Le Stade rennais a dévoilé son nouveau maillot extérieur pour la saison 2026/27, et le choix esthétique ne doit rien au hasard : la tunique est traversée d’une large croix noire au style peint, directement inspirée du Kroaz du, l’un des plus anciens symboles de la Bretagne. Un hommage assumé au territoire et à son héritage, jusque dans le moindre détail — au dos du col figure la devise historique bretonne « Kentoc’h mervel eget bezañ saotret », « Plutôt la mort que la souillure » – qui est aussi la devise fondatrice du RCK, le Roazhon Celtic Kop, groupe ultra historique du SRFC. Les supporters rennais ont eu la primeur d’inaugurer le maillot lors d’un match amical, avant que les Rouge et Noir ne l’étrennent face à l’En Avant Guingamp ce vendredi.
L’occasion de rappeler ce que ce motif porte en lui, car son histoire dépasse de loin le terrain de football.
Un pavillon né au Moyen Âge
Le Kroaz du — littéralement « croix noire » en breton — compte, avec les bannières ducales, parmi les plus anciens drapeaux bretons connus. Les Bretons l’utilisent depuis le Moyen Âge, tout particulièrement comme pavillon maritime puis à la troisième croisade. Lors d’une conférence tenue à Gisors le 13 janvier 1188, réunissant le pape, le roi de France et le roi d’Angleterre, il fut décidé d’attribuer une croix d’une couleur différente à chaque nation croisée, afin de les distinguer. La France prit la croix rouge sur fond blanc, l’Angleterre l’inverse, les Flamands une croix verte. Les Bretons auraient alors adopté la croix noire — peut-être à la charnière des XIIe et XIIIe siècles, peut-être vers 1236-1237, lorsque Pierre Mauclerc fut pressenti pour mener une croisade.
Des combats médiévaux aux mers du monde
Les usages attestés, eux, sont plus tardifs mais bien réels. Une croix noire orne le surcot de combattants bretons sur une enluminure illustrant le célèbre Combat des Trente de 1351. L’étendard à croix noire apparaît de façon attestée pour figurer la prise de Vannes en 1342, et la croix noire marque encore les combattants bretons lors de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. On la retrouve sur le drapeau de la ville de Nantes, ainsi que, sous diverses formes, sur ceux de Brest et de Saint-Malo.
C’est surtout sur les mers que le Kroaz du s’est illustré. Les navires bretons l’arboraient au fil de leurs traversées, et de nombreux portulans le représentent associé aux mouchetures d’hermine, symbole des ducs de Bretagne. Après le rattachement de la Bretagne à la France en 1532, des variantes du pavillon continuèrent d’être utilisées par la marine, notamment par l’Amirauté de Bretagne.
Le Kroaz du a connu un renouveau à partir de la fin des années 1980, d’abord dans le milieu maritime, à travers les fédérations de culture maritime et les associations de voiliers traditionnels. Sa renaissance a ensuite gagné la terre ferme, avec notamment les bagadoù qui s’en sont emparés, mais aussi les milieux militants bretons (nationalistes, catholiques) qui parfois, le préféraient au Gwen Ha Du. Le Stade rennais lui-même avait déjà rendu hommage à ce motif sur un maillot extérieur en 2012-2013 ; il renoue donc, cette saison, avec une inspiration qu’il avait défrichée il y a plus d’une décennie.
En réinstallant cette croix noire sur son maillot, le club rennais inscrit ainsi son identité sportive dans une lignée longue de plusieurs siècles — celle d’un emblème qui aura flotté sur les champs de bataille médiévaux comme sur les océans, avant de rejoindre les tribunes du Roazhon Park.
Photo d’illustration DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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