C’est en 2006 qu’est créée la célèbre série Le trône d’argile sur la fin de la guerre de Cent ans. 20 ans après, elle trouve sa conclusion avec ce septième tome.
Au début du XVème siècle, la chevalerie française a été décimée à Azincourt et Charles VI sombre dans la folie. Henry V, roi d’Angleterre, risque de devenir également roi de France. Heureusement, le valeureux chevalier Tanneguy du Châtel sauve le dauphin (futur Charles VII) lors de la prise de Paris par les Bourguignons, alliés des Anglais. Le dauphin et Tanneguy parviennent à Bourges. Ils y retrouvent la duchesse Yolande d’Arragon, mère de la fiancée du dauphin, où ensemble ils tentent de trouver une solution à cette situation désastreuse. Yolande préconise d’établir une trêve avec Jean sans peur, le temps de libérer Rouen du siège anglais. Mais le dauphin s’y refuse. S’appuyant sur une poignée de fidèles, il veut résister à l’envahisseur. Le 10 septembre 1419, lors d’une tentative de pourparlers entre les deux camps, sur le pont de Montereau, Jean sans peur est assassiné par les hommes du dauphin. En 1420, par le traité de Troyes, la reine Isabeau offre au roi anglais la main de sa fille Catherine, sœur du dauphin, unissant ainsi les royaumes de France et d’Angleterre. La position du dauphin Charles, exclu de la succession au trône, devient intenable. En 1424, le redoutable duc de Bedford écrase l’armée française à Verneuil, puis décide d’attaquer Orléans, porte du royaume sur la Loire. Assiégée depuis de nombreux mois, si la ville d’Orléans tombe, les troupes anglaises déferleront sur toute la France. Yolande d’Aragon imagine alors, avec la complicité de Tanneguy, de donner corps à une ancienne prédiction selon laquelle une pucelle chassera l’envahisseur anglais. Ils vont faire croire à une jeune paysanne de Lorraine qu’elle doit sauver le royaume. En 1429, Jeanne d’Arc est ainsi sur le chemin de Chinon, guidée par ses voix. Parmi son escorte, certains demeurent sceptiques, d’autres sont touchés par sa foi…

Le tome 7, qui vient de sortir, commence le 29 juin 1429. Le dauphin prend la route du sacre. Son premier arrêt est Troyes. La ville est libérée sans violence. Jeanne continue de galvaniser les troupes et de les emmener vers la victoire. Soutenue par Tanneguy du Châtel, elle parvient à faire sacrer le dauphin, qui devient le roi Charles VII. Mais lorsque Jeanne casse son épée divine, elle voit son destin s’assombrir. Capturée, elle fait face à un procès inique. Tanneguy va tenter de la délivrer…

Le Trône d’Argile, série de bandes dessinées, présente la guerre de Cent Ans en prenant le parti de la monarchie française.
France Richemond, titulaire d’une maîtrise d’histoire médiévale, d’un DEA d’histoire moderne à La Sorbonne ainsi que deux cycles d’histoire de l’art à l’École du Louvre, est devenue conférencière des Musées Nationaux en 1998. Nicolas Jarry, scénariste et ami, lui propose de travailler sur son roman : Sphinx. Peu après avoir commencé ce roman, Jarry lui propose de participer au scénario d’une bande dessinée historique : La Rose et la Croix. Puis France Richemond s’allie de nouveau à ce scénariste pour créer Le trône d’argile. Au troisième tome, après avoir appris le métier de scénariste, elle construit seule le récit. Elle continue depuis dans la veine historique en bâtissant les scenarios de Jeanne la Mâle reine, Théodora la reine courtisane, Civilisation tome 2 et la nouvelle série Assiégés.
A travers le destin du valeureux chevalier Tanneguy du Châtel, cette série respectant la chronologie des faits glorifie le sursaut national français survenu à la fin de la Guerre de Cent ans. On découvre ainsi le rôle joué par le breton Tanneguy III du Chastel (1369-1449), du diocèse de Léon (Finistère nord), pendant la guerre de Cent ans. En mai 1413, Tanneguy III du Chastel sauve le dauphin Charles, futur Charles VII, lors de l’émeute parisienne des Cabochiens. En 1415, chambellan du roi Charles VI, prévôt de Paris, il chasse les Bourguignons de Chevreuse et participe à la bataille d’Azincourt. En 1417, il est nommé maréchal et gouverneur de la Bastille. S’opposant aux partisans du duc de Bourgogne, il parvient à faire sortir le dauphin de Paris. Il négocie la paix du Ponceau avec le duc de Bourgogne Jean sans Peur mais serait l’un des principaux instigateurs de son assassinat, à l’entrevue de Montereau-Fault-Yonne, le 10 septembre 1419. En 1429, il incite le roi Charles VII à soutenir Jeanne d’Arc.
La narration, parfois soutenue, permet de montrer la complexité de cette guerre. La bataille de Verneuil est ainsi bien expliquée.

France Richemond insiste sur la psychologie des protagonistes, avec une certaine dose de subjectivité. Charles VII semble ainsi caricaturé en monarque sans vision politique et militaire. La scénariste prend le parti d’expliquer de manière rationnelle les visions de Jeanne d’Arc. Pourquoi pas. Mais on frise le ridicule lorsqu’un alchimiste sicilien illumine un moine et une dame d’honneur censés représenter Saint Michel et Sainte Catherine ! Le reste de la jeunesse de Jeanne est, heureusement, bien mieux traité. France Richemond raconte comment cette jeune paysanne va motiver Charles VII et mener les troupes françaises vers la victoire.

Le dessinateur Theo Caneschi, dit Theo, nait en 1973 à Vinci, en Toscane. Après le baccalauréat, il suit les études artistiques à l’International School of Comics, une école de bande dessinée à Florence. Il commence par travailler dans l’illustration. Au cours des années 2000, Theo est engagé par les éditions Delcourt pour la série Le Trône d’argile. Parallèlement, il dessine Le Pape terrible sur un scenario d’Alejandro Jodorowsky. Après le décès du dessinateur Philippe Delaby, il le remplace au dessin pour la célèbre série Murena scénarisée par Jean Dufaux.
Dans ce nouveau tome de la série Le trône d’argile, le dessin précis et réaliste de Théo Caneshi est toujours aussi soigné. Le dessin devient expressif pour les visages, illustrant ainsi les pensées des protagonistes. Les scènes de bataille, dans de superbes plans larges détaillés, sont impressionnantes.
Malgré certaines approximations dans le choix du mobilier ou de la représentation du Louvre de l’époque, notamment dans le tome 1, la reconstitution historique de l’époque est convaincante.
Les couleurs de Lorenzo Pieri sont lumineuses.

Le dessin réaliste et soigné de Theo ainsi que le scénario rythmé de France Richemond et Nicolas Jarry ont mérité 1e prix 2007 du festival de la BD médiévale de Sainte-Enimie.
Kristol Séhec
Le trône d’argile, t. 7, De gloire et de cendres, 70 p., 16,95 euros. Editions Delcourt.
Illustrations : DR
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