotes vivant au pays ? Aux dernières élections législatives en 2016, le Parti de la justice et du développement est arrivé en première position, avec 27 % des suffrages exprimés. Ce parti ne cache pas son orientation islamiste. Il entretient notamment des liens avec le parti turc de la mouvance des Frères musulmans AKP (13).

En Algérie, des élections peu représentatives

La mesure de l’audience des islamistes parmi les électeurs algériens vivant en France tient de la gageure. Les élections législatives organisées en mai 2017 en Algérie ont été marquées par un très faible taux de participation des électeurs (38 %). Les partis islamistes sont arrivés en troisième position pour le nombre de députés élus, qui s’élève à 60. Des soupçons de corruption et des appels au boycott ont marqué le scrutin. Lors de la dernière élection présidentielle du 12 décembre 2019, le principal parti islamiste du pays, le Mouvement de la société pour la paix, n’a pas présenté de candidat. Le taux de participation des Algériens de l’étranger à ce scrutin a été dérisoire : 7,52 %… (14). Difficile dans ces conditions de considérer ces élections comme représentatives des convictions politiques des Algériens vivant en France.

Erdogan plébiscité par les Turcs vivant en France

Lors de la dernière élection présidentielle qui a eu lieu en Turquie en juin 2018, les 330 000 ressortissants turcs vivant en France, en âge de voter, ont massivement porté leurs voix à Recep Tayyip Erdogan. Le président turc, qui briguait sa réélection, a recueilli 65 % des voix parmi les Turcs vivant en France. Dans certaines villes, le scrutin a tourné à l’apothéose, comme à Lyon où Erdogan a recueilli 86 % des suffrages exprimés parmi les électeurs turcs (15).

La dérive autoritaire du président Erdogan et son islamisme militant ne sont plus à présenter (16). Cela n’a pas empêché un vote d’adhésion massif parmi les électeurs turcs présents en France. Le rôle des 250 mosquées dans notre pays où prêchent près de 150 imams turcs payés par la Direction des affaires religieuses est souvent mis en avant comme relais d’influence (17).

Pendant ce temps, selon de récents rapports, les minorités religieuses et ethniques ont de plus en plus de difficultés à être reconnues en Turquie, le président Erdogan ne manquant pas une occasion pour attiser la fibre nationaliste et islamiste parmi la population (18).

Les élections au Maghreb ont été marquées, ces dernières années, par une importante désaffection des électeurs. Le taux de participation des Algériens de l’étranger à la dernière élection présidentielle a été dérisoire. Les Marocains résidant en France ont tout bonnement été écartés des derniers scrutins organisés au Maroc. Les récentes élections organisées en Tunisie montrent en revanche qu’une frange importante de l’électorat tunisien vivant en France qui s’est déplacée a porté son vote sur un candidat dont les positions sont fortement marquées par l’islamisme.

Lors de la dernière élection présidentielle, les Turcs vivant en France ont véritablement plébiscité Recep Tayyip Erdogan.

Les progressistes pensent que l’ouverture des frontières et le grand déplacement des peuples apportent non seulement un enrichissement mutuel, mais aussi une communion autour de valeurs partagées, évidemment « progressistes ».

Les récents scrutins auxquels ont participé des étrangers de culture musulmane vivant en France sont un indice que l’acculturation dont rêvent les progressistes n’est souvent pas au rendez-vous. Au contraire, parmi une frange croissante de jeunes de culture musulmane vivant en France, on observe une tendance inverse avec la progression à grands pas d’un islam radical bien éloigné de celui des « chibanis » arrivés dans les années soixante.

Le gouvernement saura-t-il en tirer les conséquences, notamment en matière de politique migratoire ? Lors de la présentation de son plan de « lutte contre le séparatisme » ostensiblement présenté aux médias le 7 septembre, il a soigneusement évité la question. En faisant l’autruche, il risque de continuer à écoper l’eau qui s’infiltre dans le bateau avec un godet.

(1) « La population musulmane progresse en France et en Europe ». Le Figaro. 30 novembre 2017.
(2) « Fichier des prénoms – État civil ». INSEE. 1900 à 2018.
(3) « Les étrangers en France. 2018 ». Ministère de l’Intérieur.
(4) Rapport de la Cour des comptes sur la politique migratoire de l’État. 5 mai 2020.
(5) « “Le Coran est clair”… Kais Saied s’oppose à l’égalité successorale ». Webdo.tn. 14 août 2020.
(6) « Tunisie : qui est Kais Saied, l’invité surprise du second tour de la présidentielle ? ». L’Union. 15 septembre 2019.
(7) « Qui est Kais Saied, le nouveau président tunisien ? ». BBC News Afrique. 14 octobre 2019.
(8) « Tunisie : mais qui est M. Kais Saied, le nouveau président tunisien ? ». France Maghreb2. 16 octobre 2019.
(9) « La Tunisie demande une enquête après la participation d’un joueur israélien à une compétition de tennis ». i24news. 31 janvier 2020.
(10) « Tunisie – Présidentielle 2019 : pourquoi Kais Saied a gagné ? ». Business News. 15 septembre 2019.
(11) « Présidentielle 2019 : résultats préliminaires du second tour dans les circonscriptions de l’étranger ». Directinfo. 14 octobre 2019.
(12) « Élections législatives en Tunisie : les Tunisiens de France plébiscitent Ennahdha ». Europe 1. 7 octobre 2019.
(13) « Les secrets d’un mariage ». L’Observateur du Maroc et d’Afrique. Consultation le 14 septembre 2020.
(14) « Algérie : les résultats détaillés de l’élection présidentielle ». ObservAlgérie.com. 5 août 2020.
(15) « En France, la communauté turque a massivement voté pour Erdogan ». France Info. 25 juin 2018.
(16) « La Turquie sous Erdogan : le compte à rebours vers l’ultime explosion ». Sputniknews. 21 mars 2016.
(17) « La Turquie tisse sa toile dans l’islam de France ». La Croix. 19 janvier 2020.
(18) « Religious freedom report. Turqey ». Aide à l’Église en détresse.

Paul Tormenen

Texte repris du site Polémia

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