Le Voyage à Nantes en pleine errance mythologique

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À la grande époque de Nantes, au 18e siècle, l’élite locale connaissait sur le bout du doigt la mythologie gréco-romaine. Les temps ont changé. Le site satirique Nantes Plus l’a souligné dans un article consacré à l’installation Le Naufrage de Neptune, d’Ugo Schiavi, actuellement visible en plein centre de la ville, place Royale, dans le cadre de l’opération estivale Le Voyage à Nantes (jusqu’au 12 septembre). Cette installation représente un bateau naufragé. Elle recouvre partiellement la fontaine de la place.

Œuvre du sculpteur Daniel Ducommun du Locle, la fontaine regorge de symboles. Voici ce qu’écrit le Voyage à Nantes : « Explorant la symbolique fluviale et maritime de la ville de Nantes – dont la fontaine de la place Royale est elle-même une allégorie dominée par la statue d’Amphitrite, déesse de la mer ‑, Ugo Schiavi détourne ces symboliques de l’eau, du voyage et de la prospérité et met en scène un véritable naufrage d’un bateau de commerce fragmenté, percé et rouillé. »

Véritable naufrage municipal

L’explication est confuse. Si on la comprend bien, l’organisme chargé de la promotion touristique de Nantes symbolise la Ville par un « véritable naufrage ». Véritable mais pas en vrai, heureusement. Cerise sur le gâteau, il se trompe au passage sur la symbolique de la statue qui domine la fontaine. Ducommun du Locle l’a précisé lui-même, elle symbolise la ville de Nantes. Amphitrite ? Il n’en a jamais été question.

Comme l’explique Nantes Plus, ce nom « n’était pas sûrement dans l’air du temps quand la fontaine a été conçue. Il eût trop tristement rappelé l’un des drames maritimes les plus épouvantables et les plus médiatisés du 19e siècle, le naufrage devant Boulogne-sur-Mer, le 31 août 1833, de l’Amphitrite, navire britannique transportant 108 femmes de mauvaise vie condamnées à la déportation en Australie, ainsi qu’une douzaine d’enfants. Seuls trois marins avaient survécu. Vingt-cinq ans plus tard, son souvenir n’était pas sûrement pas éteint à Nantes. »

Pas en burkini

De plus, il suffit de regarder. La statue est coiffée d’un pan de muraille symbolisant le château des ducs de Bretagne – rien à voir avec Amphitrite. Et puis, « la déesse de la mer, maîtresse des monstres marins, n’était pas du genre burkini », rappelle Nantes Plus. Les statues d’Amphitrite la montrent toujours largement dénudée. Si Ducommun du Locle avait voulu représenter la déesse grecque, il ne l’aurait pas vêtue d’une robe longue.

Rien n’obligeait Le Voyage à Nantes à invoquer la mythologie grecque. Il a sans doute voulu étaler sa culture, et c’est lui qui s’étale… À moins qu’il ait confondu avec la statue d’Amphitrite qui trône sur la place Royale (aujourd’hui place Stanislas) de Nancy. Il ne serait pas le seul à pratiquer des approximations malheureuses. En 2019, Sophie Errante, ex députée P.S. de Loire-Atlantique devenue députée En Marche, avait cru illustrer sa déclaration de candidature à la mairie de Nantes, en 2019 avec une photo de la fontaine de la place Royale. Elle avait montré en fait une fontaine de Montpellier ! Johanna Rolland, maire de Nantes, compte participer à la campagne présidentielle. Avant de choisir à quelle déesse se vouer, un cours de rattrapage en mythologie ne lui ferait pas de mal.

La fontaine de la place Royale à Nantes, surmontée du Naufrage de Neptune, photo BI, droits réservés.
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine.

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