Le Horla, nouveau chef d’œuvre des frères Brizzi (bande dessinée).

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Un homme, sentant progressivement près de lui la présence angoissante d’un être invisible qui semble se nommer le Horla, sombre dans une forme de folie. Cette magnifique adaptation du célèbre roman de Maupassant est le nouveau chef d’œuvre des frères Brizzi.

Près de Rouen, un normand, heureux et aisé, installé dans sa belle demeure au bord de la Seine, profite d’une belle journée et regarde les bateaux passer. Il fait de grands signes pour saluer un beau voilier arborant pavillon brésilien. Mais dans les jours qui suivent, il se sent triste, fiévreux. Il souffre d’abord d’insomnie, puis ressent une présence indéfinissable. Avant de s’endormir, il ferme sa porte à clé, et vérifie même qu’il n’y a personne sous le lit. Une fois gagné par le sommeil, des monstres abominables lui grimpent sur le corps et tentent de l’étouffer. Il sent la présence d’un être invisible qui semble se nommer le Horla. Au fil des jours, il sombre dans une forme de folie.

Guy de Maupassant a marqué la littérature française par ses six romans, dont Une vie, Bel-Ami, et par ses nouvelles, comme Boule de Suif, les Contes de la bécasse ou Le Horla. Dans Le Horla, longue nouvelle fantastique parue en 1886, Guy de Maupassant décrit la déchéance psychologique progressive du narrateur, poursuivi par une créature invisible, baptisée « Le Horla ». Celui-ci ne sait pas si elle est véritable ou le résultat d’un trouble psychiatrique.  Il finit par tous les états de la dépression : insomnie, crises d’angoisses, paranoïa, hallucinations, avant de tomber dans la démence totale. Quand il écrit ce texte, Maupassant connaît lui-même des troubles psychiatriques, qui s’avéreront être les symptômes de la syphilis, dont il mourra cinq ans plus tard.

Ce n’est pas la première adaptation en bande dessinée du Horla. Rappelons d’abord celle d’Éric Puech et Frédéric Bertocchini, en 2012, puis celle de Guillaume Sorel, en 2014, dans une version très colorée qui restituait cet univers angoissant.

Cette adaptation des frères Brizzi est un nouveau chef d’œuvre. Gaëtan et Paul Brizzi, frères jumeaux nés en 1951, après avoir suivi des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, ont l’opportunité de devenir en 1976 pensionnaires à la villa Médicis à Rome, pendant deux ans. Ils commencent leur carrière dans l’animation. En 1977, ils remportent le César du meilleur court métrage d’animation pour Fracture. Une curiosité au milieu des années 1980 : ils dressent le storyboard du film Pirates de Roman Polanski. Puis ils réalisent Astérix et la surprise de César, et rejoignent même Disney pour La bande à Picsou, l’Oiseau de feu dans Fantasia 2000…

Mais en 2015, leur carrière prend une nouvelle direction. Ils sortent leur première bande dessinée, consacrée à Louis-Ferdinand Céline : La cavale du docteur Destouches, aux Editions Futuropolis. C’était courageux de leur part. Le somptueux crayonné expressif en noir et blanc des frères Brizzi se conjugue parfaitement avec le ton apocalyptique du récit. Puis les frères Brizzi adaptent un roman de Boris Vian (L’automne à Pékin) et les Contes Drolatiques de Balzac. Après leurs superbes adaptations de L’Enfer de Dante (chroniqué sur Breizh-info) et Don Quichotte de Cervantès, chefs-d’œuvre de la littérature européenne, ils s’attaquent à un autre classique : Le Fantôme de l’Opéra (chroniqué sur Breizh-info), célèbre roman de Gaston Leroux, paru en feuilletons en 1910. Ce romancier reste connu pour les enquêtes du journaliste Rouletabille (Le Mystère de la chambre jaune, Le Parfum de la dame en noir…). En octobre 2025 sort leur superbe adaptation de Macbeth (chroniquée sur Breizh-info).

Pour les frères Brizzi, adapter Le Horla est un choix judicieux. Leur récit suit fidèlement la structure choisie par Maupassant, même s’ils utilisent le moins de texte possible. Les frères Brizzi montrent ce qui, dans le texte original, est imaginé par le narrateur. Mais on ne sait pas si ces entités sont réelles ou si elles sont le résultat d’une paranoïa.

Dans Le Horla, Paul et Gaëtan Brizzi alternent des planches découpées en cases et des pleines pages spectaculaires d’angoisse. Comme d’habitude, ils jouent avec les ombres et les lumières.

Leur dessin charbonneux, au crayon à papier à graphite noir et au fusain, rend bien l’ambiance lugubre du récit. Sur le visage du narrateur se dessinent la peur et la folie. Les frères Brizzi choisissent de suggérer le Horla par des formes spectrales plutôt que de le montrer.

Ils dessinent de superbes décors, les maisons aux belles architectures des bords de Seine, le Mont-Saint-Michel, les falaises normandes… L’album s’assombrit au fur et à mesure. La demeure normande, d’abord baignée de douceur de vivre, devient hostile.

Paul et Gaëtan Brizzi réalisent ainsi une somptueuse bande dessinée expressionniste, d’une grande finesse.

Comment font-ils pour se répartir le travail ? Paul, qui réside aux Etats-Unis, croque les personnages, en créant une expressivité exacerbée. Gaëtan, qui vit dans le Gard, s’occupe des décors. On admire sa maîtrise des ombres et de la lumière. Leur somptueux crayonné expressif en noir et blanc se conjugue parfaitement avec le ton sombre du récit. C’est magistral.

Gaëtan révèle que « comme la peinture, le cinéma est une source d’influence. Nous avons une formation de cinéastes mais nos maîtres nous font remonter carrément au cinéma muet : Murnau, l’expressionnisme allemand de Fritz Lang. Puis, plus tard, le film noir. Le dénominateur commun de ces films, c’est une lumière, la photographie, c’est le haut contraste, la dramatisation, la théâtralisation des choses. Mais la peinture et le dessin nous inspirent aussi. Notre maître, on le voit, on le reconnaît très nettement, surtout dans L’Enfer : c’est Gustave Doré. Lui, il a tout compris. Je ne vais pas critiquer Gustave, je l’adore… mais nous différons de Doré – sans lui arriver à la cheville – dans la manière de traiter ces personnages. Lui le fait d’une manière peut-être un peu trop passive quand nous – surtout Paul – tentons d’amener plus d’expressivité. Parfois, à la limite du cartoon, parce que nous sommes dans la caricature » (branchesculture.com, 10 déc. 2023).

C’est au terme de leur travail sur le Fantôme de l’Opéra que germe l’idée d’une collection chez Futuropolis : La Bibliothèque Fantastique de Paul et Gaëtan Brizzi. À raison d’un titre par an, les frères Brizzi adapteront nouvelles ou romans de la littérature fantastique. Le prochain titre devrait être La Femme au collier de velours, d’Alexandre Dumas.

Kristol Séhec

Le Horla, 80 pages, 19 euros. Editions Futuropolis.

Illustrations : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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Une réponse à “Le Horla, nouveau chef d’œuvre des frères Brizzi (bande dessinée).”

  1. Marc Antoine dit :

    Guy de Maupassant, un de nos grand écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle. Nul doute que cette BD sur le Horla sera la bienvenue. Lire et relire les ouvrages de Maupassant qui, rappelons le, fut comme Emile Zola un écrivain passionné de chasse. Lire les Contes de la Bécasse, récits fantastiques que les chasseurs racontaient autour d’une table en dégustant des bécasses. Quant a Zola, il aimait se remémorer dans les Contes à Ninon, les belles journées de chasse au poste où il tirait le gibier migrateur en fumant sa pipe.
    C’est l’occasion de rappeler ici que Zola réhabilita le capitaine Dreyfus traîné dans la boue par les salopards d’antisémites. Ces salopards d’antisémites qui se manifestent aujourd’hui à demi masqué, notamment dans les rangs de LFI.
    Ah oui… la BD ! Quel rapport ? Aucun. Mais l’occasion de rappeler qui furent Maupassant et Zola. Des BD qui remettent au goût du jour notre belle littérature française, c’est un évènement. Un souhait! Qu’elle soit lue et relue par tous les Français même les Français de papier, surtout les antisémites.

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