Partir onze mois sur les routes, traverser quatorze pays, dormir dans des cimetières, des monastères, des mosquées, des forêts ou au bord d’une route, et rejoindre Jérusalem à la seule force des jambes : le parcours d’Alexis Jeanson sort de l’ordinaire. À 38 ans, cet habitant de l’Indre a tenu une promesse ancienne, née dans son adolescence de scout et nourrie par une éducation catholique, un goût familial pour le voyage et un attachement profond à la France chrétienne.
Son objectif n’était pas de battre un record ni de relever un défi sportif de plus. Il le dit clairement : il s’agissait d’un pèlerinage catholique. Un vrai. Un chemin entrepris par amour du Christ, par désir de rejoindre la Terre sainte à pied, mais aussi pour s’inscrire dans une histoire longue, celle de la chrétienté, des pèlerins d’autrefois et, d’une certaine manière, des croisés.
Un pèlerinage enraciné dans la foi et l’histoire
Dans l’entretien accordé à Armel Joubert des Ouches, Alexis Jeanson revient sur la genèse de ce projet. L’idée a germé très tôt, alors qu’il n’était encore qu’un jeune scout. Elle a mûri au fil des années, jusqu’à devenir une évidence. Entre-temps, il avait déjà parcouru Saint-Jacques-de-Compostelle, première grande étape d’un itinéraire spirituel plus large.
Ce qui frappe dans son récit, c’est la cohérence de la démarche. Alexis Jeanson ne parle pas de voyage comme d’une simple aventure. Il insiste au contraire sur la différence entre le marcheur et le pèlerin. Marcher, dit-il en substance, ne suffit pas. Le pèlerinage engage tout l’être : la prière, l’abandon, la constance, la fidélité à une intention initiale. Sur sa route, il priait chaque jour, récitait son rosaire, lisait la Bible et s’astreignait à des temps de prière réguliers.
Au bout de cette logique, Jérusalem n’apparaît pas comme une destination exotique, mais comme un centre. Le point d’aboutissement naturel d’un imaginaire chrétien reçu dans l’enfance, nourri par les Écritures, et longtemps refoulé dans une société qui parle de plus en plus volontiers des racines de remplacement, mais de moins en moins de ses racines réelles.
Croisades, France chrétienne : un discours à rebours de l’époque
L’intérêt de cet entretien ne tient pas seulement à l’exploit physique. Il réside aussi dans ce que dit Alexis Jeanson de la mémoire chrétienne française et européenne. Lorsqu’il évoque les croisades, il refuse la caricature devenue dominante. Selon lui, l’enseignement scolaire et le discours public ont réduit ce pan entier de l’histoire à une lecture sommaire, où les croisés ne seraient plus que des brutes fanatisées.
Son propos n’est pas de nier les violences du passé, mais de rappeler que l’histoire est toujours plus complexe que la morale simplifiée qu’on plaque sur elle. Il souligne que le politique et le religieux furent longtemps liés, que les croisades s’inscrivent dans un contexte civilisationnel précis, et qu’on ne comprend rien à ce passé si l’on se contente de le juger avec les réflexes idéologiques contemporains.
Même tonalité lorsqu’il parle de la France chrétienne. Pour lui, il ne s’agit ni d’un slogan ni d’un folklore. La France a des racines chrétiennes, dit-il, et celles-ci ont irrigué ses institutions, son art, sa chevalerie, sa vision de l’homme et jusqu’à son droit. À force de décristianiser, de déboulonner, de déraciner, on ne vide pas simplement le passé : on prépare un remplacement moral et culturel.
Dans une époque où tant d’acteurs politiques et médiatiques s’emploient à relativiser ou à effacer l’héritage chrétien européen, ce rappel tranche par sa simplicité. Et c’est peut-être ce qui lui donne sa force.
Une route rude, parfois dangereuse, souvent fraternelle
Le pèlerinage d’Alexis Jeanson ne fut pas un roman de carte postale. Il raconte avoir dormi un peu partout, parfois dans des conditions difficiles, avec un budget d’environ 20 euros par jour. Il a été accueilli chez des prêtres, dans des presbytères, dans des monastères, mais aussi dans des mosquées. Il a connu la faim, la fatigue, les insectes, les rats, les incertitudes de la route.
Conscient que le monde réel n’est pas celui des brochures touristiques, il s’était aussi préparé à l’éventualité d’agressions, allant jusqu’à suivre des cours de krav-maga avant son départ. Cette préparation ne fut pas inutile. Car derrière la beauté des rencontres, il y a aussi la vulnérabilité de celui qui marche seul, chargé, dans des pays dont il ne maîtrise pas toujours la langue ni les codes.
Mais de son propre aveu, les belles rencontres furent de loin les plus nombreuses. Des visages, des gestes, des accueils parfois très simples ont jalonné sa route. Le pèlerin, explique-t-il, reçoit beaucoup, mais il engage aussi ceux qui le croisent. Il laisse une image, une mémoire, une trace. Là encore, sa vision n’a rien d’individualiste : marcher, ce n’est pas seulement avancer, c’est entrer dans une relation.
Un livre, puis déjà un autre départ
De cette aventure est né un livre, Jérusalem, une promesse, paru chez Salvator. Alexis Jeanson y consigne ses souvenirs, ses étapes, ses réflexions. Il entend aussi repartir sur les routes françaises pour en parler, donner des conférences, retrouver certains lieux et certaines personnes rencontrées avant son départ ou sur son trajet.
Mais il ne compte pas s’arrêter là. Son prochain projet le mènera au Japon, sur le chemin des martyrs de Nagasaki. Encore un itinéraire de foi, encore un pèlerinage, encore une manière d’aller chercher dans l’histoire chrétienne des terres lointaines ce que notre temps oublie trop souvent : qu’il existe une mémoire catholique mondiale, faite de fidélité, de persécutions, de transmission et d’enracinement.
Le témoignage d’Alexis Jeanson touche parce qu’il va à rebours de l’époque. Dans une société saturée d’écrans, d’immédiateté et de dérision, il choisit la lenteur, l’effort, la prière et la continuité historique. Dans un pays qui doute de lui-même, il rappelle que la France ne s’est pas faite hors du christianisme, mais en lui et par lui.
Son voyage vers Jérusalem n’est donc pas seulement une aventure personnelle. Il dit quelque chose de plus large : le besoin, pour certains Français, de reprendre la route de leurs propres sources. Non pour fuir le présent, mais pour retrouver ce qu’il contient encore de solide quand tout vacille autour.
À l’heure où tant de discours officiels invitent à l’amnésie, ce type de démarche mérite d’être entendu. Parce qu’elle réintroduit du sens, du temps long et une fidélité que beaucoup croyaient disparue.
Photo d’illustration : Wikipedia (cc)
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3 réponses à “De l’Indre à Jérusalem : 7 000 km à pied pour renouer avec la chrétienté [Témoignage vidéo]”
Que soit béni Alexis Jeanson ! Bravo à lui.
Bravo et merci, Alexis, pour ce beau témoignage. c’est faire œuvre utile (et en quelque sorte rafraichissante) dans notre pauvre monde. Non, tout n’est pas perdu, mais les temps sont durs, notamment pour la Chrétienté.
Pour Breizh info : Grand merci à vous également, dont les articles sont souvent de grande valeur. Surveillez un peu toutefois « votre » IA qui écrit » décristianiser » ainsi, sans le h !
Demat c’est beau et touchant tout ce que raconte ce marcheur pèlerin dans cet entretien ; on a bien envie d’acheter son livre.(cela me rappelle les belles rencontres réalisées par Antoine de Maximy dans « j’irai dormir chez vous ou chez les gaulois » ; là aussi les incidents sont rares ou exceptionnels, Antoine et Alexis étant, selon moi, fait du même acabit c’est à dire que ce sont des personnes tolérantes, affables et bienveillantes). Kenavo.