Suivre le cancer à la trace : la nouvelle stratégie de l’Institut Curie

Le cancer n’est pas une maladie figée. Il évolue, se transforme, s’adapte. Sous la pression des traitements, certaines cellules tumorales disparaissent, d’autres survivent, changent d’état ou développent des résistances. C’est précisément cette dynamique – ce « tempo tumoral » – que l’Institut Curie place désormais au cœur d’un changement de paradigme en cancérologie : l’avènement d’une médecine adaptative et personnalisée, pensée pour ajuster en permanence les stratégies thérapeutiques à la réalité biologique de chaque patient.

Selon un communiqué publié par l’Institut Curie à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer 2026, cette approche vise à dépasser la logique traditionnelle fondée sur une photographie initiale de la tumeur. « La complexité des cancers impose de dépasser une médecine figée », souligne le Pr Alain Puisieux, président du Directoire de l’Institut Curie. L’objectif est désormais clair : proposer à chaque patient la stratégie la plus appropriée dans le temps, en adaptant le suivi et les traitements à l’évolution propre de sa maladie.

Comprendre un cancer qui change sans cesse

Les progrès récents de la génomique, de l’imagerie fonctionnelle et des technologies d’analyse cellule par cellule ont profondément renouvelé la compréhension des cancers. Ils ont révélé leur diversité entre individus, mais surtout leur hétérogénéité interne et leur capacité à évoluer sous la pression thérapeutique. Une tumeur n’est pas un bloc uniforme, mais un véritable écosystème vivant, influencé par son microenvironnement et par le système immunitaire.

Deux mécanismes majeurs expliquent cette capacité d’adaptation. D’abord, la sélection clonale : les traitements éliminent les cellules sensibles mais laissent parfois prospérer des clones minoritaires plus résistants. Ensuite, la plasticité cellulaire : certaines cellules changent d’état fonctionnel sans muter, adoptant temporairement des profils leur permettant de survivre. Pour le Dr Claire Rougeulle, directrice du Centre de recherche de l’Institut Curie, cette plasticité n’est pas marginale, mais centrale dans la biologie des cancers. En tenir compte transforme profondément la manière de penser les stratégies thérapeutiques.

Suivre l’évolution tumorale en temps réel

Pour adapter un traitement, encore faut-il pouvoir suivre l’évolution de la maladie. C’est là qu’interviennent les biomarqueurs circulants et les biopsies liquides. Grâce à une simple prise de sang, il devient possible de détecter l’ADN tumoral circulant et d’observer l’apparition de mutations de résistance, parfois bien avant qu’elles ne soient visibles à l’imagerie.

Cette approche est déjà utilisée à l’Institut Curie, notamment dans les cancers du sein métastatiques hormonodépendants. Elle permet d’ajuster rapidement les traitements lorsqu’un médicament devient inefficace. Dans les cancers pédiatriques, comme le neuroblastome, ces outils offrent une alternative précieuse aux biopsies répétées, souvent difficiles à réaliser chez l’enfant.

Cibler la plasticité pour empêcher les rechutes

Une autre piste explorée par les équipes consiste à cibler directement les cellules dites « réfractaires », celles qui survivent aux traitements en changeant d’état. Ces cellules, souvent peu proliférantes, échappent aux thérapies classiques conçues pour attaquer les cellules en division rapide.

À l’Institut Curie, des chercheurs travaillent notamment sur l’induction de la ferroptose, une forme de mort cellulaire dépendante du fer. En exploitant certaines vulnérabilités métaboliques des cellules cancéreuses, cette approche pourrait permettre d’éliminer des populations responsables des rechutes, là où les traitements conventionnels échouent. À ce stade, ces stratégies sont encore en phase préclinique.

Radiothérapie adaptative : ajuster séance après séance

La logique adaptative s’applique aussi à la radiothérapie. Traditionnellement, un plan de traitement est défini au départ puis appliqué sur plusieurs semaines. Or, la tumeur peut réduire de volume, les organes peuvent bouger, et l’anatomie du patient évoluer.

Grâce à des équipements de nouvelle génération, notamment l’IRM-Linac introduite à Curie, les équipes ajustent désormais le rayonnement séance après séance. L’objectif est de viser la tumeur avec une précision maximale tout en protégeant les tissus sains, malgré les micromouvements du corps. Cette approche permet d’améliorer le contrôle tumoral et de réduire les effets secondaires.

Immunothérapies évolutives

Les thérapies cellulaires, comme les CAR-T cells, ont révolutionné le traitement de certains cancers du sang. Mais là aussi, le défi est de rendre la réponse durable. Les cellules immunitaires peuvent s’épuiser ou être contournées par la tumeur.

L’Institut Curie développe des stratégies dites « immuno-adaptatives », visant à renforcer la persistance et l’efficacité des cellules thérapeutiques dans le temps. La plateforme CellAction, créée en 2024, joue un rôle clé pour accélérer le passage de la recherche au soin, y compris pour des cancers rares ou pédiatriques.

L’intelligence artificielle comme aide à la décision

Face à la masse colossale de données générées par la médecine de précision, l’intelligence artificielle devient un outil incontournable. À Curie, elle est utilisée comme une aide à la décision, sans jamais se substituer aux médecins.

Un exemple emblématique concerne les cancers de primitif inconnu. Grâce à l’analyse de profils moléculaires comparés à de vastes bases de données, l’IA permet d’identifier l’origine probable de la tumeur dans près de 80 % des cas. Cette orientation améliore la pertinence des traitements et, selon l’Institut Curie, la survie des patients.

Pour le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie, ajuster la stratégie thérapeutique au fil du temps n’est plus une option mais une nécessité. L’enjeu est de gagner du temps sur l’évolution tumorale, d’éviter des traitements inutiles, de réduire les effets secondaires et d’optimiser les coûts.

Le Pr Nicolas Girard, chef du département d’oncologie médicale, résume la philosophie : placer l’évolution du cancer au cœur de la décision médicale, c’est se donner les moyens de garder un temps d’avance. Une médecine qui ne subit plus les transformations du cancer, mais cherche à les anticiper.

Crédit Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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2 réponses à “Suivre le cancer à la trace : la nouvelle stratégie de l’Institut Curie”

  1. Brounahans l'Alsaco dit :

    Que de blabla pour enrober l’impuissance de la médecine face à toutes les maladies, mais bon, comme il est écrit dans l’article, « il faut optimiser les coûts ! ET « suivre les cancers à la trace » offre justement de multiples solutions pour « optimiser » les coûts ! Quand à la cause, et « même la cause des causes » comme aurait dit Socrate, elle est trop vile pour que l’on en discute entre aéropage d’éminents grands professeurs, plus désarmés devant les désordres organiques que ne le serait le pingouin s’il pouvait nous le communiquer ! L’organisation mondiale du cancer n’a pas de soucis à se faire pour son avenir surtout que le nombre de cancéreux augmente régulièrement ! Mais heim, ils ont 2% de plus de temps de survie, c’est déjà une raison suffisante pour continuer sur la voie de l’échec ! Mourir à 42 ans c’est quand même mieux que de mourir à 40 !

  2. RAYMOND NEVEU dit :

    Encore une fois nous ne pouvons qu’être d’accord avec Brounahans l’alsaco…que d’analyses, d’études y compris pour des animaux domestiques bientôt pour des lombrics…et autres cloportes…!

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