Bretagne Classic 2025. Le « taureau » Arnaud De Lie s’impose au terme d’une course bien morose

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La Bretagne Classic 2025 aura pris son temps pour se donner en spectacle. Un temps fou, diront les mauvaises langues. Six heures et vingt minutes de procession, de tentatives avortées et d’illusions envolées dans l’air moite de Plouay, pour s’achever sur un sprint massif un peu comme l’an passé, Marc Hirschi en moins. Et c’est Arnaud De Lie, le « Taureau de Lescheret », qui a réglé la messe, domptant un peloton d’une soixantaine d’âmes encore groupées au pied de la dernière ligne droite.

Une « montagne » qui n’a pas fait la sélection

Le tracé avait pourtant des airs de monument : 262 kilomètres, soit plus long que le Tour des Flandres, et près de 5 000 mètres de dénivelé positif. De quoi espérer une boucherie, un écrémage impitoyable, une lente décantation comme seule la Bretagne sait parfois en offrir. Mais la montagne bretonne a accouché d’un troupeau. Les jambes ont bien brûlé, les mines se sont tirées, mais jamais le peloton n’a vraiment explosé. À croire que ce dimanche, les routes du Morbihan et du Finistère n’avaient pas de crocs.

Il y eut pourtant des sursauts. Valentin Madouas, comme pour rappeler qu’il avait levé les bras à Plouay en 2023, a tenté son numéro. Louis Barré, a aussi voulu forcer le destin. Brandon McNulty, l’Américain de service, et Maxim Van Gils se sont mêlés à la danse. Mais la côte du Lezot, théâtre des supplices annoncés, n’a offert qu’un décor trop bref pour renverser l’ordre établi. Le quatuor s’est éparpillé en calculs inutiles, et le peloton, large comme un boulevard, les a repris dans une indifférence cruelle.

Le sprint du retour en grâce

Restait alors le dernier kilomètre. Dans ce genre d’exercice, le cœur hésite entre l’ennui et le frisson. Mais Arnaud De Lie, lui, n’a pas tremblé. Deux années de frustration à Plouay – 4ᵉ en 2022, encore raté en 2024 – l’avaient préparé à ce moment. Lui qui avait touché le fond du doute au printemps, flirtant avec la dépression, a trouvé dans ce dimanche breton la confirmation de sa renaissance. Après avoir dompté le Renewi Tour, le Belge a parachevé son mois d’août en puissance, débordant dans les ultimes mètres le Français Émilien Jeannière et le Néerlandais Olav Kooij. « Le sprint parfait », dit-il. On dira plutôt : le sprint de la délivrance.

https://www.youtube.com/watch?v=ZL5HgGhsm1o

Le premier à réaliser le triplé breton

Avec cette victoire, De Lie signe un grand chelem inédit : Tro Bro Léon (2024), Grand Prix du Morbihan (2023) et désormais Bretagne Classic (2025). Personne avant lui n’avait raflé les trois joyaux du calendrier professionnel breton. Les fermiers des Ardennes ont offert à Plouay son nouveau héros, un colosse de 23 ans que les Bretons semblent adopter comme l’un des leurs.

Car si De Lie a brillé, le reste du décor avait des allures de morne plaine. Sur les bas-côtés, l’ambiance sonnait creux. Là où Plouay s’embrasait jadis de milliers de drapeaux et de pintes levées, les routes semblaient désertées. Une tristesse inattendue, comme si la Bretagne Classic s’était essoufflée dans le cœur du public. Paradoxalement, à quelques kilomètres de là, le Tro Bro Léon, avec ses ribines et ses faux airs de Paris-Roubaix armoricain, attire chaque année plus de coureurs et de ferveur populaire.

Rendez-vous manqué, rendez-vous d’avenir

La Bretagne Classic 2025 restera donc une course d’attente, terminée en charge. Un colosse de 262 kilomètres qui a refusé de trier les hommes. Un sprint massif – plus de soixante encore dans le groupe de tête – que personne n’osait plus imaginer. Heureusement, De Lie a sauvé la mise, rappelant qu’un sprinteur peut aussi écrire l’histoire des classiques. Mais pour Plouay, l’an prochain, il faudra plus que des promesses : il faudra de l’électricité dans l’air et du public sur les talus. Car une classique sans fièvre, c’est une symphonie sans chœur.

YV

Crédit photo : Breizh-info.com (DR)

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