Jonas Fink, 40 ans de vie derrière le rideau de fer (BD)

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Jonas Fink couvre quarante ans d’une vie derrière le rideau de fer, en Tchécoslovaquie. Ce chef d’œuvre de la bande dessinée vient de sortir en intégrale.

En octobre 1950, à Prague. La police communiste arrête à son domicile familial M. Fink, psychiatre juif, pour activités contre-révolutionnaires. Son épouse n’obtient aucune nouvelle de son mari auprès des autorités. Sans ressources, elle n’est même pas autorisée à obtenir un travail. L’accès à l’école est également refusé à son enfant, Jonas. Pour aider sa mère, celui-ci trouve un petit boulot de coursier pour une couturière, puis de commis pour le libraire Pinkel, qui traduit en secret des ouvrages interdits. Mais pour le compte de la police, Jonas est forcé de surveiller les agissements du libraire. Après le travail, il rejoint un groupe de lycéens idéalistes qui lisent en cachette des textes censurés par le pouvoir. Il y fait la rencontre de Tatjana Gostrova, fille d’un important cadre du parti, diplomate russe en poste à Prague. Lorsque ce dernier découvre que Jonas Fink est le fils d’un proscrit, il retourne avec sa fille à Moscou. Celle-ci a juste temps d’écrire à Jonas une lettre d’adieu…

Presque vingt ans plus tard, en août 1968, c’est le Printemps de Prague. Le président Novotny a démissionné. Le nouveau secrétaire du Parti, le réformateur Alexandre Dubček, réhabilite de nombreuses libertés et entame la révision des procès politiques, dont celui du père de Jonas Fink, mort pendant sa deuxième peine de dix ans. Devenue paranoïaque, la mère de Jonas a été internée dans un asile. Jonas est maintenant propriétaire de la librairie de M. Pinkel, qui a pris sa retraite. Il vit avec Fuong, une étudiante vietnamienne en médecine. Jonas apprend alors que Tatjana, son amour d’enfance, devenue journaliste d’un média officiel soviétique, revient à Prague pour couvrir une visite de Tito. Leurs retrouvailles vont être contrecarrées par l’invasion des chars du Pacte de Varsovie. En pleine nuit, devant une foule incrédule, les chars se déploient dans les rues. Le scénario de Budapest en 1956 se répète…

A travers le parcours initiatique d’un garçon qui devient un jeune homme, le dessinateur italien Vittorio Giardino dresse une captivante critique du communisme. Jeune ingénieur en électronique, il a effectué dans les années 1970 plusieurs séjours derrière le rideau de fer, lesquels ont inspiré son œuvre.

Dans la première partie, se déroulant en 1950, on découvre l’ambiance paranoïaque du totalitarisme communiste. Giardino dénonce également l’antisémitisme du pouvoir communiste de l’après-guerre. Rescapés des camps de concentration allemands, les parents de Jonas Fink sont les seuls survivants de leurs familles respectives. La prise de pouvoir par les communistes tchèques, en février 1948, altère de nouveau leur vie. Le pouvoir impose une véritable terreur d’Etat : surveillance des opposants par les agents du StB (service de renseignement tchécoslovaque), emprisonnements arbitraires… Jonas se verra refuser ses études au lycée parce que, comme le dit le directeur, « Les directives du Parti sont claires : à l’école, il n’y a pas de place pour les fils de la bourgeoisie réactionnaire ».

Dans la seconde partie, Giardano rend hommage au courage de nombreux Tchécoslovaques qui vont tenter, sans succès, de résister à l’envahisseur. Jonas est devenu libraire. Toujours surveillé par la police, il connaîtra le sentiment de liberté pendant le printemps de Prague, puis sa répression par les troupes du pacte de Varsovie franchissant la frontière dans la nuit du 20 au 21 août 1968.

Depuis ses débuts, Vittorio Giardino a conservé sa ligne claire réaliste. Dans le nouveau tome, paru en 2017, il conserve les traits de ses personnages créés en 1994, tout en les vieillissant pour montrer leur évolution entre le début des années 1950 et la fin des années 1960.  Son trait élégant, aux contours très fins, magnifie la ville de Prague.

Kristol Séhec

Jonas Fink, L’intégrale, 344 pages, 30 euros. Editions Casterman.

Illustrations : DR
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