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René Aust est le chef de file des élus du parti patriotique allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) au sein du Parlement européen et est le coprésident, avec le Polonais Stanisław Tyszka de Konfederacja, du groupe au sein du Parlement européen dénommé Europe des nations souveraines, auquel appartient Sarah Knafo du parti français Reconquête dirigé par Éric Zemmour. Lionel Baland a rencontré et interrogé à Erfurt en Thuringe René Aust, qui a été auparavant, de 2019 à 2024, député au Parlement de Thuringe.
Breizh-info : Provenez-vous de l’Est de l’Allemagne ?
René Aust : Je suis établi à Schmalkalden en Thuringe, donc dans l’Est, mais je proviens de l’Ouest, de Lüdinghausen, dans le Münsterland, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Je suis arrivé en Thuringe en 2017. Je soutiens, naturellement, depuis de nombreuses années, de toute mes forces et avec enthousiasme, l’AfD.
Breizh-info : Étiez-vous auparavant membre d’un autre parti ?
René Aust : J’ai été membre du parti social-démocrate, le SPD, mais, malheureusement, celui-ci n’est plus le parti de l’ancien chancelier Helmut Schmidt, mais celui du secrétaire général actuel de cette formation politique Kevin Kühnert et de ses prédécesseurs. En conséquence, le SPD n’est plus mon parti. Dorénavant, ceux qui veulent que notre État-providence soit protégé doivent voter pour l’AfD.
Breizh-info : Pourquoi y a-t-il une telle différence pour les patriotes entre l’Est et l’Ouest en Allemagne ?
René Aust : Des raisons générationnelles sont en partie à la base de cette différence. Les personnes de plus de 65 ans dans l’Ouest de l’Allemagne restent souvent des électeurs réguliers des sociaux-démocrates du SPD et des démocrates-chrétiens de la CDU et, en Bavière, des sociaux-chrétiens de la CSU. Cette situation n’est pas si prononcée dans l’Est. Par exemple, les résultats des élections dans l’Ouest pour la Chambre des députés ou pour le Parlement de l’État de Hesse chez les moins de 50 ans indiquent que nous sommes proches de devenir la première force politique parmi la catégorie de ces citoyens. En conséquence, les résultats que nous obtenons dans l’Est sont ceux que nous pourrons décrocher dans quelques années à l’Ouest.
Breizh-info : Et ici à l’Est, des électeurs votent encore pour le parti post-communiste Die Linke. Comment expliquez-vous cela ?
René Aust : Vous devez le demander à ces personnes. Je ne peux pas me l’expliquer, ni le comprendre. Mais nous sommes un parti démocratique et les électeurs doivent être autorisés à choisir qui ils désirent. Même si le vote pour ce parti me semble gênant.
Breizh-info : Et au sein de l’AfD de l’Est, existe-t-il des personnes qui ont une nostalgie de l’ère de la République Démocratique Allemande (RDA) communiste, car à cette époque l’immigration était quasi-inexistante ?
René Aust : L’immigration existait sous ce régime. Des Vietnamiens et des Africains du Nord étaient présents. Cependant, un grand soin était consacré au fait de s’assurer que la sécurité intérieure n’en pâtisse pas. Celle-ci était gérée de manière très stricte. Même, par exemple, lorsqu’il s’agissait de violence avec un couteau. D’autre part, il est vrai, bien entendu, que des souvenirs d’enfance ont été façonnés à cette époque et que les gens aiment naturellement repenser, dans une certaine mesure, à de belles évocations de vacances. Cela est possible.
Breizh-info : Le parti de gauche anti-immigration BSW, dont Sahra Wagenknecht est la figure de proue, est-il, selon vous, un parti patriotique ?
René Aust : Non, le BSW est surtout pour moi un parti qui n’est pas digne de confiance car il annonce partout, du moins soi-disant, la paix et prépare des coalitions, en arrière-plan, avec les démocrates-chrétiens de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD, qui veulent stocker et stationner sur le sol allemand des missiles américains à moyenne portée. Le seul parti qui conduit vraiment une politique patriotique est l’AfD.
Breizh-info : La possibilité existe-t-elle, après les élections qui ont eu lieu le 1 septembre pour le Parlement de Thuringe et pour celui de Saxe ou après le scrutin pour le Parlement du Brandebourg du 22 septembre, de voir se construire un front transversal (Querfront) entre le parti nationaliste AfD et celui de gauche anti-immigration BSW ?
René Aust : Je ne désire pas utiliser ce terme de front transversal (Querfront) parce que celui-ci renvoie à certaines références historiques avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Mais si vous êtes d’avis que la possibilité existe au sein du Parlement d’un de ces États, vous devez poser cette question au BSW. L’AfD a toujours été d’accord avec des motions intelligentes, quel que soit le parti. Je vais vous donner un exemple. Lorsqu’il s’est agi de voir la commission d’enquête parlementaire, qui était censée enquêter sur les pratiques de recrutement par le bureau du ministre-président du gouvernement de Thuringe – regroupant les post-communistes de Die Linke, les sociaux-démocrates du SPD et les écologistes de Bündnis 90/Die Grünen – Bodo Ramelow de Die Linke, les trois formations politiques constituant cet exécutif ont présenté une motion demandant que l’époque précédente, celle des gouvernements dirigés par le parti démocrate-chrétien CDU, soit également examinée. Nous avons accepté. Nous ne sommes pas des idéologues. Nous sommes pragmatiques. En conséquence, nous votons ce qui est positif pour notre peuple. Et si le BSW devait proposer une chose positive et intelligente au sein du Parlement de l’État de Thuringe, alors nous le soutiendrons également. Si les écologistes faisaient de même, ce qui est rarement le cas, nous le voterions aussi. Je dis toujours que même une montre arrêtée donne l’heure correcte deux fois par jour et cela est aussi valable pour les écologistes.
Breizh-info : Et avec la CDU, est-ce possible ?
René Aust : Par le passé, par exemple, nous avons également voté avec la CDU et les libéraux du FDP la réduction des droits de mutation immobilière. Et il y avait aussi encore d’autres projets communs. À cet égard, je ne peux que le répéter à nouveau. S’il y a un travail constructif et la possibilité de coopérer, de travailler ensemble sur des projets individuels au profit des Thuringiens, alors nous ne serons pas fermés à cela. Peu importe le parti.
Breizh-info : Comment expliquez-vous que les partis du gouvernement fédéral, les sociaux-démocrates du SPD, les écologistes du Bündnis 90/Die Grünen et les libéraux du FDP, sont en déroute complète d’un point de vue électoral et que les démocrates-chrétiens de la CDU sont en difficulté ?
René Aust : Les représentants de ces partis se sont beaucoup éloignés de la population, font beaucoup de politique idéologique, ce qui est peut-être bien reçu dans la tour d’ivoire des universités, mais pas sur les places du marché des villes et des villages.
Propos recueillis par Lionel Baland
Une réponse à “Allemagne. René Aust (AfD) : « Nous votons ce qui est positif pour notre peuple » [Interview]”
jeunes voyant le réel et voulant y remédier vs vieux qui se voilent la face pour ne pas être dérangés