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Un cuirassé allemand, la frégate Bayern (Bavière), est parti pour l’Asie afin d’effectuer le long voyage vers l’océan Pacifique. Mais pourquoi Berlin a-t-elle voulu envoyer un navire de guerre à plus de 5 000 miles nautiques des côtes allemandes ? Cela suggère que Berlin tente non seulement de redevenir une grande puissance militaire mondiale, mais qu’elle pourrait également rejoindre l’axe anglo-saxon composé des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie pour contenir la Chine.
Le Bayern a quitté le port de Wilhelmshaven le 2 août pour un voyage de sept mois. L’objectif initial était de soutenir l’opération Sea Guardian de l’OTAN dans la région méditerranéenne. Au lieu de cela, la frégate allemande s’est dirigée vers la partie occidentale de l’océan Pacifique, une zone qui n’est pas couverte par l’OTAN. Dans la même région maritime, on trouve la 7e flotte américaine, la flotte russe du Pacifique, la marine chinoise, la marine japonaise, ainsi que les marines de la Corée du Nord et du Sud, de l’ANASE et de l’Australie.
Au cours de sa mission dans le Pacifique, le Bayern visitera des ports en Australie, au Vietnam, en Corée du Sud et au Japon. L’objectif déclaré de ce voyage est de surveiller l’application des sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord.
Bien que les responsables de Berlin insistent sur le fait que la frégate bavaroise suivra les routes commerciales internationales, ils n’ont pas caché l’objectif politique de ce voyage. La ministre allemande de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré que la frégate devait « lever le drapeau pour défendre nos valeurs et nos intérêts, aux côtés de nos partenaires et alliés. » Le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, a déclaré sans ambages que le sort du futur ordre mondial se décidera dans la région indo-pacifique, et l’Allemagne veut être impliquée dans ce processus.
Il convient de rappeler que lors du sommet du G7 en Cornouailles (11-13 juin 2021) et du sommet de l’OTAN à Bruxelles (14-15 juin), les participants ont exprimé leur inquiétude face à la puissance militaire croissante de la Chine et à son influence sur sa région immédiate. Le même jour que la première conférence, le porte-avions américain USS Ronald Reagan est entré en mer de Chine méridionale, et peu de temps après, le porte-avions britannique HMS Queen Elizabeth est également arrivé. Toutefois, selon les médias, le navire de guerre britannique n’a pas voulu déranger Pékin et s’est rapidement dirigé vers la mer des Philippines après avoir traversé la mer de Chine méridionale pendant quelques jours. À présent, dans le Pacifique, les États-Unis accueillent une partie de leur exercice à grande échelle 2021 (LSE 2021), l’un des plus grands exercices militaires antichinois et antirusses jamais organisés par les États-Unis.
La frégate Bayern ne prévoit pas de passer par le détroit de Taïwan. Elle a également prévu de s’arrêter à Shanghai. Toutefois, selon le South China Morning Post, Pékin pourrait n’autoriser une visite à Shanghai qu’après que l’Allemagne aura clairement expliqué pourquoi elle envoie un navire de guerre en mer de Chine méridionale.
La croisière du navire de guerre allemand dans le Pacifique est un acte symbolique de démonstration de puissance navale et de soutien moral à ses alliés américains et britanniques pour faire pression sur la Chine.
Mais la réalité est que le voyage du Bayern n’aura pas d’impact radical sur l’équilibre des forces dans la région du Pacifique. Depuis l’effondrement du régime nazi, la marine allemande est désormais essentiellement une force de garde-côtes dotée d’une flotte de navires relativement petite. Le point fort de la marine allemande est le sous-marin non nucléaire de type 212, mais il n’est pas adapté aux longs voyages en mer. Les équipages des sous-marins sont relativement petits et ne conviennent pas à une mission dans l’océan Pacifique. La marine allemande a donc opté pour un navire de surface.
Le voyage du Bayern a des objectifs à la fois pratiques et économiques. L’Allemagne est un fabricant internationalement reconnu d’équipements techniques et militaires de haute qualité. Bien que la fabrication allemande concerne principalement des produits civils, elle produit des équipements militaires de haute technologie. Peut-être les Allemands veulent-ils également accroître leurs ventes d’armes sur le marché de l’Asie-Pacifique en exposant leur navire de guerre. Il pourrait certainement susciter l’intérêt de pays comme le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.
Cela suggère que l’Allemagne tente de se projeter à nouveau comme une force militaire majeure après avoir été limitée dans ses capacités lors de la défaite de la Seconde Guerre mondiale. Berlin est sans aucun doute le cœur économique de l’Europe, mais sur le plan militaire, elle est considérablement éclipsée par la France, le Royaume-Uni et la Russie. En disposant d’une industrie militaire de classe mondiale et en s’engageant désormais dans des voyages et des exercices de plusieurs mois, l’Allemagne tente de sortir de l’ombre d’une puissance militaire de taille moyenne et s’efforce de redevenir l’une des principales forces mondiales.
Paul Antonopoulos (Infobrics, traduction breizh-info.com)
Crédit photo : DR
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